En 2025, la fraude par manipulation a représenté 516 millions d’euros, soit 41,6 % du total des pertes liées aux moyens de paiement, contre 32,1 % un an plus tôt. Les fraudeurs exploitent des données volées lors de fuites successives pour personnaliser leurs campagnes d'hameçonnage, et les tribunaux tranchent au cas par cas le remboursement des victimes.

Selon l'Observatoire, l'hameçonnage personnalisé et la manipulation téléphonique sont les deux principales techniques de la fraude par manipulation - ©DukiPh / Shutterstock
Selon l'Observatoire, l'hameçonnage personnalisé et la manipulation téléphonique sont les deux principales techniques de la fraude par manipulation - ©DukiPh / Shutterstock
L’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement dépend de la Banque de France. En 2026, il a dix ans. Selon son rapport annuel, la fraude aux cartes, aux virements, aux chèques et aux prélèvements s’est élevée à 1,24 milliard d’euros, en hausse de 3,8 % sur un an, alors même que le nombre d’opérations frauduleuses a reculé de 7,6 %. Ce contraste provient d’un changement de méthode chez les fraudeurs. Ceux-ci abandonnent le piratage technique au profit de la manipulation directe des victimes, par téléphone, SMS ou e-mail. En un an, cette catégorie a progressé de 34 %. Elle représente désormais 41,6 % des pertes totales, contre 32,1 % en 2024, et sa part a doublé en quatre ans. Au sein de cette catégorie, les virements en ligne comptent pour 376 millions d’euros de fraude par manipulation, contre 140 millions d'euros pour la carte à authentification forte.

Les fraudeurs exploitent les fuites de données pour personnaliser leurs messages

Selon l’Observatoire, l’hameçonnage personnalisé et la manipulation téléphonique sont les deux principales techniques de la fraude par manipulation, avant les sites miroirs, les fausses publicités et les fuites de données. Selon Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France et président de l'Observatoire, les fraudeurs utilisent ces données supplémentaires pour rendre plus crédibles leurs messages d'’hameçonnage.

Ces données supplémentaires proviennent le plus souvent de violations antérieures. Cybermalveillance.gouv.fr indique que les demandes liées à des violations de données ont augmenté de 107 % en 2025, après une progression de 82 % en 2024, sur des organismes aussi divers que des fédérations sportives ou l’opérateur public France Travail. Les pirates en extraient des numéros de téléphone, des adresses postales et parfois des IBAN. Les fraudeurs réutilisent ensuite ces informations dans leurs messages. Ceux-ci reprennent alors le nom de la banque de la victime ou ses habitudes d'’achat.

Julien Lasalle est le secrétaire de l’Observatoire. Pour lui, aucune catégorie de population n’échappe à ce risque, des jeunes aux cadres supérieurs en passant par les personnes âgées. Le ministère de l’intérieur a recensé 448 300 personnes qui ont déclaré une escroquerie en 2025, en hausse de 7 % sur un an, et 53 % de ces dossiers concernaient une fraude liée au numérique.

Les arnaques par manipulation explosent et les fuites de données facilitent le travail des fraudeurs - ©OMSP
Les arnaques par manipulation explosent et les fuites de données facilitent le travail des fraudeurs - ©OMSP

Les tribunaux tranchent au cas par cas le remboursement des victimes

Une banque doit rembourser sa cliente ou son client victime d’une fraude, sauf négligence grave de sa part, selon le code monétaire et financier. Les juges apprécient cette négligence grave au cas par cas, en comparant le nombre d’alertes ignorées par la victime au degré de sophistication de la fraude. Et c’est souvent cette notion de gravité qui pose problème.

La cour d’appel d’Angers a condamné le Crédit Agricole, le 27 janvier 2026, à rembourser 11 593 euros de virements frauduleux à la gérante d’une société, ainsi que 3 500 euros de frais de justice. Un appel, un courriel puis un SMS avaient imité sa banque, et elle avait fini par transmettre ses codes d’authentification. Les juges ont toutefois écarté la qualification de faute lourde, car la fraude avait été montée avec soin, jusque dans le choix d’horaires nocturnes pour les virements.

À l’inverse, une cliente de BNP Paribas avait communiqué son code d’accès à un faux conseiller, puis remis sa carte bancaire à un coursier, malgré l’avertissement d'un premier coursier sur le caractère frauduleux de la démarche. Les appels suivants provenaient de numéros de mobile ordinaires, sans lien avec la banque. Les juges ont retenu la multiplication des erreurs de la cliente et laissé la perte financière à sa charge.

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