Numspot et Mistral ont annoncé mardi la création d'une offre d'intelligence artificielle managée sur une infrastructure cloud souveraine, une première en France. Les deux partenaires engagent aussi une démarche de qualification SecNumCloud pour ce nouveau service managé.

Les logos de Mistral et de Numspot, qui officialisent leur partenariat autour d'une offre d'intelligence artificielle managée souveraine. © Alexandre Boero / Clubic
Les logos de Mistral et de Numspot, qui officialisent leur partenariat autour d'une offre d'intelligence artificielle managée souveraine. © Alexandre Boero / Clubic

Ce mardi 15 septembre, les deux entreprises françaises Numspot et Mistral AI ont officialisé par communiqué de presse leur partenariat, qui sera construit autour de la suite Mistral, hébergée sur l'infrastructure cloud de Numspot. Concrètement, l'offre réunit des modèles d'IA, ressources GPU, orchestration, stockage et sécurité sur une seule et même plateforme, pensée pour épargner aux entreprises le casse-tête d'assembler plusieurs prestataires. Une vraie ambition, avec en parallèle une course engagée à la qualification SecNumCloud auprès de l'ANSSI, qui sera un vrai gage de confiance pour les acteurs publics comme privés.

Mistral et Numspot dévoilent une offre d'IA managée inédite en France

Dans le détail, on peut découper en trois cette association entre Mistral et Numspot. D'un côté, il y a la gamme de modèles et d'outils d'intelligence artificielle signés Mistral, autrement dit, le « cerveau » du système, celui qui comprend et génère du texte, du code ou des réponses. De l'autre, une infrastructure cloud pensée et hébergée en France, c'est-à-dire les serveurs et les data centers qui font tourner ces modèles, avec les données qui y transitent. Et entre les deux, Numspot se charge de tout ce qui fait fonctionner la machine au quotidien, sans que le client n'ait à s'en soucier : répartir la charge de travail entre les serveurs (l'orchestration), stocker les données, surveiller que tout fonctionne correctement, sécuriser les accès, mettre à jour les systèmes et absorber les pics d'activité si l'usage grimpe en flèche. L'entreprise endosse ainsi le rôle de chef d'orchestre unique, du premier prototype jusqu'au déploiement à grande échelle. Cette intégration, les deux partenaires la présentent comme inédite sur le marché français, tant elle limite le nombre d'interlocuteurs et de briques technologiques à faire dialoguer.

« Avec Mistral, nous franchissons une nouvelle étape dans la construction d'une IA managée souveraine et industrialisable », a commenté Eric Haddad, le président exécutif de Numspot. Concrètement, les entreprises n'ont plus à gérer elles-mêmes la complexité technique de l'infrastructure. Elles peuvent se concentrer sur leurs usages métiers, leurs applications et leurs données, pendant que Numspot orchestre le reste en coulisses.

© Alexandre Boero / Clubic / Pexels / Mistral
© Alexandre Boero / Clubic / Pexels / Mistral

L'approche clé en main voulue par les deux partenaires s'adresse à trois profils bien différents. D'abord, elle vise les grandes entreprises pressées de passer leurs projets d'intelligence artificielle du stade de test à un usage réel et massif, sans perdre de temps à tout construire elles-mêmes. Ensuite, elle cible les organismes publics, qui manipulent souvent des données sensibles (dossiers de santé, informations administratives) et ont donc besoin d'un environnement de confiance strictement encadré. Enfin, il y a toutes les structures, plus petites ou moins technophiles, qui n'ont tout simplement pas, en interne, les équipes spécialisées ou les moyens financiers nécessaires pour faire fonctionner seules une infrastructure d'IA aussi complexe à gérer au quotidien.

SecNumCloud et HDS, les garanties de confiance de Numspot

Numspot et Mistral AI ne font pas qu'une promesse commerciale. Ils engagent aussi une démarche de qualification SecNumCloud pour le service managé Mistral. Ce label, délivré par l'ANSSI (l'agence française chargée de la cybersécurité), garantit qu'un cloud est assez solide et sécurisé pour héberger les données et applications les plus sensibles, qu'elles appartiennent à une administration ou à une entreprise privée. SecNumCloud a pris un peu plus d'ampleur encore depuis cet été, puisque l'obtenir n'est plus une simple recommandation mais une obligation légale pour héberger les données les plus sensibles de l'État. Numspot avait déjà décroché ce label pour son offre d'infrastructure cloud début septembre, le même jour qu'OVHcloud d'ailleurs, et l'entreprise vise maintenant à l'étendre à sa brique intelligence artificielle. Elle peut aussi s'appuyer sur sa certification HDS (Hébergeur de Données de Santé), un autre sésame obligatoire dès qu'il s'agit de stocker des données médicales, comme des dossiers patients.

« Nous proposons une réponse concrète aux entreprises et aux acteurs publics qui souhaitent passer de l'expérimentation à l'industrialisation, sans compromis entre performance, sécurité et conformité », affirme de son côté Marjorie Janiewicz, Chief Revenue Officer de Mistral. Après une levée de fonds record de 3 milliards d'euros bouclée il y a quelques jours à peine, et un partenariat noué plus tôt cette année avec Airbus pour irriguer l'aéronautique et la défense de ses modèles, on peut dire que Mistral AI réussit son année et poursuit sa mue avec brio.

© Alexandre Boero / Clubic

Quant à Numspot, dont on rappelle l'actionnariat 100 % français, public-privé, réunissant Banque des Territoires, Docaposte, Dassault Systèmes et Bouygues Telecom, la société met en avant sa portabilité et sa réversibilité. Cela signifie que l'entreprise peut déplacer ses workloads (l'ensemble des tâches et calculs confiés au cloud), ses données et ses applications d'un cloud public à un cloud privé, voire vers ses propres serveurs, sans jamais se retrouver enfermée chez un seul fournisseur, un scénario redouté dans le secteur, où changer de prestataire peut vite devenir un vrai casse-tête technique. De quoi rassurer les organisations les plus prudentes sur la maîtrise de leurs données, à l'heure où la question de la souveraineté numérique européenne n'a jamais paru aussi centrale.