Vous pensiez avoir tout vu avec l’orgie d’IA dans nos onglets ? Oubliez vos souris, vos extensions colorées et vos assistants intrusifs. Un développeur vient de renvoyer le Web à l’âge de pierre, et paradoxalement, c’est la chose la plus rafraîchissante de ce début d’année.

Alors que Google, Microsoft et consorts étouffent nos machines sous des couches d'intelligence artificielle toujours plus gourmandes, une résistance s'organise dans les tréfonds du code open source. Si vous trouviez que Chrome consommait votre RAM comme un ogre affamé, attendez de voir la réponse radicale repérée par The Register. Loin des promesses marketing d'Arc ou des copilotes omniprésents, un projet nommé Brow6el vient de faire irruption. Son pari ? Faire tourner un web moderne et complet... directement dans votre terminal.
Un retour vers le futur en pixels et ligne de commande
Ne vous y trompez pas : Brow6el n'est pas une simple curiosité pour barbus nostalgiques de l'époque Lynx. C'est une prouesse technique signée par le développeur Jan Antos, qui a profité de la trêve des confiseurs pour publier ce projet sur Codeberg. Contrairement aux navigateurs textuels d'antan qui réduisaient une page web à une bouillie de caractères illisibles, Brow6el affiche le web tel qu'il est, images et vidéos comprises.

Le secret de ce tour de passe-passe réside dans l'utilisation du format graphique Sixel. Cette technologie, héritée des terminaux et imprimantes d'une autre époque, permet d'encoder des images (bitmaps) directement en séquences d'échappement pour le terminal. Sous le capot, Brow6el utilise le moteur Chromium Embedded Framework (CEF) pour charger la page, puis la convertit en temps réel en flux Sixel. Résultat : vous naviguez sur YouTube ou Reddit avec le rendu visuel exact, mais encapsulé dans la froide austérité de votre console Linux.
L'outil ne fait pas l'impasse sur l'ergonomie, ou du moins, sa version spartiate. Il gère la navigation à la souris, mais brille surtout par ses raccourcis clavier (H, J, K, L pour se déplacer) qui raviront les puristes de l'efficacité nourris à Vim. Il intègre même un bloqueur de publicités natif et gère les pop-ups, prouvant qu'il ne s'agit pas juste d'une démo technique, mais d'une tentative fonctionnelle de repenser l'accès au réseau.
Le bras d'honneur au "Web obèse"
Pourquoi s'infliger une telle austérité en 2026 ? Parce que le contexte s'y prête cruellement. Comme le souligne l'analyse de The Register, cette sortie intervient alors que le marché des navigateurs sombre dans une surenchère d'IA souvent non sollicitée et dangereuse pour la confidentialité. Brow6el se pose en antidote : aucun assistant ne viendra « accidentellement » scanner vos données bancaires, et aucune barre latérale ne clignotera pour vous vendre un résumé génératif.
Cependant, l'outil reste expérimental. Son créateur Jan Antos prévient qu'il s'agit d'un code de qualité « Proof of Concept » (POC). Les claviers non-US comme notre cher Azerty sont encore mal gérés et l'installation demande de mettre les mains dans le cambouis. Mais l'intérêt est ailleurs. Brow6el incarne une philosophie : celle de la reprise de contrôle. À l'heure où les navigateurs deviennent des systèmes d'exploitation tentaculaires, cette approche minimaliste rappelle que l'affichage d'une page HTML ne devrait pas nécessiter la puissance de calcul d'une fusée spatiale. C'est brut, c'est instable, mais c'est une déclaration d'indépendance numérique.
Source : The Register