Le groupe Schwarz, propriétaire de Lidl et Kaufland, investit jusqu’à 5,6 milliards d’euros dans un centre de données à Dummerstorf, dans le nord de l’Allemagne. Le site doit afficher 240 mégawatts de puissance installée d’ici à 2033, avant de dépasser un gigawatt en 2045, pour bâtir une alternative européenne aux géants américains du cloud.

Lidl va investir jusqu’à 5,6 milliards d’euros dans un immense data center en Allemagne - ©David Marin Foto / Shutterstock
Lidl va investir jusqu’à 5,6 milliards d’euros dans un immense data center en Allemagne - ©David Marin Foto / Shutterstock

La souveraineté européenne commencerait-elle à se réveiller ? Peut-être. Et grâce à un outsider qu’on n’avait pas vu venir.

Non coté en Bourse, le groupe Schwarz est l’un des plus grands distributeurs alimentaires d’Europe, aux côtés de ses enseignes de distribution Lidl et Kaufland. Ses dirigeants ont dévoilé ce jeudi les contours de son nouveau site, prévu dans le parc industriel de Dummerstorf, à quelques kilomètres de Rostock, en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Les autorités locales n’ont pas encore délivré les autorisations finales, mais Schwarz Digits, la branche numérique du groupe, a signé un partenariat avec Manuela Schwesig, ministre-présidente du Land, pour raccorder le site au réseau à haute tension de 380 kilovolts. L’électricité proviendra exclusivement de sources renouvelables, et Stadtwerke Rostock, l’opérateur public local, récupérera la chaleur produite par les serveurs pour alimenter son réseau de chauffage urbain. Selon Gerd Chrzanowski, associé gérant du groupe Schwarz, « la souveraineté numérique ne naît pas de discours, mais d'actions, d'infrastructures fiables et d'applications concrètes ».

De 240 mégawatts à un gigawatt en douze ans

La capacité installée doit quadrupler entre ces deux échéances. Schwarz Digits compte, dans l’intervalle, étoffer StackIT, sa propre offre de cloud lancée pour donner aux entreprises et administrations allemandes une alternative aux hyperscalers américains, ces opérateurs capables de déployer des centaines de milliers de serveurs pour leurs clients. En construisant ses propres serveurs plutôt qu’en louant ceux de tiers, le groupe gagne un contrôle plus direct sur cette offre.

Amazon Web Services et Microsoft Azure dominent aujourd’hui largement le marché européen du cloud professionnel. Plusieurs gouvernements du continent tentent de s’en affranchir. La Commission européenne a par exemple réservé 180 millions d’euros à quatre fournisseurs pour bâtir son propre cloud souverain. Avec Dummerstorf, Schwarz déploie sa force de frappe industrielle plutôt qu’une subvention publique pour gagner du terrain dans cette compétition.

Le protocole signé avec le Land inclut aussi deux autres chantiers numériques, un système de permis de construire dématérialisé pour les administrations locales et l’introduction d’OpenDesk, une suite bureautique libre destinée à sécuriser les postes de travail des enseignants, dans les établissements scolaires. Manuela Schwesig a cosigné cet accord au nom du Land. Ces deux projets administratifs doivent entrer en service dès la fin de l’année, bien avant l’achèvement du data center.

Amazon Web Services et Microsoft Azure dominent aujourd'hui largement le marché européen du cloud professionnel. Plusieurs gouvernements du continent tentent de s'en affranchir - ©RaffMaster / Shutterstock
Amazon Web Services et Microsoft Azure dominent aujourd'hui largement le marché européen du cloud professionnel. Plusieurs gouvernements du continent tentent de s'en affranchir - ©RaffMaster / Shutterstock

Un second chantier de plusieurs milliards en moins d’un an

En novembre dernier, Schwarz Digits a posé la première pierre d’un autre campus de données à Lübbenau, dans le Brandebourg, une friche industrielle de treize hectares où fonctionnait auparavant une centrale électrique. Doté d'un refroidissement liquide et extensible jusqu’à 100 000 processeurs graphiques, ce second site doit mobiliser 11 milliards d’euros pour 200 mégawatts. Süll, l’énergéticien régional, doit récupérer sur place la chaleur perdue par les serveurs afin d’alimenter le réseau de chauffage urbain local, comme le fera Stadtwerke Rostock à Dummerstorf. Additionnés, ces deux chantiers représentent plus de 16 milliards d’euros d’engagements du groupe pour la seule infrastructure numérique allemande, en moins de douze mois.

La France développe elle aussi ses propres infrastructures de calcul. Mistral AI a levé près d'un milliard d'euros pour construire son centre de calcul, et Orange s’est associé au fonds Morrison pour un data center présenté comme souverain. Lors du sommet Choose France, SoftBank a promis 75 milliards d'euros pour des data centers d’intelligence artificielle dans le pays. Les trois premiers modules du site de Lübbenau doivent entrer en service fin 2027.

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