Les maquettes avaient fuité en mars, Mozilla faisait mine de ne rien voir. Cette fois, la fondation prend le micro et confirme tout : Nova va transformer Firefox d'ici la fin de l'année.

Le dernier grand lifting de Firefox remonte à 2021. Le projet Proton avait élargi les onglets, aéré les menus et, au passage, enterré le mode compact dans les profondeurs d'about:config (là où seuls les courageux osent s'aventurer). Une partie de la base historique n'a jamais pardonné. Certains sont même allés voir du côté de Zen Browser, un fork communautaire qui appliquait déjà les idées arrondies (quand il ne copiait pas Arc) que Mozilla tente aujourd'hui de s'attribuer. Cinq ans et trois redesigns plus tard (Australis en 2014, Photon en 2017, Proton en 2021), la fondation officialise le projet Nova et le présente comme un « renouvellement, pas un remplacement ». L'équipe UX tient visiblement à ce que personne ne panique.
Ce que Nova change concrètement dans l'interface
Côté design, à peu près tout y passe. Les onglets adoptent des formes arrondies avec un dégradé qui donne plus de poids visuel à l'onglet actif. Panneaux, menus et contrôles partagent des courbes harmonisées. Les icônes ont été redessinées, la palette s'inspire « du feu » (tons chauds, ombres profondes, dégradés discrets), et l'ensemble veut donner une impression de chaleur sans tomber dans le festival chromatique.

- 100 % développé en interne
- Fiable, efficace et stable
- Fonctionnalités d'optimisation de l'interface et de l'expérience utilisateur
Le retour du mode compact est probablement le changement le plus attendu par les utilisateurs de longue date. Après Proton, cette option qui permettait de grappiller quelques pixels verticaux n'était plus accessible qu'en bidouillant les préférences cachées. Nova la remet dans les réglages visibles, aux côtés des onglets verticaux, du split view et des groupes d'onglets. Mozilla annonce par ailleurs 9 % d'amélioration des temps de chargement sur l'année écoulée (chiffre invérifiable de l'extérieur, mais la promesse est posée), et refond la page des paramètres pour rendre les contrôles de confidentialité plus lisibles.
Un kill switch IA pendant que la concurrence vous force la main
L'autre volet de Nova touche à l'intelligence artificielle, et l'approche de Mozilla tranche avec ce qui se fait en face. Depuis Firefox 148, le navigateur propose un panneau « AI Controls » dans ses réglages, avec un interrupteur permettant de désactiver intégralement les fonctions IA. Nova rend ce panneau plus visible dans l'interface. L'idée tient en une phrase d'Ajit Varma, le chef produit : l'IA comme choix, pas comme valeur par défaut.
Le positionnement n'est pas anodin quand on regarde ce que font les voisins. Chrome intègre Gemini sans rien demander. Edge pousse Copilot jusque dans les cellules Excel (on y reviendra). Opera active un assistant IA dès l'installation. Firefox parie sur le droit de dire non, et les chiffres européens lui donnent des arguments. Le navigateur est sélectionné toutes les 10 secondes en Europe via les écrans de choix imposés par le Digital Markets Act. Six millions de sélections au total, +111 % d'utilisateurs actifs quotidiens en France sur iOS, et un taux de rétention cinq fois supérieur à la période pré-DMA. Une étude du National Bureau of Economic Research va dans le même sens : +113 % de DAU sur iOS dans l'UE, quinze mois après le déploiement des écrans de choix.
Pour les curieux, Nova est testable dès maintenant en téléchargeant une build Nightly et en créant la préférence browser.nova.enabled dans about:config. Avec 2,6 % de parts de marché mondiales (5,4 % en France), Firefox ne joue clairement plus dans la même cour que Chrome. Mais c'est aussi le seul navigateur majeur à ne pas reposer sur Chromium, et accessoirement le seul à vous laisser couper l'IA sans fouiller dans un sous-menu.