Safari a longtemps été pointé pour ses lacunes en compatibilité web. Le navigateur d'Apple vient de refermer cet écart avec une progression spectaculaire dans le cadre d'Interop 2025, passant de 43% à 99% de réussite aux tests d'interopérabilité. Une performance qui dépasse celle de tous les autres navigateurs sur l'année écoulée.

Safari va enfin jouer dans la cour de Chrome et Firefox pour le rendu des pages Web ©Shutterstock
Safari va enfin jouer dans la cour de Chrome et Firefox pour le rendu des pages Web ©Shutterstock

Le sommet Interop 2025 réunit Apple, Bocoup, Google, Igalia, Microsoft et Mozilla pour harmoniser le web. Lancé en 2022 avec la première édition du benchmark co-développé par ces géants de la tech, ce consortium choisit chaque année des zones prioritaires où l'interopérabilité pose problème aux développeurs. Puis les participants coordonnent le travail technique pour y remédier. Pour cette quatrième édition, le groupe a sélectionné 19 domaines prioritaires et 5 zones d'exploration couvrant CSS, JavaScript, les API web et les performances.

Des investissements massifs pour rattraper Chrome et Firefox

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Début 2025, seulement 29% des tests sélectionnés passaient simultanément sur tous les navigateurs. Fin 2025, ce taux atteint 97% pour les versions stables de Chrome, Edge, Firefox et Safari. Les versions expérimentales (Chrome Canary, Edge Dev, Firefox Nightly et Safari Technology Preview) frôlent toutes les 99%.

L'équipe développant WebKit, le moteur de Safari, reconnaît avoir consenti des "investissements d'ingénierie significatifs" sur des domaines qu'Apple savait problématiques. Et cette approche marque une avancée non négligeable. Par le passé, l'équipe privilégiait ses propres priorités plutôt qu'une compatibilité maximale avec les standards. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que les efforts ont été récompensés : le navigateur enregistre donc une progression de 56 points en une seule année.

safari interop

Concrètement, sous le capot, parmi les 19 domaines prioritaires traités, trois technologies émergentes ont été proprement standardisées. Il y a tout d'abord l'Anchor Positioning qui simplifie l'affichage des bulles d'aide, menus déroulants et info-bulles : les développeurs peuvent désormais les positionner directement en CSS, sans ajouter de code JavaScript complexe. Les Same-document View Transitions permettent de créer des animations fluides lorsqu'on passe d'une page à une autre sur un site, une fonction que Safari 18.0 et 18.2 intègrent depuis l'automne 2024. Enfin, la Navigation API facilite la gestion des déplacements dans les applications web qui fonctionnent sur une seule page, disponible depuis Safari 26.2.

Cette harmonisation réduit la fragmentation du web, qui contraignait jusqu'ici les développeurs à coder des solutions spécifiques selon les navigateurs. Étant donné la position dominante de Safari sur iOS - et les difficultés d'y porter d'autres moteurs de rendu - l'écart observé constituait un frein majeur à l'adoption de fonctionnalités web modernes. Avec cette convergence, le code écrit une fois devrait désormais fonctionner partout de manière identique.

Les fonctionnalités testées dans Safari Technology Preview ne resteront pas confinées aux versions expérimentales. Apple devrait déployer ces avancées avec la prochaine mise à jour de ses systèmes d'exploitation, qui concernera donc iOS, iPadOS et macOS. Les 99% de compatibilité atteints dans la version de développement deviendront ainsi la norme pour l'ensemble des utilisateurs d'appareils Apple.