Alors que Google cherche à faire standardiser une nouvelle API d'intelligence artificielle auprès du W3C, Mozilla estime qu'il s'agit d'une erreur. La fondation a publié ses objections sur GitHub et soulève plusieurs points, notamment en ce qui concerne l'interopérabilité du web, la neutralité des navigateurs.

Si certains navigateurs comme Opera multiplient l'implémentation de services Google, Mozilla compte bien faire respecter la diversité et surtout l'ouverture des standards Web. Une fois de plus, elle s'oppose aux manœuvres de Google allant à l'encontre de ce principe.
Un modèle IA natif dans Chrome, avec les règles de Google en prime
La Prompt API, définie dans un document de travail du W3C, permet aux pages web d'interroger un modèle de langage directement depuis le navigateur, sans passer par un serveur distant. Forcément, dans Chrome, ce modèle est Gemini Nano de Google. Il s'installe en local : le fichier pèse environ 4,27 Go, mais Google recommande de disposer de 22 Go d'espace libre. Les développeurs web y accèdent via une interface JavaScript pour envoyer des instructions en langage naturel et récupérer des réponses.
Pour Google, cette solution présente plusieurs avantages, avec un traitement plus rapide, la possibilité d'utiliser le modèle hors connexion, et pas de frais d'API cloud. Reste que les développeurs disposent déjà de plusieurs outils pour interroger des modèles locaux, via WebGPU, WASM ou des frameworks JavaScript. Pour Mozilla, il n'y a aucune raison de standardiser une API dont l'implémentation de référence est celle de Google.
Car pour utiliser cette API, les développeurs doivent accepter la "Generative AI Prohibited Uses Policy" de Google. Ce document dépasse la simple conformité légale : il interdit par exemple la génération de contenus jugés "perturbants", une notion floue définie uniquement par Google. Pour Jake Archibald, responsable des relations avec les développeurs chez Mozilla, intégrer les conditions d'utilisation d'un éditeur privé dans une API web ouverte revient à renoncer à la neutralité de la plateforme.
Avec 65 % du marché, Google peut imposer ses propres standards
Mozilla explique que les prompts retournent des résultats différents selon le modèle utilisé. Les développeurs qui optimisent leur code pour les particularités de Gemini Nano vont finir par créer des dépendances à ce modèle précis. Firefox et Safari proposeraient alors une expérience dégradée, mettant Mozilla et Apple sous pression pour adopter Nano à leur tour. Pour Archibald on viendrait à créer un nouveau problème de compatibilité entre navigateurs, version IA.
Rappelons que Chrome détient 65% du marché des navigateurs. Quand Google déploie une fonctionnalité dans son moteur, les développeurs ont peu de raisons de s'en priver. Les données disponibles montrent pourtant que ces modèles embarqués ont encore des lacunes. Un rapport publié en février 2026 révèle que Chrome, avec Gemini Nano, échoue sur 15,17% des tâches génératives et produit des hallucinations dans 6% des cas. Edge, avec Phi-4 mini, affiche des chiffres encore moins bons : 24,29% d'échec sur les tâches génératives, 17% d'hallucinations.
Ce n'est pas la première fois que Mozilla s'oppose à Google sur ce terrain. L'organisation avait déjà contesté la Topics API et Web Environment Integrity, deux initiatives jugées contraires à l'ouverture du web. Rick Byers, l'ingénieur Chrome responsable du déploiement de la Prompt API, a reconnu les préoccupations de Mozilla dans la discussion GitHub, tout en défendant l'expérimentation. Google, de son côté, se dit prêt à "continuer à collaborer avec la communauté web". La discussion reste ouverte pour éviter toute dérive.