C’est le cauchemar absolu de tout chef de produit. Devant des millions de téléspectateurs, la démonstration technologique censée incarner le futur de la marque a viré au fiasco total, laissant un silence gênant s’installer sur le plateau.

Il y a des moments de grâce dans la Tech, et il y a ceux dont on se souviendrait bien volontiers de ne jamais avoir été témoin. Cette semaine, c’est Lenovo qui a offert une leçon magistrale de ce qu'il ne faut pas faire en direct à la télévision. Alors que la marque chinoise espérait capitaliser sur l’aura médiatique du Tonight Show de Jimmy Fallon pour présenter son dernier concept, la technologie en a décidé autrement. Pour comprendre l’ampleur du malaise, il faut rappeler que ces séquences sont habituellement millimétrées pour éviter précisément ce genre de déconvenue.
Chronique d'un crash télévisuel annoncé
La scène avait pourtant tout pour plaire sur le papier. D’un côté, Jimmy Fallon, roi de l’entertainment américain ; de l’autre, Linus Sebastian, figure de proue de la chaîne Linus Tech Tips, venu faire la démonstration du Lenovo Legion Pro Rollable. Ce concept, aperçu dans les allées du CES, promettait de transformer un écran de 16 pouces en une dalle panoramique de 24 pouces grâce à un mécanisme d’extension horizontale motorisé. Tout était prêt pour l'effet « whaou ».
Sauf que le « whaou » ne s'est jamais produit. Au moment fatidique où Linus Sebastian a tenté d’activer la combinaison de touches censée déclencher l’élargissement de l’écran, la machine est restée de marbre. Pas un bruit, pas un mouvement. Le vide. Les trois protagonistes sur le plateau ont dû meubler cet instant de solitude avec des rires nerveux et une tentative désespérée de dépannage en direct, avant de finalement abandonner la démo pour passer à la suite. La séquence diffusée à la télévision a d'ailleurs été amputée de ce passage, mais Internet n'oublie jamais et les extraits bruts circulent déjà, rappelant cruellement que le hardware expérimental reste, par définition, capricieux.
Le pari risqué du hardware expérimental
Ce raté monumental soulève une question de fond sur la course effrénée à l'effet d'annonce. Pourquoi diable Lenovo a-t-il pris le risque d’envoyer un prototype non finalisé sur un plateau aussi exposé ? C’est jouer à la roulette russe avec son image de marque. Ce type de déconvenue rappelle les heures sombres du premier Galaxy Fold de Samsung, dont les écrans cassaient entre les mains des journalistes.
Ce fiasco illustre également le fossé technique qui sépare encore les écrans enroulables de la production de masse. Contrairement aux dalles pliantes qui commencent à trouver leur public, comme en témoignent nos tests des derniers modèles pliables, la mécanique d'enroulement ajoute une complexité motorisée qui multiplie les points de rupture. Ici, ce n'est pas seulement l'écran qui est en cause, mais toute la cinématique interne qui a flanché. Lenovo voulait prouver sa supériorité technique ; la marque a surtout rappelé que la fiabilité reste la seule fonctionnalité qui compte vraiment quand les caméras tournent.