[Info Clubic] Arnaquée de 11 200 euros par un faux conseiller bancaire, une cliente de BoursoBank, à l'époque Boursorama, a décidé d'attaquer sa banque. Le jugement rendu par le tribunal d'Aix-en-Provence vaut le détour.

Une cliente de Boursorama arnaquée de 11 200 euros par vishing n'a pas complètement obtenu gain de cause en justice. © Alexandre Boero / Clubic
Une cliente de Boursorama arnaquée de 11 200 euros par vishing n'a pas complètement obtenu gain de cause en justice. © Alexandre Boero / Clubic

Une cliente de BoursoBank, qui s'appelait encore Boursorama à l'époque pour quelques semaines, a été victime d'une arnaque de type « vishing ». Il s'agit d'une arnaque au faux conseiller bancaire, qui sévit par téléphone. En moins de 30 minutes, Monique, nous l'appellerons ainsi, a été dépouillée de 11 200 euros. Elle a attaqué la banque en justice, pour réclamer les sommes perdues. Le tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence a rendu sa décision, le 9 mars 2026, et celle-ci est assez étonnante. Clubic a pu en prendre connaissance.

L'arnaque au faux conseiller bancaire, un piège redoutable pour les clients en ligne

Le 30 mai 2023, en fin d'après-midi, Monique reçoit un premier appel d'un inconnu qui se présente comme un agent du service fraudes de Boursorama. Elle ne donne pas suite. Quelques minutes plus tard, son téléphone sonne à nouveau, et cette fois avec un numéro qu'elle associe, à tort, à un service officiel de la banque. La voix est posée, rassurante. Le piège est lancé.

L'escroc lui annonce qu'un piratage frappe son compte et son livret A. Il lui présente une solution qu'elle considère comme évidente, à savoir transférer ses fonds vers des « comptes sécurisés ». Monique se connecte donc elle-même à son espace Boursorama, enregistre deux nouveaux bénéficiaires et exécute les deux virements, d'abord 5 400 euros, puis 5 800 euros. Tout ça en très exactement 27 minutes.

Le lendemain, elle dépose plainte au commissariat de sa ville pour escroquerie et réclame à Boursorama le remboursement des 11 200 euros. La banque lui répond par e-mail rapidement, nous le 1er juin 2023. Pour la banque, la cliente n'a « pas respecté tout ou partie des mesures de protection », et le remboursement est donc refusé. Monique décide alors de porter l'affaire devant la justice.

Négligence grave ou victime d'emprise, le cœur du débat face au tribunal

Pourtant assignée en décembre 2024 devant le tribunal d'Aix-en-Provence, Boursorama reste sur ses positions. La banque détaille le déroulé technique de l'opération, avec l'authentification forte activée, les SMS d'alerte envoyés à chaque opération, que ce soit à 17h36 lors de l'ajout du premier bénéficiaire, à 17h38 après le virement de 5 400 euros, ou à 17h45 pour le second. Chaque message précisait : « Si vous n'êtes pas à l'origine de cette opération, consultez notre rubrique sécurité. »

Monique se défend en justifiant. Si elle ne nie pas avoir effectué les virements, elle insiste sur le fait qu'elle était sous l'emprise psychologique de son interlocuteur, convaincue d'agir pour protéger ses propres économies. Elle reproche aussi à Boursorama d'être restée passive face à des opérations pour le moins inhabituelles : en moins de trente minutes, deux bénéficiaires inconnus ajoutés, deux gros virements exécutés dans la foulée. Un enchaînement, selon elle, suffisamment suspect pour que la banque bloque tout automatiquement, ou au moins intervienne autrement qu'avec un simple SMS.

Sur le plan légal, tout repose sur une distinction subtile. Le Code monétaire et financier oblige les banques à rembourser leurs clients victimes d'opérations non autorisées, sauf si ces derniers ont fait preuve de « négligence grave », cette fameuse notion qui fait tant débat. Autrement dit, si Monique a été manipulée malgré elle, Boursorama doit payer. Si elle a simplement manqué de prudence, elle assume. C'est là que se joue le procès.

Pas de remboursement, mais Boursorama reconnue fautive

Sur la question du remboursement des 11 200 euros, le juge du tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence donne raison à BoursoBank. Pour lui, Monique a elle-même saisi son téléphone, tapé ses codes, enregistré les bénéficiaires et validé les deux virements. Elle a reçu des alertes à chaque étape. Et confier ses économies à des inconnus pour les « mettre en sécurité », sur simple demande téléphonique est, aux yeux de la loi, une imprudence suffisamment sérieuse pour dégager la banque de toute obligation de remboursement.

Mais le juge ne s'en tient pas là. Il pointe du doigt le système de Boursorama lui-même, qui est qu'en quelques secondes seulement, n'importe qui pouvait ajouter des bénéficiaires inconnus et virer des sommes importantes, le tout sans autre protection qu'un SMS générique envoyé à chaque fois. Pour le tribunal, à l'heure où les arnaques bancaires en ligne se comptent par millions, ce niveau de sécurité est tout simplement insuffisant. On ne peut donc pas, ici, valider l'argument du défaut de vigilance caractérisé.

Au final, Boursorama est condamnée à verser 2 000 euros de dommages et intérêts à Monique, plus 1 000 euros pour les frais de justice. On est loin des 11 200 euros espérés, la victoire est donc assez symbolique et montre que, derrière l'idée de rendre les virements toujours plus rapides et fluides, le faire sans filet de sécurité digne de ce nom, c'est une autre histoire. On notera que depuis, BoursoBank a renforcé sa sécurité.