Des dizaines de milliers de serveurs chez l’un, vingt fois moins chez l’autre. À première vue, le choix semble vite fait. Pourtant, compter les serveurs d’un VPN ne dit pas combien d’utilisateurs ils accueillent, comment ils sont répartis ni ce que votre connexion peut en attendre.

Ce sont des chiffres qui prennent bien vite toute la place. Certains fournisseurs VPN revendiquent plusieurs dizaines de milliers de serveurs, quand d’autres exploitent des réseaux bien plus modestes. Face à de tels écarts, difficile de ne pas imaginer le mieux doté offrir davantage de vitesse, de stabilité et de possibilités de connexion. Et il est vrai qu’une infrastructure étendue présente de sérieux avantages. Sauf que le nombre de serveurs est avant tout une donnée d’inventaire, pas un résultat de test. Et pour comparer deux inventaires, il faut déjà savoir ce qu’ils recouvrent.
Des milliers de serveurs VPN, qu’est-ce qu’on compte au juste ?
Lorsqu’un fournisseur annonce disposer de plusieurs milliers de serveurs, on imagine assez naturellement autant de machines alignées dans des centres de données aux quatre coins du monde. Ce n’est pas nécessairement faux, mais le terme de serveur ne désigne pas toujours un équipement physique distinct.
Un serveur VPN reçoit les données circulant dans le tunnel chiffré depuis votre appareil, les déchiffre pour les acheminer vers leur destination, puis chiffre les données de retour avant de vous les renvoyer. Ce rôle peut être assuré par une machine physique dédiée, mais aussi par un serveur virtuel, c’est-à-dire un environnement logiciel disposant de ses propres ressources et partageant éventuellement une machine physique avec d’autres.
Un même ordinateur peut donc héberger plusieurs serveurs virtuels, sans que chacun corresponde à un équipement supplémentaire. De la même manière, le nombre de serveurs ne doit pas être confondu avec celui des adresses IP disponibles. Une machine peut en utiliser plusieurs, tandis que plusieurs serveurs peuvent aussi faire transiter leur trafic sortant par une même adresse IP publique.
Attention toutefois à ne pas confondre serveur virtuel et emplacement virtuel. Dans le second cas, le fournisseur peut vous attribuer une adresse IP correspondant à un pays alors que la machine qui traite votre connexion se trouve physiquement dans un autre.
Le nombre de serveurs ne renseigne pas non plus directement sur la couverture géographique. Un fournisseur peut multiplier les équipements dans des pays où il est déjà présent, sans proposer la moindre nouvelle destination. Le nombre de serveurs, celui des adresses IP et celui des emplacements disponibles décrivent donc trois caractéristiques différentes d’un même réseau.
Plus de serveurs, mais pour combien de connexions ?
Le nombre de serveurs n’est cependant pas dénué d’intérêt. En augmentant les ressources disponibles sur son réseau, un fournisseur peut traiter davantage de connexions simultanées, mieux répartir le trafic et limiter les risques de saturation. Avec une infrastructure correctement dimensionnée, il peut accueillir plus d’abonnés sans dégrader leurs conditions de connexion.
Mais cette capacité doit être rapportée au nombre de personnes qui l’utilisent. Un service exploitant 20 000 serveurs pour plusieurs millions d'abonnés n'est pas automatiquement moins encombré qu’un concurrent disposant d’un millier de machines pour une clientèle beaucoup plus réduite. D’autant que tous les serveurs ne disposent pas de la même puissance de calcul ni de la même bande passante, et que les utilisateurs ne sollicitent pas tous leur connexion avec la même intensité.
La répartition des équipements joue également un rôle. Un fournisseur peut disposer d’une infrastructure considérable à l’échelle mondiale, mais de capacités limitées dans le pays auquel vous souhaitez vous connecter. À l’inverse, un réseau plus modeste peut concentrer ses ressources sur quelques destinations très demandées et y offrir d’excellentes performances.
Enfin, posséder des milliers de serveurs ne garantit pas que les connexions seront efficacement réparties entre eux. Si une partie du réseau est saturée tandis que d’autres machines sont peu sollicitées, le nombre total d’équipements ne vous sera pas d'un grand secours. La capacité du fournisseur à surveiller leur charge et à orienter les utilisateurs vers les ressources disponibles compte donc autant que la taille de sa flotte.
Alors, qu’est-ce qui fait un bon réseau VPN ?
Pour départager deux fournisseurs, commencez par regarder où se trouvent leurs serveurs plutôt que de vous arrêter à leur nombre. Si vous choisissez principalement des serveurs situés en France ou ailleurs en Europe, la présence de machines correctement dimensionnées dans ces régions aura davantage d’intérêt que des milliers d’équipements supplémentaires dans des pays auxquels vous ne vous connectez jamais.
Sur ces destinations, les indications de charge peuvent vous aider à choisir. Plusieurs fournisseurs affichent le niveau de sollicitation de leurs serveurs ou proposent une connexion automatique vers celui qu’ils estiment le plus adapté. Ces informations donnent un premier aperçu des ressources disponibles, mais ne garantissent pas de bonnes performances. La qualité des interconnexions, le trajet emprunté par les données, le protocole VPN utilisé et les conditions de votre propre connexion entrent aussi en jeu. Pour comparer deux VPN, rien ne remplace donc des mesures de débit et de latence répétées dans des conditions comparables, sur les destinations qui vous intéressent.
Disposer de plusieurs serveurs dans une même région présente également un avantage lorsqu’une machine tombe en panne ou connaît un pic d’affluence. Le fournisseur peut alors orienter les nouvelles connexions vers d’autres équipements et permettre aux utilisateurs touchés de s’y reconnecter, à condition qu’ils disposent des ressources nécessaires pour absorber le trafic supplémentaire. La disponibilité du service dépend autant de cette capacité à gérer les imprévus que du nombre de machines en fonctionnement.
Ces critères renseignent sur la qualité et la disponibilité du réseau, mais pas sur la confidentialité des connexions. Un fournisseur peut disposer d’une infrastructure rapide et fiable sans offrir les meilleures garanties de protection des données. La configuration de ses serveurs, ses conditions d’hébergement, sa politique de journalisation et les audits de sécurité réalisés sont bien plus révélateurs à cet égard que la taille de sa flotte.
Un VPN qui revendique 20 000 serveurs dispose potentiellement de moyens considérables, mais cela ne signifie pas qu’il vous offrira une meilleure expérience qu'un concurrent dix ou vingt fois plus petit. Ce qui importe, c’est finalement la capacité du réseau à répondre à vos usages, sur les destinations que vous choisissez, avec des performances satisfaisantes et une protection à la hauteur des engagements du fournisseur.