Des bouées d'éoliennes transformées en salles serveurs. Une startup californienne vient de dévoiler un concept qui fusionne production d'énergie renouvelable et calcul IA au même endroit, sous la surface de l'océan.

Rendu 3D d'une plateforme éolienne offshore flottante © Aikido Technologies
Rendu 3D d'une plateforme éolienne offshore flottante © Aikido Technologies

Depuis quelques années, la filière tech cherche désespérément où loger ses serveurs. Les centres de données américains ont englouti 183 térawattheures d'électricité en 2024, soit 4% de la consommation nationale totale. Ce chiffre pourrait plus que doubler d'ici 2030. L'idée de l'immersion n'est pas neuve : Microsoft l'a prouvé dans les eaux écossaises avec le Projet Natick. Mais personne n'avait encore tenté de coupler éolien flottant et calcul IA dans la même infrastructure physique.

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Des salles serveurs à 20 mètres sous la surface de la mer

Aikido Technologies, une startup californienne spécialisée dans l'éolien flottant, a présenté son concept début mars 2026, relayé par IEEE Spectrum. L'idée consiste à loger des salles informatiques à l'intérieur même des ballasts qui maintiennent ses plateformes offshore à flot. La structure repose sur une plateforme centrale portant la turbine, avec trois jambes qui s'étendent depuis la base de la tour. Chaque jambe se termine par un ballast descendant à environ 20 mètres de profondeur. Ces réservoirs, principalement remplis d'eau douce pour assurer la flottabilité, abriteraient dans leur partie supérieure une salle serveur de 3 à 4 mégawatts.

L'ensemble totaliserait entre 10 et 12 mégawatts de puissance de calcul IA. La turbine produit entre 15 et 18 mégawatts, complétés par du stockage par batteries intégré. La société prévoit un prototype de 100 kilowatts au large des côtes norvégiennes d'ici la fin de l'année. L'objectif final est de constituer des fermes capables de porter plus d'un gigawatt de calcul. Pour le refroidissement, la chaleur traverse les parois en acier des ballasts et se dissipe dans l'eau de mer sans système actif, et la société affirme que l'impact thermique restera limité à « quelques mètres » autour de la structure. Ce qui change fondamentalement, c'est la suppression du câble de transport : l'énergie est produite et consommée au même endroit, les pertes en ligne avec.

Le pari risqué d'une industrie encore bancale

L'immersion seule ne suffit plus à impressionner. Microsoft avait déjà démontré dès 2018 qu'un centre de données immergé affiche un taux de défaillance huit fois inférieur à une installation terrestre. La Chine a, depuis, déployé un data center sous-marin colossal au large de Hainan, avec une capacité de traitement équivalente à six millions d'ordinateurs. Ce qu'Aikido ajoute à ces précédents, c'est l'intégration directe avec la production énergétique, ce qu'aucun de ces projets n'avait tenté.

Mais le projet accroche sur un paradoxe structurel. L'éolien flottant offshore traverse une période difficile : retards de développement, coûts en hausse et subventions gouvernementales qui s'évaporent. Le PDG Sam Kanner admet vouloir relancer ce secteur en difficulté en reconfigurant son modèle économique. Autrement dit, Aikido parie sur une industrie encore fragile pour en construire une autre par-dessus. C'est un risque double que les investisseurs potentiels regarderont de près.

Les obstacles techniques ne manquent pas non plus. Daniel King, chercheur à la Foundation for American Innovation, signale auprès d'IEEE Spectrum deux points de vigilance précis : la salinité et les débris océaniques exposent l'électronique à des contraintes inédites. Les régulateurs pourraient aussi imposer des restrictions sur le rejet thermique en mer pour protéger la faune marine. En Europe, le groupe allemand WestfalenWind teste déjà son programme windCORES, qui intègre des centres de données dans des éoliennes terrestres avec une phase opérationnelle en cours. L'offshore amplifie chaque contrainte. Pendant ce temps, Google envisage d'aller encore plus loin, en expédiant ses serveurs IA en orbite avec le projet Suncatcher. Face à ces ambitions spatiales, Aikido paraît presque pragmatique.