Faire perdre le fil aux traqueurs en multipliant les adresses utilisées par son VPN paraît plutôt bien vu. L’idée a pourtant ses limites, tant les méthodes de suivi se sont affranchies depuis longtemps de ce seul repère.

Jusqu’ici, pour changer d’adresse IP en cours de session VPN, le plus simple consistait encore à changer de serveur, puis à recommencer autant de fois que nécessaire.
Plusieurs fournisseurs proposent désormais d’automatiser tout ou partie de l’opération. Leur VPN peut renouveler l’adresse IP à intervalles réguliers, parfois sans couper la connexion ni même changer de localisation. Une même adresse accompagne ainsi moins longtemps votre navigation, ce qui devrait compliquer les rapprochements fondés sur l’IP. Mais voilà bien longtemps que le suivi en ligne ne repose plus sur ce seul indice.
La rotation d’IP brouille bien une partie des pistes
Quand vous naviguez sans VPN, les sites auxquels vous vous connectez voient l’adresse IP publique utilisée par votre connexion Internet. En activant le VPN, cette même adresse disparaît au profit de celle du serveur par lequel transite votre trafic. Jusque-là, rien de nouveau.
Dans le cas d’un VPN grand public, cette IP de substitution est généralement partagée entre plusieurs personnes. Un site peut donc beaucoup moins facilement s’en servir pour rattacher plusieurs visites à un même accès Internet, et encore moins à une seule personne.
La rotation pousse le principe un poil plus loin. Le VPN attribue successivement plusieurs IP à votre trafic au fil de la navigation, alors qu’il n’en utilisait auparavant qu’une seule. À l’effet de masse s’ajoute ainsi une forme de dispersion, qui brouille davantage les liens qu’un site ou un traqueur peut établir entre vos différentes activités à partir de l’adresse réseau.
Le renouvellement peut suivre une cadence régulière (environ toutes les cinq minutes chez Surfshark, à intervalle choisi par l’internaute chez HMA) ou dépendre des destinations contactées. ExpressVPN peut ainsi présenter une adresse différente lors d’une nouvelle connexion à un site ou à un serveur web.
Quelle que soit la méthode retenue, la rotation affaiblit bien l’adresse IP comme point de corrélation relativement stable. Mais jusqu’à un certain point seulement : changer d’IP ne revient pas à changer d’identité.
Plus un site vous connaît, moins votre IP a d'importance
Car l’adresse IP n’est qu’un des éléments qui permettent de vous suivre en ligne. Plus un site dispose d’informations sur votre navigateur ou votre compte, moins il a besoin d’elle pour vous reconnaître au fil de la navigation.
Après avoir déposé un cookie lors d’une première visite, un site peut par exemple s’en servir pour reconnaître le même navigateur par la suite. Le VPN a beau avoir changé d’adresse IP une, deux ou dix fois entre-temps, le navigateur lui retransmet le même cookie.
Si vous restez connecté à Google, Amazon ou n’importe quel autre service, l’adresse réseau compte encore moins. Avant comme après chaque renouvellement d’IP, la plateforme rattache les requêtes au même compte, indépendamment de l’adresse utilisée.
Les techniques de fingerprinting peuvent même se passer de cookie comme de compte ouvert. Elles croisent la version du navigateur, le système d’exploitation, la langue, le fuseau horaire, la résolution d’écran, les polices disponibles, les codecs ou encore les capacités graphiques pour former une empreinte plus ou moins distinctive sur laquelle les changements d’adresse IP n’ont pas grande incidence.
La rotation d’IP ne règle qu’une partie du problème
Limiter le suivi suppose donc d’agir aussi sur les autres informations exploitables d’une visite à l’autre. Bloquer les cookies tiers et les scripts de pistage prive déjà les régies et plateformes de plusieurs moyens de reconnaissance, tandis que la déconnexion des comptes empêche de rattacher systématiquement la navigation à un profil connu.
Séparer ses usages entre plusieurs profils de navigateur permet de pousser le cloisonnement un peu plus loin, en évitant notamment de mélanger les cookies et autres données locales accumulées dans des contextes différents. Firefox, Safari, Brave ou Tor Browser intègrent également, à des degrés divers, des protections contre le fingerprinting, destinées à masquer, perturber ou uniformiser les caractéristiques susceptibles de servir à construire une empreinte.
La navigation privée peut compléter ces pratiques en purgeant, à la fermeture de chaque session, les cookies et autres données locales générés entre-temps, mais elle ne masque ni l’adresse IP ni nécessairement l’empreinte du navigateur.
Ensuite seulement, la rotation d’IP peut réellement apporter sa pierre à l’édifice, en fragilisant le suivi fondé sur l’adresse réseau.
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