Sony vient de déposer un brevet transformant la manette en écran tactile géant où les boutons deviennent de simples accessoires amovibles. Une vision radicale qui efface la frontière entre interface logicielle et matériel physique.

Sony tente de réinventer la roue tactile, en espérant cette fois qu'elle ne finisse pas au fossé comme sa lointaine cousine de chez Nintendo. © Naïm BADA/Google Patents
Sony tente de réinventer la roue tactile, en espérant cette fois qu'elle ne finisse pas au fossé comme sa lointaine cousine de chez Nintendo. © Naïm BADA/Google Patents

On pensait le concept de l'écran-manette définitivement enterré avec l'échec commercial de la Wii U, mais les ingénieurs de Tokyo semblent avoir la mémoire sélective. Repéré par le site spécialisé VideoCardz, ce nouveau document technique décrit un périphérique capable de modifier sa configuration physique à la volée. Une réponse technique audacieuse à l'éternel problème de la précision sur les interfaces tactiles.

Un écran qui se prend pour un châssis

Le cœur du brevet repose sur une rupture totale avec l'ergonomie classique : supprimez le châssis en plastique fixe et remplacez-le par une large surface tactile. Concrètement, le joueur ne tiendrait plus une manette, mais un écran sur lequel il viendrait « poser » des modules de boutons physiques. Le système détecterait alors la position de ces accessoires (croix directionnelle, joysticks, boutons d'action) pour adapter l'affichage et les contrôles du jeu en temps réel.

Le fonctionnement dans les détails. © Google Patents
Le fonctionnement dans les détails. © Google Patents

Loin d'être un simple gadget, cette technologie permettrait de contourner la rigidité du matériel actuel. Vous lancez un jeu de combat ? Placez six boutons en façade. Un jeu de course ? Ne gardez que les gâchettes et un stick. Le brevet mentionne également une rétroaction haptique avancée, indispensable pour simuler la résistance mécanique d'un vrai clic et éviter la sensation de « taper sur du verre » qui rebute tant les joueurs console.

Le fantôme de la Wii U

Cette approche modulaire rappelle furieusement l'audace mal comprise de Nintendo au début des années 2010 avec son GamePad. Si la firme de Kyoto avait échoué à imposer son écran résistif et encombrant, Sony tente ici de fusionner la souplesse du smartphone avec la rigueur du pad traditionnel. C'est une stratégie qui vise potentiellement deux cibles : l'accessibilité, en permettant aux joueurs en situation de handicap de redessiner leur manette idéale, et le marché du cloud gaming, qui cherche désespérément un standard universel pour s'affranchir du matériel propriétaire.

Gamepad Wii U © Nintendo

Toutefois, gardons la tête froide. Comme pour les centaines de brevets déposés chaque année par le constructeur — on se souvient des rumeurs sur l'IA qui joue à votre place —, ce document protège avant tout une idée, pas un produit fini. La complexité industrielle d'un tel accessoire, sans parler de son coût prohibitif et de sa fragilité potentielle, reste un obstacle majeur. Sony verrouille simplement l'innovation au cas où le vent tournerait, nous rappelant que dans la tech, la frontière entre génie et fausse bonne idée est souvent aussi fine qu'une dalle OLED.

Source : Videocardz