Le 1er février, la facture d'électricité reculera de 0,83%, un modeste repli derrière lequel se cachent des bouleversements tarifaires qui chamboulent le secteur énergétique français.

Neuf euros d'économies sur l'année pour un foyer moyen. C'est la maigre récompense promise par la baisse du tarif réglementé de l'électricité, qui entre en vigueur ce dimanche 1er février 2026. Bien loin de la chute de 15% de février dernier, cette timide inflexion masque des transformations bien plus profondes de votre facture. Entre les allègements fiscaux cosmétiques et la refonte complète du modèle nucléaire, 60 Millions de Consommateurs nous aide à démêler le vrai du faux.
Une réduction de la CTA qui pèse peu sur la facture totale
Le gouvernement, qui pour le moment ne respect pas complètement ses précédentes annonces, a choisi de réduire une taxe que personne ne connaît : la CTA, la contribution tarifaire d'acheminement. Cette contribution alimente les retraites spéciales des salariés du secteur électrique et gazier, un régime qui afficherait des excédents. En ponctionnant 540 millions d'euros sur cette réserve, Bercy annonce une baisse de 25%. Sur le papier, ça impressionne. Dans les faits, beaucoup moins.
Car cette amputation de la CTA ne provoque finalement qu'une contraction de 5% du montant de l'abonnement. Rapporté à la facture globale, on frôle l'homéopathie tarifaire, à peine 1% d'économie annuelle, soit dix euros pour Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Les artisans gros consommateurs, boulangers en tête, tireront leur épingle du jeu avec jusqu'à 200 euros épargnés par an. Pour le reste d'entre nous, c'est une goutte d'eau.
Alors pourquoi ce choix ? Parce qu'il évite un débat parlementaire. Modifier la CTA ne nécessite aucun vote des députés, contrairement à d'autres taxes qui auraient eu un impact bien plus visible sur votre facture. La solution de facilité l'emporte. Et surtout, cette petite baisse camoufle d'autres hausses qui s'invitent ailleurs sur votre note, permettant au gouvernement de maintenir ses recettes.

Fin de l'ARENH, et un nouveau système qui divise associations et gouvernement
L'autre face cachée de votre facture, ce sont les certificats d'économies d'énergie. Depuis 2005, ce système force les fournisseurs d'électricité et de gaz à financer la rénovation énergétique des logements ou les aides à l'achat de voitures électriques. L'État économise ainsi des milliards sur MaPrimeRenov' et le bonus auto. Mais qui paie vraiment ? Vous, via une majoration invisible du prix du kilowattheure. La Cour des comptes l'évalue à 164 euros par an et par foyer.
La note devrait même grimper en 2026. Les fournisseurs doivent désormais atteindre des objectifs d'économies d'énergie 27% plus élevés, décision de l'État oblige. Conséquence, vos factures d'électricité, de gaz et vos carburants vont trinquer. Le petit bonus disons désagréable, c'est que le système est gangrené par des « fraudes massives » insuffisamment surveillées, rappelle 60 Millions de Consommateurs. Étrange pilier pour la transition écologique.
Mais le vrai chambardement se cache ailleurs. Depuis 2011, l'ARENH (le dispositif de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique) permettait aux fournisseurs concurrents d'EDF d'acheter de l'électricité nucléaire à prix bloqué (42 euros/MWh), ce qui stabilisait nos factures. Ce système a disparu le 31 décembre. Place au Versement nucléaire universel : en fait, quand les prix de marché flamberont, EDF reversera une partie de ses bénéfices aux consommateurs. Bercy promet des tarifs stables « au moins en 2026 et en 2027 ». Reste à voir si cette garantie tiendra.
Tout le monde n'est pas optimiste. « Depuis plus de cinquante ans, le nucléaire repose sur un compromis entre risque accepté par les consommateurs et prix stables. Le Versement nucléaire universel rompt cet équilibre », dénonce-t-on du côté de 60 millions de consommateurs. L'association CLCV réclame carrément sa suppression, pointant un système « non protecteur, inéquitable et trop cher ». Difficile, donc, de trancher aujourd'hui. Les prix de gros restent bas et permettant aux fournisseurs d'afficher des tarifs raisonnables. Le vrai test arrivera lors de la prochaine envolée du marché.