Qwant : à force de voir trop grand, le moteur de recherche n'est toujours pas rentable

27 août 2019 à 19h21
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Qwant

Qwant fait parler de lui... Mais pas uniquement d'une façon qui pourrait l'arranger. Soucis de gestion en interne, dépendance technologique, viabilité du moteur de recherche : visiblement, il ne faudrait pas être trop regardant sur les pratiques et la véritable nature de ce moteur de recherche.

C'est dans une enquête dévoilée par Médiapart que Qwant est à nouveau épinglé pour des pratiques et un fonctionnement qui comportent bien des zones d'ombre.

Protéger votre vie privée... mais se développer à tout prix

Lancé en 2013, Qwant est tout de suite qualifié de « moteur de recherche qui respecte votre vie privée ». À la tête du « Google français » se trouvent alors Éric Léandri, Jean-Manuel Rozan et Patrick Constant. Leur objectif est de proposer à l'internaute un moteur de recherche qui ne le « trace » pas : ainsi Qwant est par exemple dans l'incapacité de vous proposer des publicités ciblées en fonction de votre historique de navigation. Et par conséquent, il pourrait proposer aux utilisateurs des pages de recherches au contenu identique.

Voilà donc, en d'autres termes, une pratique que l'on pourrait qualifier d'éthique, et une alternative qui se targuait au passage d'agacer la concurrence, notamment américaine.

Son modèle économique étant basé sur les revenus publicitaires, Qwant a dû multiplier ses sources d'investissement au début de sa période de développement. À base d'investisseurs, les financements se sont rapidement accumulés, de nombreuses entreprises sont entrées au capital, à hauteur d'au moins 40% en ne comptant que les acquisitions du groupe allemand Axel Springer, et de la Caisse des dépôts et consignations... Au final, la liste des investisseurs est plutôt longue et il y figure même un nom apparaissant également dans les « Paradise Papers », comme le dévoile Médiapart.

Pour assurer la poursuite du développement de la PME, les équipes de Qwant ont également fait en sorte que le moteur de recherche soit adopté et supporté par plusieurs organisations, dont des institutions telles que l'Assemblée nationale, ou des grandes entreprises comme France Télévisions. À ces aides se sont alors rajoutés de multiples soutiens, dont celui d'Emmanuel Macron, alors Ministre de l'Économie.

Voir grand, trop grand ?

Jusque récemment, Qwant a été largement soutenu, mais cela n'a vraisemblablement pas suffit à l'aider à atteindre l'objectif économique fixé. Celui de 2018 était de 10 ou 15 millions d'euros de chiffre d'affaires : il n'a pas été atteint. Ces difficultés économiques sont également marquées par un report incessant de l'équilibre financier de l'entreprise.

Selon la première déclaration d'Éric Léandri, cet équilibre aurait dû être trouvé en mars 2018, échéance reportée ensuite à fin 2018... et désormais à la fin de l'année 2019. Voilà qui amène largement à penser que la société a voulu voir trop grand. Or, très vite, de nombreux doutes s'installent.

Notamment en ce qui concerne l'indépendance technologique revendiquée par le moteur de recherche. En effet, suite aux quelques difficultés rencontrées à son lancement, en 2013, Qwant a fait appel à Bing, moteur de recherche appartement à Microsoft, pour fournir des résultats à ses utilisateurs. Numerama avait alors pointé du doigt Qwant, le qualifiant d'interface, plutôt que de véritable moteur de recherche. Et voilà qu'apparaît la première marque d'une dépendance partielle de la PME à l'entreprise américaine.

Par ailleurs, se retrouvant en difficulté économique, Qwant a également voulu renchérir en termes de services proposés. En plus du moteur de recherche, l'entreprise a en effet développé plus d'une dizaine de produits : Qwant Sport, Qwant Games, Qwant Care, Qwant Arts, Qwant Med, mais aussi Qwant Music, Qwant Masq, Qwant Maps et d'autres encore. Or, certains arrivent avec du retard, à l'instar de Qwant Mail et Qwant Pay, toujours en attente alors qu'ils auraient dû être lancés en septembre 2018, il y a presqu'un an maintenant !

En somme, tout ne tourne pas très rond chez Qwant, y compris en ce qui concerne la relation entre les salariés et leurs responsables : les travailleurs remettent en cause les chiffres rendus publics par l'entreprise, et n'hésitent pas non plus à dénoncer les actions de celle-ci, notamment en matière de mauvaise communication.

Reste qu'à l'heure où nous écrivons ces lignes, Qwant ne semble pas avoir formulé de réponse ou de commentaire auprès du journal d'investigation en ligne. Preuve, s'il en fallait, qu'en matière de communication, il y a toujours du pain sur la planche pour le moteur de recherche.

Source : Médiapart
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