La Fondation Mozilla a publié ses résultats financiers pour l'année 2024, et affiche un patrimoine de 1,4 milliard de dollars. L'organisation, confrontée au déclin de Firefox, mise désormais sur l'intelligence artificielle et les investissements dans des startups pour diversifier ses revenus.

Les documents financiers portent sur l'année 2024 et montrent un patrimoine net de 1,4 milliard de dollars au 31 décembre, en hausse de 70 millions par rapport à l'année précédente. Les gains totaux atteignent 680 millions de dollars, dont 498 millions proviennent des redevances liées aux moteurs de recherche. Google reste le principal contributeur, représentant environ 86% des revenus de l'organisation.
Une dépendance encore marquée à Google
Les royalties rapportent 498 millions de dollars, tandis que les abonnements et la publicité génèrent 66 millions. Les revenus d'investissement représentent 95 millions de dollars. Une fois de plus Mozilla a bien identifié ce risque.
Les dépenses consolidées s'élèvent à 588 millions de dollars. Le développement logiciel mobilise 290 millions, les autres services de programme 43 millions. Le marketing absorbe 86 millions, l'administration générale 164 millions, et les activités de collecte de fonds 5 millions. La fondation emploie 73 personnes directement, auxquelles s'ajoutent les effectifs des filiales à but lucratif. Rappelons que la fondation Mozilla avait procédé au licenciement de 36 personnes en octobre 2024.

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Mozilla réorganise sa structure pour diversifier ses revenus
Mozilla détenait 1,089 milliard de dollars d'investissements au 31 décembre 2024. Ce portefeuille comprend des titres négociables et des participations non cotées. L'organisation aide à financer 50 startups via Mozilla Ventures, son fonds dédié aux technologies responsables. Parmi les participations récentes, notons Anonym, une société spécialisée dans la publicité en ligne respectueuse de la vie privée, acquise en juin 2024 pour 31 millions de dollars.
Les investissements non cotés représentent 24 millions de dollars et concernent des sociétés technologiques en phase précoce. Mozilla Ventures a financé Holistic AI, une plateforme de gouvernance de l'IA, ainsi que d'autres entreprises comme Oumi, Koodos et Jozu.
Mozilla a réorganisé sa structure en 2024. La Fondation Mozilla chapeaute désormais plusieurs entités : Mozilla Corporation (Firefox), MZLA Technologies (Thunderbird), Mozilla Ventures (investissement), Mozilla.ai (R&D) et MZFO Germany. Toutes les filiales restent sous le giron de la fondation. Les revenus générés par les filiales à but lucratif peuvent être réinvestis dans les activités caritatives de la fondation. En 2024, Mozilla Corporation a versé 23 millions de dollars de redevances à la fondation pour l'utilisation des marques.
Firefox, Thunderbird et les nouveaux projets
Firefox compte environ 200 millions d'utilisateurs mensuels actifs. Le navigateur reste le produit phare, mais Mozilla reconnaît la nécessité d'évoluer. Anthony Enzor-DeMeo, nommé CEO de Mozilla Corporation en décembre 2025, a confirmé l'orientation vers un "navigateur IA moderne". La feuille de route 2026 prévoit l'intégration d'une "AI Window", une fonctionnalité optionnelle permettant de choisir différents modèles d'IA.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la communauté actuelle n'apprécie pas particulièrement cette stratégie.
Thunderbird, géré par la filiale MZLA Technologies, rassemble 20 millions d'utilisateurs quotidiens. Le client de messagerie prévoit le lancement de Thunderbird Pro, une offre de messagerie sécurisée, et de Thunderbird Assist, un ensemble d'outils d'IA optionnel.
Mozilla.ai, le laboratoire de recherche créé pour développer des outils open source destinés aux développeurs, travaille sur les bibliothèques any-llm, any-agent et any-guardrail. L'objectif consiste à rendre l'IA open source aussi accessible que les solutions fermées.
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Trois ans pour se positionner sur l'IA
La stratégie sur trois ans dévoilée en 2025 fixe des objectifs ambitieux. Mozilla prévoit une croissance de 20% par an des revenus hors recherche, l'augmentation de 10% de sa communauté, et le développement de produits IA dans toutes ses branches d'ici 2028. L'organisation souhaite que trois de ses entités atteignent 25 millions de dollars de revenus annuels.
Il devient en effet de plus en plus pressant de diversifier les sources de financement. Le marché de la publicité liée à la recherche décline face à l'essor de l'IA générative. Mozilla anticipe une baisse de ces revenus et doit compenser par de nouveaux modèles économiques. Interrogé par nos soins en décembre dernier, Ajit Varma, vice-président de Firefox chez Mozilla, nous confirmait que la présence des chatbots IA était un premier pas en la matière. Sur l'intégration de Perplexity, il affirmait : "Comme avec beaucoup de fournisseurs que nous ajoutons, nous avons des conditions économiques associées à la relation."
La fondation alloue environ 80% de son budget aux produits principaux et 20% au développement de l'IA open source et responsable. Les 650 millions de dollars de dépenses prévues pour 2026 incluent des investissements dans des startups, des bourses et des programmes communautaires.
Mozilla défend une approche de l'intelligence artificielle basée sur la transparence et le choix de l'utilisateur. Le manifeste actualisé en 2024 insiste sur cinq principes : l'accessibilité de l'IA pour tous, les alternatives ouvertes aux modèles propriétaires, la compréhension par les utilisateurs du fonctionnement de l'IA, le contrôle par les individus de leurs données, et la responsabilité des développeurs.
Concrètement, Firefox intégrera des fonctionnalités IA pouvant être désactivées. Les utilisateurs pourront choisir leur modèle préféré parmi des options open source, des solutions hébergées par Mozilla ou des services tiers. Cette approche contraste avec celle de Chrome, Edge, Comet ou Atlas qui imposent leurs assistants respectifs.
Mozilla peut-elle faire son come-back ?
La nouvelle stratégie suscite des réactions mitigées. Les utilisateurs historiques de Firefox, attachés à un navigateur respectueux de la vie privée, s'inquiètent de cette orientation. Certains se tournent vers des alternatives comme Waterfox, ou Tor Browser, forks de Firefox qui refusent l'intégration de l'IA.
Les parts de marché de Firefox stagnent à environ 4,3% sur desktop (mais 11,59% en France). Le navigateur a perdu plus de 50 millions d'utilisateurs actifs mensuels entre 2020 et 2024. Sans croissance significative, Mozilla pourrait descendre sous les 100 millions d'utilisateurs d'ici 2029.
Mozilla mobilise son réseau, sa crédibilité et ses réserves financières pour construire ce qu'elle qualifie d'alliance rebelle face aux géants de la tech. Reste à savoir si cette stratégie permettra la survie de Firefox, qui, rappelons-le, reste la seule voix indépendante sur Internet.