La lutte contre le streaming sportif illégal ne cesse de monter en puissance en France. Ces derniers mois, la justice a progressivement élargi son champ d’action, en passant du blocage des sites via les fournisseurs d’accès à Internet à celui des DNS alternatifs, puis des VPN.

Avec les décisions rendues mi-mars, un nouveau cap est franchi. Le tribunal judiciaire de Paris ordonne un blocage massif visant simultanément tous ces intermédiaires, une première en France par son ampleur et sa coordination.
Un blocage élargi à toute la chaîne technique
Par le biais de sept décisions rendues le 18 mars, le tribunal a ordonné le blocage de 35 sites de streaming sportif, dont certains très fréquentés. Dans la continuité des décisions récentes, ces jugements étendent le périmètre du blocage bien au-delà des seuls fournisseurs d’accès à Internet.
Ils visent en effet simultanément les FAI, mais aussi les résolveurs DNS (Google, Cloudflare, Quad9) et plusieurs services VPN comme ProtonVPN, ExpressVPN ou CyberGhost. Une approche coordonnée qui tranche avec les précédentes décisions, jusque-là plus progressives.
Autrement dit, la justice ne se contente plus de bloquer l’accès "classique" via les opérateurs : elle cible directement les principaux outils de contournement, utilisés pour maintenir l’accès aux flux pirates malgré les restrictions.
Le dispositif va même plus loin dans certains cas. Cloudflare, par exemple, est sommé d’agir sur l’ensemble de son infrastructure, incluant DNS, CDN et services proxy. Une approche globale qui vise à fermer un maximum de portes en une seule opération. Ces mesures s’appliquent jusqu’au 21 juin 2026 et pourront évoluer : de nouveaux sites pourront être ajoutés à la liste, après validation par l’Arcom.
La Liga écartée, beIN Sports prend le relais
À l’origine de ces actions, la ligue de football espagnole LaLiga. Pourtant, c’est bien un autre acteur qui a obtenu gain de cause. Le tribunal a en effet jugé les demandes de LaLiga irrecevables en droit français. En cause : son statut d’organisation étrangère, qui ne répond pas aux critères du Code du sport pour engager ce type de procédure. La juridiction estime également que LaLiga n’est pas directement lésée, ses droits de diffusion en France ayant été cédés.
C’est donc beIN Sports France, diffuseur officiel de la compétition en France, qui a repris les dossiers à son compte. En apportant des preuves concrètes de diffusion illégale, la chaîne a obtenu les mesures de blocage en son nom.
Au final, cette affaire illustre une évolution nette de la stratégie judiciaire française : en élargissant la responsabilité aux intermédiaires techniques, la justice cherche à rendre les blocages plus efficaces face à un écosystème IPTV toujours plus adaptable.
Source : Torrent Freak