Christoph Hartmann, vice-président et directeur d'Amazon Game Studios, quitte l'entreprise après huit ans d'efforts pour imposer le géant dans le secteur vidéoludique. Son départ survient en pleine vague de licenciements et au moment où Amazon enterre définitivement ses ambitions dans les MMO.

L'annonce du départ de Hartmann par le journaliste Jason Schreier de Bloomberg tombe au pire moment pour Amazon. Le groupe vient de confirmer la suppression de 16 000 postes supplémentaires, s'ajoutant aux 14 000 déjà éliminés en octobre 2025. Pour comprendre l'ampleur du naufrage, il faut se rappeler qu'Amazon avait misé gros sur le jeu vidéo depuis des années, avec un arsenal impressionnant : Amazon Web Services, Twitch, Prime Gaming et ses propres studios de développement. Mais la greffe n'a jamais pris totalement.
Un palmarès qui masquait mal les échecs
Hartmann débarque chez Amazon en 2018 avec un CV en béton. Cofondateur de 2K Games, il a supervisé la sortie de licences majeures comme BioShock, Borderlands et les premières versions de Civilization sous cette bannière. Avant cela, il avait même participé au lancement des premiers Grand Theft Auto chez BMG Interactive. Bref, un profil taillé pour le succès. Pourtant, chez Amazon, les résultats se font attendre. New World, le MMO lancé en septembre 2021, connaît un démarrage fulgurant avec plus de 900 000 joueurs simultanés sur Steam. Mais l'enthousiasme retombe vite, et le jeu finira par fermer définitivement ses serveurs le 31 janvier 2027. Crucible, un autre pari du studio, est tout simplement annulé après avoir été « dé-lancé », un euphémisme pour masquer l'échec.

Amazon ne se contente pas de développer ses propres titres. Hartmann pousse l'entreprise à publier des jeux de studios tiers, signe qu'il a compris les limites internes. Il décroche des accords avec Crystal Dynamics pour un futur Tomb Raider, avec Bandai Namco pour Blue Protocol et avec d'autres studios. Mais ces partenariats ne suffisent pas à redresser la barre. En octobre 2025, Steve Boom, responsable de la division Games chez Amazon, annonce l'arrêt d'une partie importante du développement de jeux AAA en interne, notamment les MMO. Les studios d'Irvine et San Diego sont particulièrement touchés, avec des réductions massives d'effectifs.
Une fuite qui en dit long sur la nouvelle stratégie
Selon des sources citées par Schreier, Amazon aurait décidé de réduire drastiquement les budgets alloués aux jeux console et PC pour privilégier Luna, son service de cloud gaming. Cette orientation fait sens sur le papier : Luna permet de capitaliser sur l'infrastructure AWS et Prime Gaming sans avoir à produire de gros titres en interne. Le service propose déjà une bibliothèque de jeux accessibles directement via le cloud, avec des abonnements intégrés à Prime ou des canaux payants supplémentaires. Mais ce recentrage sonne comme un aveu d'échec pour ceux qui croyaient qu'Amazon pouvait rivaliser avec Sony, Microsoft ou Nintendo sur leur terrain.
Le timing du départ de Hartmann interroge. Soit il refuse de piloter cette nouvelle direction, soit on lui a montré la sortie. Dans les deux cas, cela révèle un fossé entre les ambitions affichées et la réalité économique. Amazon a englouti des sommes colossales dans le jeu vidéo pendant des années, sans jamais trouver la formule magique qui aurait fait de l'entreprise un acteur incontournable. Les 30 000 suppressions de postes cumulées entre 2023 et 2026 dans l'ensemble du groupe montrent que le géant du commerce en ligne préfère désormais concentrer ses ressources sur l'intelligence artificielle.
Source : WCCFTECH