En 2026, seuls 0,8 % des carburants d’aviation consommés dans l’Union européenne seront d’origine durable, contre un objectif de 20 % en 2035. Les compagnies aériennes préviennent que les ambitions européennes sont difficilement atteignables.

Le règlement européen impose 20 % de carburants durables en 2035 et une étape intermédiaire à 6 % dès 2030 - ©Bulent camci / Shutterstock
Le règlement européen impose 20 % de carburants durables en 2035 et une étape intermédiaire à 6 % dès 2030 - ©Bulent camci / Shutterstock

Willie Walsh, directeur général de l’Iata, l'Association du transport aérien international, a alerté à Paris sur le retard de l’Europe dans la production de carburants d’aviation durable. Aujourd’hui, les SAF, pour « sustainable aviation fuels », issus de biomasse ou d’huiles usagées, représentent à peine 2 % du carburant utilisé dans les avions comme les Airbus.

L’Union européenne prévoit d’atteindre 20 % d’incorporation en 2035, avec un quart de ces carburants synthétiques produits à partir d’hydrogène vert et de CO2.

Les compagnies redoutent que les coûts et la complexité technique freinent cette transition, sans pour autant remettre en cause leur engagement vers le zéro émission nette à l’horizon 2050.

« Nous sommes très en retard », prévient l’Iata

L’Iata a estimé que la production mondiale de SAF atteindrait 2,4 millions de tonnes en 2026. Cela représenterait seulement 0,8 % du carburant total consommé par l’aviation, contre 0,6 % l’année précédente. Willie Walsh a déclaré que les ambitions européennes de RefuelEU étaient « hors d’atteinte » si la production n’accélérait pas. « J’ai toujours pensé que l’ambition européenne était hors d’atteinte », a-t-il ajouté.

Le règlement impose 20 % de carburants durables en 2035 et une étape intermédiaire à 6 % dès 2030. Les SAF synthétiques doivent constituer 5 % du total, un seuil difficile à franchir à cause du coût élevé du procédé, jusqu’à douze fois celui du kérosène traditionnel.

Les SAF issus de biomasse ou d’huiles usagées coûtent trois à quatre fois plus cher que le kérosène classique. Les filières restent limitées et les infrastructures ne suivent pas la demande. « Si la production ne s’améliore pas, de nombreuses compagnies vont réexaminer leurs objectifs », avati déjà averti Walsh en décembre. L’industrie se retrouve donc face à un choix délicat entre ambition réglementaire et réalité économique.

l’Iata rappelle que les transporteurs restent engagés vers le zéro émission nette en 2050 - ©Ivan Marc / Shutterstock
l’Iata rappelle que les transporteurs restent engagés vers le zéro émission nette en 2050 - ©Ivan Marc / Shutterstock

La production de SAF synthétiques encore expérimentale

Le quart des carburants durables prévu par RefuelEU doit provenir de SAF synthétiques, combinant hydrogène vert et CO2 capté. « C’est un processus complexe qui doit encore faire ses preuves », selon Willie Walsh. À ce jour, aucun acteur européen ne produit ces carburants à grande échelle, et leur coût reste jusqu’à douze fois supérieur à celui du kérosène classique.

Malgré ces contraintes techniques et pécuniaires, les compagnies aériennes restent engagées vers le zéro émission nette en 2050, mais la part de SAF dans les réservoirs des avions restera marginale dans les prochaines années. Selon Willie Walsh, « nous ne voyons pas de progrès dans la production de SAF ». Les efforts se concentrent sur quelques projets pilotes et infrastructures de distribution, mais le rythme de croissance reste très faible par rapport aux objectifs de 2030 et 2035.