Sept ans, zéro licence bancaire américaine, 50 postes supprimés. Monzo quitte les États-Unis pour préparer son IPO à Londres et déployer sa licence européenne.

La néobanque britannique a annoncé le 1er avril la fermeture de ses opérations américaines. Les inscriptions sont coupées, 50 postes sont supprimés et tous les comptes seront clôturés d'ici juin 2026. Monzo revendique 15 millions de clients au Royaume-Uni. Aux États-Unis, elle n'a jamais réussi à dépasser le stade de « compagnon de voyage numérique ».
Sept ans sans licence, un produit structurellement limité
Monzo s'était lancée outre-Atlantique en juin 2019. Faute de licence bancaire propre, la fintech s'adossait à Sutton Bank, un établissement de l'Ohio. Les clients obtenaient un compte et une carte, pas une banque. Ni prêts, ni crédits, ni épargne rémunérée.
En avril 2020, Monzo a déposé une demande de charte bancaire nationale auprès de l'OCC. Elle l'a retirée fin 2021. Les régulateurs estimaient le dossier insuffisant. La National Community Reinvestment Coalition reprochait à Monzo un engagement local trop faible. Sans charte, la néobanque ne pouvait accéder aux rails de paiement américains. Elle restait prisonnière d'un modèle d'intermédiation.
Côté chiffres, le contraste est net. Au Royaume-Uni, Monzo a dégagé 1,24 milliard de livres de revenus sur l'exercice clos en mars 2025. Le bénéfice ajusté avant impôts a été multiplié par huit. Les dépôts clients ont atteint 16,6 milliards de livres. Pendant ce temps, le marché américain brûlait du cash sans horizon de rentabilité.
L'Europe comme relais, l'IPO comme horizon
Trois mois avant ce retrait, la BCE et la Banque centrale d'Irlande avaient accordé à Monzo une licence bancaire complète. Dublin devient son QG européen. Grâce au passeport bancaire de l'UE, Monzo peut désormais opérer dans les 27 États membres. Prêts, dépôts, crédit : tout ce que l'OCC lui refusait.
En parallèle, Morgan Stanley conseille Monzo pour une introduction à la Bourse de Londres. La valorisation visée se situe entre 6 et 7 milliards de livres. L'ancien PDG TS Anil a quitté ses fonctions en février. Il était en désaccord avec le conseil sur le calendrier et le lieu de cotation. Sa successeure Diana Layfield, passée par Google et Standard Chartered, pilote la transition.
Revolut suit un chemin similaire, en décalé. La rivale londonienne a obtenu sa licence bancaire britannique complète le 11 mars 2026, après quatre ans de procédure. Valorisée à 75 milliards de dollars, elle revendique 70 millions de clients dans le monde. Elle vient aussi de déposer une demande de licence bancaire aux États-Unis. Le même mur réglementaire l'attend.
Même constat des deux côtés : les néobanques européennes dominent chez elles et se cassent les dents sur la forteresse réglementaire américaine. Monzo a choisi de couper avant d'y laisser plus. Reste à prouver que l'Europe, à elle seule, justifie une valorisation de 7 milliards de livres.