Google retire peu à peu de Chromium les derniers réglages qui permettaient encore de maintenir uBlock Origin classique en vie sur Chrome. Les solutions de secours arrivent au bout de ce qu’elles pouvaient faire.

La fin de Manifest V2 dans Chrome n’est plus seulement une affaire d’avertissements ou de désactivation progressive. Google s’attaque désormais aux restes du dispositif, ceux qui permettaient encore aux utilisateurs et utilisatrices les plus motivés de faire fonctionner uBlock Origin classique malgré les blocages déjà appliqués. Flags, politiques d’entreprise, modifications du registre Windows, ces bidouilles ne tiennent que tant que Chromium conserve le code chargé de les interpréter. Or, ce code disparaît à son tour.
Chromium ne laisse plus grand-chose à bricoler
Jusqu’ici, celles et ceux qui tenaient absolument à conserver uBlock Origin dans sa version complète pouvaient encore trouver quelques échappatoires. Pas toujours très confortables, ni très durables, mais suffisantes pour repousser l’échéance. En modifiant des paramètres internes, en passant par des politiques prévues pour les entreprises ou en jouant avec le registre Windows, il restait en effet possible de prolonger artificiellement la prise en charge des extensions Manifest V2.
Ce sursis touche désormais à sa fin, puisque Google a commencé à supprimer dans Chromium les options qui permettaient encore de passer outre la règle. D’après un message publié sur le GitHub du WebExtensions Community Group, Chrome 149 serait la dernière version à conserver encore assez de code lié à Manifest V2 pour permettre à certaines solutions de secours de fonctionner. Avec Chromium 150, le flag kExtensionManifestV2Disabled disparaît déjà, ce qui doit empêcher l’installation d’extensions MV2 depuis le Chrome Web Store. Chromium 151 doit ensuite perdre d’autres options liées à la disponibilité de MV2, dont celles qui permettaient encore de déclarer ces extensions comme prises en charge ou de les charger via le mode développeur.
En clair, Chrome ne se contente plus de refuser uBlock Origin classique dans ses versions récentes, il se débarrasse progressivement des restes techniques qui permettaient encore de le faire fonctionner malgré tout. Et forcément, si ces restes disparaissent, les astuces qui s’appuyaient dessus ne peuvent plus produire grand-chose.
Des conséquences directes pour Edge, Opera et les autres
Si Chrome est le premier visé, il n’est évidemment pas le seul concerné. Edge, Opera, Brave ou encore Vivaldi reposent eux aussi sur Chromium, ce qui les oblige à composer avec le mouvement engagé par Google ou, s’ils souhaitent temporiser, à maintenir eux-mêmes ce que Chromium ne fournit plus par défaut.
Sans grande surprise, tous n’ont pas montré la même envie de discuter la décision de Google. Sur Edge, uBlock Origin a bien connu une disparition temporaire, avant de revenir dans le Microsoft Edge Add-ons Store, sans que Microsoft ne promette pour autant de maintenir durablement Manifest V2. Opera a longtemps entretenu une position plus flatteuse pour les adeptes de bloqueurs avancés, en promettant de prolonger sa prise en charge plus longtemps que Google. Mais l’éditeur a aussi fini par inviter les développeurs et développeuses à migrer leurs extensions vers Manifest V3 pour éviter les mauvaises surprises.
Brave joue plus franchement la carte de la résistance, au moins pour quelques extensions très utilisées. L’éditeur a déjà dit vouloir maintenir uBlock Origin, AdGuard AdBlocker, NoScript et uMatrix, toutes encore liées à Manifest V2. Vivaldi avance plus prudemment, en s’appuyant sur ses fonctions intégrées de blocage des pubs et des traqueurs, tout en laissant la porte ouverte aux extensions MV2 tant que leur prise en charge reste possible.
Pour rappel, Google justifie officiellement la fin de Manifest V2 par des raisons de sécurité, de performances et de maintenance. Un argument défendable, puisque ce modèle accorde des permissions très larges aux extensions et augmente donc les risques en cas d’abus ou de compromission. Toujours est-il que la décision touche aussi les bloqueurs de pubs les plus efficaces, c’est-à-dire ceux qui contrarient le plus directement l’économie publicitaire de Google. Le hasard fait parfois bien les choses, n'est-ce pas.