Les VPN s'invitent à nouveau dans le débat politique, et cette fois avec une question parlementaire. Le député Philippe Latombe met le gouvernement face à ses propres contradictions, et demande à ce dernier de clarifier sa doctrine en la matière.

La France face au paradoxe VPN, entre interdiction pour les uns et obligation pour les autres. © Melnikov Dmitriy / Shutterstock / Clubic
La France face au paradoxe VPN, entre interdiction pour les uns et obligation pour les autres. © Melnikov Dmitriy / Shutterstock / Clubic

En France, le débat sur l'encadrement des VPN n'est pas encore vraiment lancé. Après les déclarations tonitruantes de la ministre Anne Le Hénanff en janvier dernier, vite rattrapées par le gouvernement, le dossier des réseaux virtuels privés semblait provisoirement mis sous cloche. C'était sans compter sur Philippe Latombe, qui suit ses dossiers comme le lait sur le feu. Le député vendéen, membre de la Commission des lois, a déposé ce mardi une question écrite officielle, par laquelle il pointe une contradiction d'État que personne n'avait encore eu le courage de vraiment formaliser.

La question de la possible interdiction du VPN en France revient sur la table

Le 26 janvier 2026, l'Assemblée nationale votait l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Le problème, c'est qu'un VPN permet à n'importe qui de masquer sa localisation et de faire croire qu'il se connecte depuis l'étranger, là où la loi française ne s'applique pas. En clair, un ado peut contourner le dispositif en quelques clics, et les réseaux privés virtuels se retrouvent soudainement au cœur d'un débat politique qu'ils n'avaient pas demandé.

Le 30 janvier, la ministre déléguée chargée de l'IA et du Numérique, Anne Le Hénanff, est l'invitée de France Info. Elle lâche à l'antenne une phrase qui va immédiatement faire le tour des rédactions tech : « Les VPN, c'est le prochain sujet sur ma liste. » Ah ! Pas de nuance ici ni de conditionnel, mais un message que beaucoup interprètent alors comme l'annonce d'un prochain durcissement (sans parler d'interdiction) contre ces outils qui permettent de naviguer de manière sécurisée et anonyme sur internet.

Et deux jours plus tard, le gouvernement fait marche arrière. Un porte-parole affirme qu'il n'a jamais été question d'interdire les VPN, en rappelant qu'ils restent des outils essentiels pour les professionnels en télétravail ou pour quiconque veut sécuriser sa connexion. En parallèle, des tribunaux français contraignent certains fournisseurs de VPN à bloquer l'accès à des sites de streaming illégal, une pression judiciaire ciblée sur des usages spécifiques, très différente d'une interdiction qui s'appliquerait au grand public et que certains considèreraient comme une forme de censure.

VPN obligatoires pour les agents et interdits pour les citoyens, le paradoxe d'État

C'est donc dans cet espèce de flou politique que Philippe Latombe a décidé de hausser le ton. Ce mardi 12 mai, le député Les Démocrates de Vendée a publié la question écrite qu'il vient de déposer officiellement à l'Assemblée nationale, à destination de la ministre et dont avons pris connaissance cet après-midi. Concrètement, ce type d'acte parlementaire somme le gouvernement à répondre par écrit et de manière officielle. Et la demande de l'élu est claire. Il souhaite que l'État explique clairement ce qu'il compte faire, ou ne pas faire, avec les VPN, et qu'il donne « la doctrine gouvernementale » sur le sujet. Une bonne fois pour toutes, comprend-on.

La contradiction que soulève Philippe Latombe est intéressante. Depuis le Covid, l'État a lui-même encouragé ses fonctionnaires à utiliser des VPN pour travailler à distance en toute sécurité. Mais aujourd'hui, un simple citoyen qui tente de se connecter à un site administratif, celui du ministère de l'Éducation nationale par exemple, avec un VPN actif se voit refuser l'accès et invité à le désactiver. « Comment l'État peut-il prôner l'usage d'un VPN pour ses agents et le refuser à ses administrés ? », demande le député, volontairement un brin piquant.

Pour lui, vouloir restreindre les VPN est une « fausse bonne idée » qui pose deux problèmes. D'abord, affaiblir ces outils exposerait les entreprises et particuliers à des risques de piratage et de vol de données (les VPN sont aussi, et surtout, des boucliers numériques). Ensuite, le gouvernement souhaite généraliser le télétravail des agents publics au moins un jour par semaine pour faire face à la crise des carburants. Il sera plus difficile d'y parvenir sans VPN pour sécuriser les connexions depuis chez soi. La ministre devra désormais répondre officiellement, et ses mots seront scrutés de près.