Microsoft cale son navigateur sur un rythme de publication doublé à partir du 27 août. Ce faisant, Redmond coupe l'herbe sous le pied de Mountain View.

Une nouvelle version majeure de navigateur toutes les quatre semaines, c'était la routine du secteur depuis 2021. Microsoft vient de casser ce tempo : dans un billet publié le 11 juin, l'équipe Edge annonce le passage à un cycle de publication de deux semaines, effectif à partir d'Edge 152, attendu le 27 août. Une décision qui suit, à quelques mois d'intervalle, celle prise par Google pour Chrome.
Deux fois plus de versions, deux fois moins denses
Que les allergiques au changement se rassurent, le volume global de nouveautés ne bouge pas. Chaque version embarquera environ moitié moins de contenu qu'avant, livré deux fois plus souvent. Un métro qui passe deux fois plus fréquemment avec deux fois moins de wagons : le débit reste le même, l'attente raccourcit. Pour l'utilisateur, qui reçoit déjà ses mises à jour en silence, rien ne changera à l'écran.

- Compatibilité avec les extensions Chrome
- Espaces de travail appréciables en travail collaboratif
- Très bonnes performances
Les entreprises, elles, conservent leur soupape. Le canal Extended Stable, réservé aux environnements managés, garde son rythme de huit semaines et se calera désormais sur une version Stable sur quatre, soit les futures éditions 156, 160 ou 164. Le support assisté couvre quant à lui les trois dernières versions Stable, ce qui ramène la durée de vie effective de chaque édition à une douzaine de semaines. Les services informatiques qui restent sur le canal classique voient donc leurs fenêtres de test fondre de moitié, et Microsoft les invite sans détour à monter un groupe pilote sur le canal Beta pour anticiper.
Google a donné le tempo, Microsoft le suivra... en partant le premier
Edge n'est pas le premier a dégainer, son annonce tenant plus de la réponse que d'un réel remaniement. Google a annoncé en mars le passage de Chrome à une version majeure toutes les deux semaines, à compter de Chrome 153, le 8 septembre. Or Edge est bâti sur Chromium, le moteur open source piloté par Google : quand l'amont change de rythme, l'aval n'a guère le choix entre suivre la cadence ou s'épuiser à maintenir un calendrier divergent. D'où ce résultat cocasse : Edge appliquera le tempo dicté par Google douze jours avant Chrome lui-même.
Comment expliquer cette course généralisée à la cadence ? D'abord par la sécurité, car le navigateur est devenu la première porte d'entrée des attaques, et chaque semaine gagnée entre la correction d'une faille et son arrivée en version stable compte. Ensuite par l'intelligence artificielle, Copilot et consorts évoluant bien trop vite pour patienter un mois entre deux livraisons. La trajectoire historique raconte d'ailleurs la même accélération continue : six semaines entre deux versions à l'origine, quatre depuis 2021, et des correctifs de sécurité hebdomadaires chez Chrome depuis 2023.
Reste le paradoxe français. Edge n'a jamais compté autant d'utilisateurs dans le monde, avec environ 10 % du marché des ordinateurs de bureau. L'Hexagone, lui, continue de le bouder : 6,11 % de part toutes plateformes confondues en mai selon StatCounter, à peine devant Firefox. Le navigateur installé par défaut sur des millions de PC Windows français reste celui qu'on ouvre une fois, pour télécharger un autre navigateur.