Chrome 150, attendu le 30 juin 2026, supprime le dernier flag qui permettait à uBlock Origin et aux bloqueurs Manifest V2 de survivre dans le navigateur. Après des années de transition forcée, Google referme définitivement la porte.

Pendant plus d'un an, une poignée d'utilisateurs avertis avait trouvé la fissure dans le mur : un flag technique, kExtensionManifestV2Disabled, qui permettait de maintenir en vie les extensions Manifest V2 malgré la migration imposée par Google vers le Manifest V3. Cette échappatoire disparaît avec Chrome 150. Selon Digital Trends, un commit récent dans le code source de Chromium qualifie ce flag de « dead code » et en ordonne la suppression. Pour les 40 millions d'utilisateurs d'uBlock Origin sur Chrome, le compte à rebours est lancé.
Chrome 150 : la fin du flag qui maintenait les bloqueurs sous perfusion
Le mécanisme était simple, presque élégant dans sa discrétion : en activant ce flag dans les paramètres avancés de Chrome, les utilisateurs pouvaient continuer à faire tourner des extensions basées sur l'ancienne architecture Manifest V2, dont uBlock Origin, bien après que Google eut officiellement mis fin à leur support en octobre 2024. Un ingénieur de Google, Devlin Cronin, a justifié la suppression sans détour dans le commit Chromium : maintenir ce code représente une dette technique croissante, une complexité de maintenance et des risques de sécurité réels, plusieurs bugs spécifiques à MV2 ayant été identifiés récemment.
Chrome 150, prévu pour le 30 juin, retire ce flag principal. Chrome 151, attendu en juillet, nettoiera les dernières références au code MV2 encore présentes dans le navigateur. Une méthode résiduelle via les outils de développement subsistera techniquement, mais elle exige une manipulation manuelle à chaque session de navigation : autant dire qu'elle est inutilisable au quotidien. Après Chrome 151, il n'existera plus aucun contournement, aucune politique d'entreprise, aucun paramètre caché pour restaurer MV2.
MV3 contre MV2 : pourquoi l'alternative « Lite » ne fait pas le poids
Le cœur du problème tient à une différence d'architecture fondamentale. Le Manifest V2 reposait sur l'API webRequest, qui permettait aux extensions d'intercepter et de modifier les requêtes réseau en temps réel, à la volée. Le Manifest V3 la remplace par declarativeNetRequest, qui impose aux extensions de soumettre des règles de filtrage statiques à l'avance. Concrètement, uBlock Origin ne peut plus adapter son filtrage dynamiquement face aux nouvelles techniques publicitaires ou aux domaines de trackers qui évoluent en permanence. Raymond Hill, le développeur d'uBlock Origin, a lui-même reconnu qu'une version MV3 ne peut pas répliquer les capacités de l'original.

uBlock Origin Lite existe bien pour MV3, mais elle ne prend en charge qu'une fraction des listes de filtres et ne peut pas effectuer le filtrage cosmétique qui rend l'original efficace contre les publicités modernes. Pour les utilisateurs qui refusent ce compromis, les alternatives sérieuses se réduisent à deux options : Firefox, qui maintient une compatibilité complète avec MV2 et uBlock Origin, et Brave, dont le bloqueur natif opère directement au niveau du moteur du navigateur, contournant entièrement la question des extensions. Edge et Opera, tous deux basés sur Chromium, devraient suivre la même trajectoire que Chrome.
L'argument sécurité avancé par Mountain View n'est pas sans fondement : l'API webRequest donne aux extensions un accès profond à l'ensemble du trafic réseau, ce qui en fait un vecteur d'attaque réel en cas de compromission. Mais Google est aussi la première régie publicitaire mondiale, et les bloqueurs de publicité réduisent mécaniquement l'exposition aux annonces sur lesquelles son modèle économique repose. La coïncidence est difficile à ignorer.
Reste une question que les arguments techniques ne tranchent pas : peut-on faire confiance à l'entreprise qui vend les publicités pour définir les règles qui gouvernent les outils permettant de les bloquer ?