L’accord qui a dessiné l’écosystème de l’intelligence artificielle (IA) évolue encore. Les liens entre Microsoft et OpenAI se desserrent progressivement.

C’est bien connu, Microsoft et OpenAI sont partenaires depuis 2019, date à laquelle le géant de Redmond a réalisé son premier investissement dans la start-up. Une relation qui s’est considérablement approfondie en 2023, avec un engagement financier atteignant 13 milliards de dollars au total. Et leur accord contenait une clause particulièrement scrutée par l’industrie ; celle-ci portait sur l’AGI (l’intelligence artificielle générale), soit le stade hypothétique où une IA égalerait ou surpasserait l'intelligence humaine sur un large éventail de tâches.
Concrètement, si OpenAI atteignait ce seuil, défini comme l’objectif ultime du P.-D. G Sam Altman, Microsoft perdrait automatiquement ses droits sur ses technologies. Un deal légèrement assoupli lorsqu’OpenAI a finalisé sa restructuration en société à but lucratif en octobre dernier. Il vient désormais de tomber aux oubliettes, rapporte TechCrunch.
Plus de mention de l’AGI
Car en février dernier, Amazon a annoncé un investissement pouvant atteindre 50 milliards de dollars dans OpenAI, comprenant la diffusion de certains modèles sur Amazon Web Services (AWS). Problème, le jour même, Microsoft a publiquement contredit les termes de l’accord scellé entre les deux entreprises, rappelant qu’Azure restait le fournisseur cloud exclusif pour les API d’OpenAI. Une action en justice a même été évoquée.
Et comme par magie, OpenAI et Microsoft ont annoncé, ce 27 avril, une nouvelle renégociation de leur partenariat, et la clause AGI a tout bonnement disparu de celui-ci. Un détail qui n’est pas anodin : en effaçant toute référence à l’AGI du contrat, OpenAI s’affranchit de l’obligation implicite de révéler publiquement si elle venait à franchir cette étape.
Car, on le rappelle, la start-up se prépare à entrer en Bourse et a tout intérêt à contrôler le récit autour de ses avancées technologiques.

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OpenAI affranchie
Ce nouveau contrat acte d’autres changements concrets. Par exemple, OpenAI peut désormais distribuer l’ensemble de ses produits sur n’importe quel fournisseur cloud, bien que Microsoft reste son partenaire cloud « primaire ». Côté finances, Microsoft n’aura plus à verser de partage de revenus à OpenAI, tandis qu’OpenAI continuera d’en verser à Microsoft jusqu’en 2030, dans la limite d’un plafond.
Le bilan est nuancé pour le géant, qui perd son exclusivité, mais conserve un accès garanti aux technologies d’OpenAI jusqu’en 2032, continue de percevoir des revenus de cette collaboration, et en reste actionnaire à hauteur de 27 %.
OpenAI, pour sa part, sort considérablement libérée : elle peut dorénavant courtiser les autres géants du cloud sans risquer de poursuites judiciaires. Mais cette liberté retrouvée ne suffira pas, car l’entreprise de Sam Altman continue de perdre de l’argent à grande échelle. S’affranchir de Microsoft est une chose, convaincre les marchés que son modèle économique tient la route en est une autre…
L’AGI (Artificial General Intelligence) désigne une IA capable de réussir un large éventail de tâches intellectuelles au niveau humain, avec une capacité de généralisation comparable à la nôtre. Contrairement aux modèles actuels, souvent très performants mais spécialisés et dépendants de leur entraînement, l’AGI implique une autonomie et une polyvalence beaucoup plus larges. Dans un contrat, l’AGI peut servir de « déclencheur » (milestone) conditionnant des droits d’usage, d’exclusivité ou de propriété intellectuelle. Le problème est pratique autant que juridique : il n’existe pas de test universellement accepté pour prouver qu’une AGI a été atteinte, ce qui rend la notion potentiellement source de litiges. Retirer toute référence à l’AGI réduit aussi les obligations implicites de transparence autour d’un éventuel franchissement de ce seuil.
Que signifie l’exclusivité cloud pour les API d’OpenAI, et comment se traduit-elle techniquement ?Une exclusivité cloud sur des API signifie que l’infrastructure qui héberge et sert ces interfaces (calcul, réseau, sécurité, mise à l’échelle) doit passer par un fournisseur donné. Concrètement, cela conditionne où tournent l’inférence des modèles, la gestion des clés API, la limitation de débit (rate limiting), la journalisation et une partie des garanties de conformité. Pour les clients, cela influence la latence, la localisation des données, les options de mise en réseau (liaisons privées, peering) et parfois les mécanismes de sécurité disponibles. Pour l’éditeur, c’est aussi un levier commercial : l’API devient un moteur de consommation cloud chez le partenaire exclusif. Lever ou assouplir cette exclusivité permet de déployer les mêmes services sur plusieurs clouds, mais demande de répliquer des briques critiques (observabilité, contrôle d’accès, facturation, politiques de données) de façon cohérente.
En quoi une restructuration en société à but lucratif change-t-elle la gouvernance et les incitations d’une entreprise d’IA ?Passer d’une structure orientée mission à une entité à but lucratif modifie la hiérarchie des priorités : la création de valeur pour les actionnaires devient un objectif explicite, au même titre que la stratégie produit. Cela change la gouvernance (droits des actionnaires, composition du conseil, pouvoirs de décision) et peut faciliter des opérations comme l’entrée en Bourse ou l’ouverture du capital à grande échelle. Sur le plan économique, la pression pour améliorer les marges et sécuriser des revenus récurrents augmente, notamment face aux coûts d’entraînement et d’inférence. Cela peut aussi influencer les partenariats : clauses d’exclusivité, partage de revenus, licences de modèles et conditions de distribution deviennent plus centrales. Enfin, la communication sur les avancées techniques tend à être davantage encadrée, car elle peut affecter la valorisation, le risque juridique et la perception des marchés.