La purge continue. Après avoir brutalement fermé ses antennes internationales et annulé ses projets multijoueurs, la direction d'Ubisoft ramène le couperet à la maison. Cette fois, ce n'est plus la périphérie qui trinque, mais le centre névralgique de l'éditeur.

Ubisoft réduit la voilure : après les fermetures internationales, le siège parisien est touché par 45 suppressions de postes dans les divisions Publishing et Asie-Pacifique. © Ubisoft
Ubisoft réduit la voilure : après les fermetures internationales, le siège parisien est touché par 45 suppressions de postes dans les divisions Publishing et Asie-Pacifique. © Ubisoft

La séquence a de quoi donner le tournis aux observateurs les plus aguerris du secteur. Il y a quelques jours à peine, l'éditeur français posait des scellés définitifs sur ses bureaux de San Francisco et d'Osaka, signant l'arrêt de mort de plusieurs productions en cours. Si l'on pensait que cette saignée suffirait à calmer les marchés, c'était mal connaître la logique comptable qui règne actuellement à Montreuil. La restructuration change d'échelle et frappe désormais le siège parisien.

L'onde de choc atteint Montreuil

Ce ne sont plus des rumeurs de couloirs, mais bien une réalité chiffrée qui s'abat sur les équipes françaises. La direction a officiellement présenté un projet de réorganisation qui vise la suppression de quarante-cinq postes au sein des divisions « Global Publishing » et « Asie-Pacifique ». Si le chiffre peut paraître modeste en comparaison des vagues de licenciements massives qui secouent la tech depuis deux ans, la symbolique est lourde. Il ne s'agit pas ici de développeurs sur un projet annulé à l'autre bout du monde, mais bien de fonctions supports et stratégiques basées au siège.

La justification avancée par l'entreprise reste d'un classicisme froid. Il est question de « rationaliser les opérations » et d'améliorer « l'efficacité collective ». Derrière ces éléments de langage bien rodés se cache une volonté de centralisation drastique. Le message envoyé aux équipes est sans équivoque : la structure est trop lourde, trop lente et trop coûteuse. Ce plan social, qui doit encore passer par les fourches caudines des consultations avec les représentants du personnel, marque une rupture. Le siège, autrefois sanctuarisé comme le cerveau intouchable de la bête, doit désormais participer à l'effort de guerre, ou plutôt à l'effort de survie.

Tom Clancy's XDefiant © Ubisoft
Tom Clancy's XDefiant © Ubisoft

Cette annonce intervient dans la foulée immédiate de l'arrêt du développement de XDefiant, le shooter qui devait porter les espoirs de revenus récurrents du groupe. L'enchaînement est brutal : fermeture des studios de production à l'étranger la semaine dernière, réduction de la voilure stratégique à Paris cette semaine. Ubisoft ne se contente plus d'élaguer les branches mortes et commence à attaquer le tronc.

Le pari perdu du « tout-service »

Pendant des années, l'éditeur a multiplié les effectifs pour nourrir des ambitions de « Jeux Service » titanesques. Cette époque est révolue. La fermeture des studios de San Francisco et d'Osaka, couplée aux coupes parisiennes, dessine une nouvelle carte d'Ubisoft : plus petite, plus centralisée, et surtout beaucoup moins aventureuse.

La stratégie de diversification à marche forcée se heurte aujourd'hui au mur de la réalité financière. En réduisant ses équipes « Publishing » et « Asie-Pacifique » depuis Paris, Ubisoft semble acter un recul sur ses ambitions d'expansion mondiale agressive. L'éditeur revient à des fondamentaux plus modestes, forcé par une trésorerie qui ne permet plus les errements du passé. C'est une correction de marché violente qui s'opère en interne.

Ce mouvement social au siège parisien risque de laisser des traces durables sur le moral des troupes restantes. La confiance envers la direction, déjà érodée par des années de polémiques et de projets avortés, tient désormais à un fil. Comment fédérer des équipes créatives quand l'épée de Damoclès plane au-dessus de chaque bureau, de la Californie jusqu'à la petite couronne parisienne ? La « famille » Ubisoft, terme si cher à Yves Guillemot, ressemble de plus en plus à une multinationale en pleine opération chirurgicale à cœur ouvert, sans anesthésie.

Source : Engadget