Porté par Orange, Bouygues, SFR et Free (pour les abonnés box), Utiq est un outil de ciblage publicitaire actif en France depuis début 2026. Contrairement au cookies, il ne stocke rien dans votre navigateur. Il exploite votre adresse IP et les données de votre connexion internet. L'entreprise revendique 80 % des foyers français dans son périmètre, une présence sur 120 sites, et 40 millions d'identifiants créés rien qu'en France.

Voici pourquoi vider votre cache ne suffit plus : Utiq piste votre foyer via votre opérateur
Voici pourquoi vider votre cache ne suffit plus : Utiq piste votre foyer via votre opérateur

Le nom Utiq a commencé à circuler massivement sur X fin mai 2026, après qu'un consultant en cybersécurité a attiré l'attention sur son fonctionnement. La technologie existe pourtant depuis trois ans. Elle s'appelait alors TrustPid et a été lancée commercialement en France en début d'année.

Un identifiant généré sur votre IP, par votre opérateur

Les cookies classiques, on les connaît bien. Ce sont des fichiers déposés dans votre navigateur. Vider le cache suffit à les effacer. Pour sa part, Utiq fonctionne différemment. Le site partenaire affiche une bannière de consentement, similaire en apparence à la fameuse cookie banner. Mais lorsque vous cliquez sur "Accepter", c'est votre adresse IP qui est transmise à Utiq. La société la transfère à votre opérateur. Et ce dernier la relie à votre numéro de contrat ou de téléphone. Un identifiant pseudonyme est alors généré : c'est ce qu'Utiq appelle le "consentpass".

Cet identifiant est donc produit au niveau du réseau, pas sur votre appareil. Autrement dit, vider le cache, changer de navigateur ou activer le mode incognito ne change rien. L'identifiant persiste tant que vous utilisez la même connexion. Il s'applique d'ailleurs à tout le foyer. Si un autre membre de votre famille a consenti sur son appareil, sa navigation se retrouve associée à la même connexion, et donc au même identifiant, que la vôtre. Ce que les cookies ne faisaient pas : ils restaient dans un seul navigateur, sur un seul appareil.

Du côté des sites intégrant Utiq, le système dérive deux autres signaux à partir du consentpass : le "martechpass", utilisé pour les campagnes marketing propres à chaque site, et l'"adtechpass", destiné aux achats publicitaires programmatiques. Ces identifiants dérivés varient d'un site à l'autre. L'identifiant de base que fournit l'opérateur (le "Network Signal") reste en revanche une boîte noire. Même la CNIL n'en connaîtrait pas le contenu exact. Comme le rapportent nos confrères de Next, dans ces conditions, difficile de parler de consentement éclairé.

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Comment retirer son consentement

Utiq propose une plateforme dédiée baptisée "Consenthub", accessible sur consenthub.utiq.com ou depuis les sites partenaires. Elle permet de bloquer l'utilisation de l'identifiant lié à votre connexion pour une durée d'un an. Sur le papier, c'est la solution officielle. En pratique, de nombreux utilisateurs rapportent des erreurs lors de la connexion à cette interface. Utiq attribue ces blocages à l'utilisation d'un bloqueur de publicité, d'un VPN, d'Apple Private Relay, d'un réseau Wi-Fi public, ou d'un abonnement mobile Free. Le consultant Christophe Boutry, à l'origine de la publication qui a alerté les internautes sur X, dit lui-même ne pas avoir réussi à y accéder. De notre côté, il a simplement fallu désactiver temporairement l'adblock natif de Brave.

Selon France Info, la CNIL dit suivre la technologie "de près" et rappelle qu'elle est légale tant que l'utilisateur a donné son consentement. Le régulateur n'a pas publié de position officielle à ce stade. Des questions de conformité au RGPD restent pourtant ouvertes, notamment autour du principe de minimisation des données. Le suivi publicitaire peut-il être considéré comme "nécessaire" à la fourniture d'un accès internet ? Rien dans les textes ne le justifie.

Utiq se présente comme une alternative européenne aux GAFAM dans la publicité en ligne, née d'un partenariat entre Orange, Vodafone, Telefónica et Deutsche Telekom, avec l'aval de Bruxelles. L'idée est de contourner le blocage par défaut des cookies tiers dans certains navigateurs avec des taux de consentement qui s'effondrent. Utiq n'en a pas besoin. Son identifiant existe en dehors du navigateur, à une couche réseau que les éditeurs de logiciels ne contrôlent pas.