10 Gbit/s par-ci, 10 Gbit/s par-là. Les fournisseurs de VPN adorent les afficher en grand, mais ces 10 Gbit/s ne sont pas les vôtres. Eh non, votre fibre ne prendra pas dix fois plus de muscles parce que vous activez un réseau privé virtuel !

10 Gbit/s. Sur la fiche technique d’un VPN, ça en jette forcément un peu. Comme c’est le genre de chiffre qu’on a l’habitude de croiser dans un speedtest ou à côté d’une offre fibre, on a vite fait d’en tirer la conclusion qui va avec : gros tuyau, gros débit. Si un serveur peut encaisser 10 Gbit/s, il n’y a aucune raison, a priori, qu’une connexion à 1 Gbit/s ne puisse pas en profiter à plein régime.
Sauf que si vous avez déjà utilisé un VPN sur une connexion très rapide, vous savez bien que ça ne se passe jamais comme ça. Toute cette bande passante ne vous est pas réservée et ne garantit ni d’atteindre le débit maximal de votre fibre, ni même qu’un serveur à 10 Gbit/s sera forcément plus rapide qu’un serveur à 1 Gbit/s. Attendez, quoi ?
10 Gbit/s pour tout le monde, merci de partager
Quand vous vous connectez à un VPN, vous n’avez évidemment pas à disposition un serveur entier pour vous tout seul. La machine reçoit en même temps le trafic de très nombreux abonnés, le déchiffre et le relaie vers les sites et services web sollicités. Au retour, elle chiffre les réponses et les transmet aux appareils de tout ce petit monde.
Les fameux 10 Gbit/s servent justement à absorber l’ensemble de ce trafic. Ils indiquent généralement la capacité théorique de la liaison réseau du serveur, pas le débit auquel chaque internaute a droit. En clair, il s’agit de la bande passante du serveur VPN, pas de la vôtre.
Ces 10 Gbit/s servent donc moins à accélérer votre connexion qu’à éviter qu’elle ne fasse grise mine quand le trafic augmente. Un peu comme sur une autoroute : si vous ajoutez dix voies, les voitures ne rouleront pas plus vite. En revanche, davantage pourront simultanément circuler sans créer de bouchon.
Cela ne veut pas dire qu’une liaison à 10 Gbit/s ne peut jamais profiter directement à votre débit. Si votre connexion monte à 2, 5 ou 8 Gbit/s, un serveur limité à 1 Gbit/s vous empêchera forcément d’aller au-delà. Avec 10 Gbit/s, ce plafond saute et votre propre connexion dispose de plus de latitude, sans pour autant être assurée d’en profiter entièrement.
Reste que 10 Gbit/s constituent toujours une capacité maximale partagée. En théorie, dix abonnés tirant chacun 1 Gbit/s au même moment pourraient donc suffire à l’occuper complètement. Dans la vraie vie, les usages fluctuent bien davantage, les fournisseurs répartissent la charge entre leurs serveurs pour limiter la congestion, et personne ne sollicite sa connexion à plein régime en permanence avec un VPN (pour tout un tas de raisons sur lesquelles on reviendra un peu plus loin), mais cela explique déjà pourquoi ce chiffre tout seul ne dit finalement pas grand-chose des vitesses que vous pouvez espérer atteindre.
Un petit VPN équipé de serveurs à 1 Gbit/s et peu fréquentés peut ainsi faire bien plus d’étincelles qu’un gros fournisseur disposant de liaisons à 10 Gbit/s, mais obligé de les partager entre beaucoup plus de monde.
Même un très bon serveur VPN ne peut pas tout compenser
Et quand bien même vous tomberiez sur un serveur à 10 Gbit/s presque désert, vous ne profiteriez pas forcément de tout le débit offert par votre connexion. Une fois la question de la congestion écartée, il faut encore que tout ce qui se passe entre votre appareil et Internet suive le rythme.
Votre abonnement fixe déjà la première limite. Avec une connexion à 1 Gbit/s, vous ne dépasserez évidemment pas ce débit parce que le serveur VPN peut en encaisser dix. Mais atteindre le gigabit lui-même n’a rien d’automatique. Un Wi-Fi un peu poussif peut déjà rogner les performances avant même que vos données aient quitté la maison, tout comme une carte réseau limitée.
Le protocole VPN vient ensuite prélever sa part. Chiffrer et déchiffrer le trafic sollicite le processeur, et tous les protocoles ne s’acquittent pas de la tâche avec la même efficacité. WireGuard et les solutions qui en dérivent ont fortement réduit le coût de l’opération, ce qui permet d’atteindre des débits bien plus élevés, mais pas au point de l’annuler. Car plus le débit grimpe, plus les données circulent vite. Et plus elles circulent vite, plus l’appareil doit en chiffrer et déchiffrer à la seconde, si bien que sur un PC ou un smartphone ancien, peu puissant ou déjà très sollicité, une partie de la vitesse de connexion peut encore y passer.
Une fois chiffrées et encapsulées, vos données ont encore un peu de chemin à faire, et le trajet n’est pas toujours aussi direct qu’on pourrait le croire. Il dépend du routage de votre FAI, des interconnexions entre opérateurs, du réseau qui héberge le serveur VPN, mais aussi de la manière dont le fournisseur répartit la charge sur son infrastructure. Voilà pourquoi deux serveurs situés à peu près à la même distance peuvent afficher des performances très différentes. Et pourquoi, à l’inverse, un serveur un peu plus éloigné peut parfois faire mieux qu’un voisin pourtant plus proche, mais désavantagé par le routage.
Ce qui ne signifie pas que la distance ne compte plus, évidemment. Plus le serveur est éloigné, plus les paquets mettent de temps à faire l’aller-retour, ce qui augmente la latence et peut finir par peser sur les débits. Sur quelques centaines de kilomètres, vous n’en remarquerez souvent presque rien. Sur un Paris-Tokyo, en revanche, vous le paierez forcément côté performances. Le serveur aura beau afficher 10 Gbit/s, on n’a pas encore trouvé le moyen de raccourcir Internet.
10 Gbit/s pour encaisser avant tout
Faut-il en conclure que ces 10 Gbit/s ne servent à rien ? Pas du tout, mais il ne faut pas les aborder comme une promesse de vitesse individuelle, même s’ils peuvent éviter qu’un serveur limité à 1 Gbit/s bride une connexion plus rapide. Ils donnent avant tout de la marge au fournisseur pour absorber le trafic sans que la capacité de ses serveurs finisse elle-même par brider les débits.
C’est donc finalement chez les VPN qui concentrent un volume de trafic conséquent par serveur que cette capacité est réellement intéressante. À l’inverse, un fournisseur plus modeste, qui compte peu d’abonnés par machine, peut parfaitement offrir d’excellentes performances sur des liaisons à 1 Gbit/s. À quoi bon une autoroute à dix voies quand seulement trois voitures l'empruntent ?