Pendant les concerts de Céline Dion à Paris, une intelligence artificielle française travaille discrètement à rendre sa voix plus claire. Développée par L-Acoustics, cette technologie promet de transformer le son des spectacles, sans remplacer les ingénieurs qui travaillent dans les coulisses.

Lorsque Céline Dion entonne My Heart Will Go On devant 35 000 spectateurs, difficile d’imaginer la débauche de technologie nécessaire pour faire entendre sa voix jusqu’au dernier rang. Entre les instruments, les cris du public et les réverbérations d’une salle gigantesque, les ingénieurs du son doivent composer avec un sacré casse-tête. Pour sa résidence parisienne, la chanteuse canadienne bénéficie pourtant d’un allié assez inattendu : une intelligence artificielle développée par l’entreprise française L-Acoustics. Invisible pour les spectateurs, elle intervient en temps réel pour débarrasser la voix des bruits parasites. Et le résultat semble avoir convaincu les professionnels qui l’utilisent.
Une intelligence artificielle pour isoler la voix de Céline Dion
Dans un reportage publié par Bloomberg, les ingénieurs du son de Céline Dion détaillent les coulisses de cette installation. Au cœur du dispositif se trouve Source Intelligence, une technologie présentée en mai dernier par L-Acoustics.
Son principe repose sur l’apprentissage automatique. Le logiciel analyse en permanence le signal capté par le micro de la chanteuse pour distinguer sa voix des sons environnants. Instruments, bruits de foule, échos ou musique provenant des enceintes peuvent ainsi être atténués avant que le signal n’arrive sur la console de mixage.
L'entreprise annonce une réduction pouvant atteindre 40 décibels pour les sons non vocaux, avec une latence inférieure à 8,5 millisecondes. Des performances communiquées par le fabricant, qui ne constituent pas des mesures indépendantes réalisées pendant les concerts parisiens. L’intérêt ne se limite pas à rendre la voix de la chanteuse canadienne plus intelligible. En réduisant les sons parasites, le système diminue également les risques de larsen.
Denis Savage, ingénieur du son de Céline Dion depuis 38 ans, compare presque cette technologie à de la magie. Son objectif reste pourtant très concret : maintenir la voix de l’artiste parfaitement audible, quels que soient les arrangements musicaux ou les mouvements sur scène.
Derrière la prouesse, le savoir-faire d’une entreprise française
Source Intelligence ne travaille pas seule. Pour les concerts parisiens, L-Acoustics a également installé ses enceintes L1, disposées de manière à mieux contrôler la propagation du son dans la salle.
Selon les ingénieurs interrogés par Bloomberg, cette configuration permet notamment de conserver un niveau sonore sur scène jusqu’à 26 décibels inférieur à celui de la zone du public. Céline Dion peut ainsi mieux distinguer les indications et la musique diffusées dans ses oreillettes, sans subir autant de retours sonores parasites. L’ensemble du dispositif audiovisuel et acoustique représente un investissement supérieur à un million d’euros. Une installation impressionnante, mais destinée à servir sur plusieurs spectacles et tournées.
Fondée en 1984 par Christian Heil, L-Acoustics s’est imposée comme une référence de la sonorisation professionnelle. L’entreprise assemble notamment ses enceintes à Marcoussis, au sud de Paris, et emploie environ 1 100 personnes. Elle prévoit d’atteindre 400 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2027, selon les projections de sa direction.
Avec Source Intelligence, le fabricant ajoute une nouvelle dimension logicielle à son activité historique. La technologie fonctionne exclusivement avec son processeur L-ISA Processor II et ses systèmes audio professionnels. Un choix qui renforce l’intégration de ses équipements, mais qui impose aussi aux clients de rester dans son écosystème.
D'autres artistes, parmi lesquels Harry Styles, Bruno Mars, The Weeknd et Rosalía, ont également utilisé cette technologie sur scène. Reste une question : l’intelligence artificielle pourrait-elle finir par remplacer les ingénieurs du son ? Laurent Vaissié, codirecteur général de L-Acoustics, assure que ce n’est pas l’objectif. Le logiciel automatise certaines corrections, mais laisse aux professionnels les décisions artistiques et le travail de mixage.
Une utilisation de l’IA qui tranche avec les débats sur la création musicale automatisée. Ici, pas question de composer à la place des artistes ou de recréer leur voix. Le logiciel cherche simplement à faire entendre celle qui se trouve réellement sur scène. Et dans une salle remplie de dizaines de milliers de personnes, c’est déjà un joli tour de force.