Des milliers d'enregistrements de concerts captés clandestinement depuis les années 1980 sont progressivement mis en ligne sur Internet Archive. Cette initiative est portée par des bénévoles et donne accès gratuitement à des documents sonores jamais publiés officiellement.

Si vous étiez de ce monde avant les plateformes de streaming, et à l'époque des disquaires indépendants, alors peut-être vous souvenez-vous des bootlegs. Ces fameux enregistrements pirates étaient commercialisés sous le manteau lorsque la boutique était vide de clients. Ils permettaient de découvrir des morceaux officieux joués en concerts ou n'ayant pas été sélectionnés par les maisons de disques. Et bien, il y a de fortes chances que ces derniers aient été captés par Aadam Jacobs.
Les bootlegs deviennent des pièces historiques
Aadam Jacobs, 59 ans, surnommé le "Chicago tape guy", a capté plus de 10 000 concerts depuis 1984, principalement dans les clubs de Chicago mais aussi dans d'autres villes américaines. 40 ans plus tard, ces cassettes risquent de se dégrader. Il a donc accepté de confier sa collection à une équipe de bénévoles chargée de numériser, de classer et de diffuser ces enregistrements.
Dans les années 80, Aadam Jacobs glissait discrètement son enregistreur dans sa veste pour capter des concerts. Il a par exemple assisté à ceux de Nirvana dans des clubs de Chicago plus de deux ans avant que le groupe ne s'impose auprès du grand public avec l'album "Nevermind" en 1991. Ces prises de son ont été réalisées avant la notoriété des artistes, dans des salles modestes et avec du matériel amateur. Elles donnent donc à la collection une dimension documentaire venant compléter les enregistrements officiels.
Cette collection ne passera pas inaperçue aux fans de rock. On y retrouve Sonic Youth, R.E.M., Phish, Tracy Chapman (captée dès 1988), Liz Phair, Hüsker Dü, The Cure, Depeche Mode, Pavement ou encore Neutral Milk Hotel, pour un total estimé à environ 30 000 sets de plus de 3 000 artistes différents. Jacobs a commencé à enregistrer dès l'adolescence en captant des émissions radio, avant de se tourner vers les concerts en améliorant progressivement son équipement.
On s'en doute, la numérisation représente un travail chronophage. Chaque cassette doit être lue en temps réel sur une platine vintage. C'est la seule manière de convertir le signal audio analogique en fichier numérique, sans accélération ni raccourci possible. Le processus se découpe en plusieurs étapes : le catalogage, le transfert, la préparation des métadonnées, le mixage et le mastering, puis la validation finale avant mise en ligne.
Le bénévole Brian Emerick récupère chaque mois des cartons entiers de bandes chez Jacobs pour effectuer cette conversion. Les fichiers sont ensuite traités par une dizaine de bénévoles répartis entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne, qui nettoient le son, identifient les morceaux, reconstituent les setlists et ajoutent les métadonnées permettant de classer et retrouver chaque enregistrement.
Environ 2 500 enregistrements sont déjà accessibles en streaming et en téléchargement gratuit sur archive.org. Brian Emerick estime avoir traité au moins 5 500 cassettes depuis fin 2024, et le projet devrait s'étaler sur encore plusieurs années avant que la totalité des bandes soit disponible.
