Éric Léandri, P.-D.G. de Qwant, réplique : « Des gens sont allés très loin pour nous déstabiliser »

03 septembre 2019 à 18h35
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Qwant Eric Léandri
Éric Léandri (Crédits : © Qwant)

Financement, services, rapports avec l'État et Microsoft, le patron de Qwant, Éric Léandri, s'est longuement confié à Clubic, quelques jours après la publication d'un dossier brûlant sur le site d'investigation Mediapart. Pour faire une mise au point, mais pas que. Interview.

C'est un Éric Léandri piqué au vif que nous avons interrogé en fin de semaine dernière, quelques dizaines d'heures après la sortie du dossier de nos confrères Mediapart, dont le titre annonçait la couleur de la teneur du papier, « Qwant : la part d'ombre d'un moteur de recherche stratégique. » Offrant une sorte de droit de réponse au PDG de la société, nous sommes allés un peu plus loin et avons creusé de nombreux sujets, lors d'un entretien qui aura duré plus d'1h30.

Si Éric Léandri fait preuve d'un certain talent oratoire, il n'a éludé aucune de nos questions, même les plus dérangeantes, et a su dégager un sentiment de transparence, dont d'autres entreprises s'inspireront peut-être. Finances ; liens avec l'État, Microsoft et la publicité ; bugs ; services (actuels et futurs) ; l'arrivée d'un futur assistant vocal ; la cassure avec Google ; les contenus haineux et les Gafa ; les dossiers ne manquent pas dans cette interview exhaustive que nous vous proposons.

Corner Qwant - VivaTech 2019
Corner Qwant - VivaTech 2019 (Crédits : © Alexandre Boero pour Clubic)

1. Finances, investissements : le modèle économique de Qwant (partenaires, investisseurs, Caisse des Dépôts)

Clubic : La Caisse des Dépôts et consignations, qui détiendrait 20% du capital de l'entreprise après y avoir investi 15 millions d'euros, vous aurait versé 7 millions d'euros supplémentaires en début d'année, selon Mediapart, qui indique qu'un nouveau versement de 7 millions d'euros aurait été effectué au début de l'année 2019. Quel lien vous unit à l'institution financière publique ?

Éric Léandri : La Caisse des Dépôts et consignations est l'un des investisseurs de Qwant, dont elle détient 20 % du capital, vous l'avez dit. Elle a mis de l'argent qui correspond à leurs fonds propres et a donc investi pour 20 % d'actions chez Qwant. Donc il ne s'agit pas de subvention. En 2017, la Caisse avait une valorisation de Qwant d'à peu près 80 millions d'euros. Nous avons un marché gris d'actions chez Qwant qui a permis, cet été, des ventes et des achats d'actions dans notre société, dont l'action se traite maintenant à 225 millions d'euros, ce qui est 3 à 4 fois ce qui avait été investi par la Caisse des Dépôts. Cela veut dire que si la Caisse venait à vendre ses actions Qwant dans les prochains mois, elle prendrait 3 à 4 fois plus que ce qu'elle a mis... Donc lorsqu'on nous parle de subvention, de quoi parle-t-on ?

« Quand la Banque européenne d'investissement investit dans Qwant, c'est sous forme de prêt. Prêt que je rembourse »


Nous sommes en pleine obligation convertible (OC). Des gens sont déjà d'accord pour y souscrire. Nous avons débuté l'opération en avril et nos actionnaires ont décidé d'y souscrire également. Pourquoi ? Car sa valorisation ne fait qu'augmenter. En fait, certains sont en train de faire croire que la société Qwant ne serait soutenue que par la Caisse des Dépôts et par l'État. Non. Qwant, ce sont aussi des actionnaires privés, qui nous suivent. Nous avons nous-mêmes des actions de Qwant, j'en ai moi-même racheté. Clairement, la façon de présenter Qwant est justement totalement fausse.

Je suis piqué au vif lorsque je lis partout que nous touchons des subventions. Quand la BEI (NDLR Banque européenne d'investissement) investit dans Qwant, c'est sous forme de prêt. Prêt que je rembourse. Je ne comprends pas que les médias reprennent en cœur que je suis subventionné par l'Europe. Nous restons totalement indépendants, je ne peux pas le dire autrement.

Clubic : On apprend aussi dans cette enquête qu'une société domiciliée au Luxembourg, Bad Boys SA, raccrochée aux « Paradise Papers »... fait partie de vos investisseurs et que cette même société est associée à une autre holding, Victor 47, que vous présidez ?

Éric Léandri : Cette société ne fait pas partie de nos actionnaires. Elle a appartenu à un des petits actionnaires de Qwant. Cela n'a rien à voir avec moi. La société n'est plus non plus dans Léandri Mining Corporation, comme cela a été avancé, et a été pointée par la Caisse des Dépôts lors de son investissement. Elle ne fait vraiment plus partie des actionnaires de Qwant. Le contraire est un pur mensonge.

« Le chiffre d'affaires d'affaires ? Pour 2019, nous avions prévu 10 millions, et nous devrions les atteindre »


Clubic : Concernant le chiffre d'affaires, où en est-on ? Les uns annoncent 3,7 millions, et vous, vous nous indiquez autour de 5 millions pour 2018. Concrètement, pour 2019, comptez-vous revoir vos objectifs à la baisse ? Pourquoi avoir repoussé au 30 septembre l'assemblée générale chargée de valider les comptes de 2018 ? Est-ce une crainte de refroidir les investisseurs ?

Éric Léandri : Nous finissions l'OC (NDLR : l'émission d'obligations convertibles), et pour cela, nous avions besoin d'avoir des chiffres stoppés à un instant t. Si je dois faire l'assemblée générale, je dois disposer de nouveaux chiffres et attendre que la commissaire aux comptes valide les comptes, ce qui repousse le tout depuis plusieurs mois.

Pour 2019, nous avions prévu 10 millions d'euros, et nous devrions les atteindre. En 2020, ce sera beaucoup plus, pour sans doute doubler ou tripler ce chiffre, tout dépendra de l'OC.

Qwant_Graph comparatif_demarrage des moteurs de recherche.jpg
Les cinq premières années de monétisation des principaux moteurs de recherche (Crédits : © Qwant)


2. Les rapports avec l'État

Clubic : Il y a une certaine bienveillance des « politiciens » à l'égard de Qwant. À VivaTech en mai dernier, Cédric O annonçait qu'il allait recommander, par le biais d'une circulaire susceptible de paraître en septembre, l'installation de Qwant par défaut sur tous les postes de l'administration française... autant cela peut paraître positif, mais ne pensez-vous pas que cela soit aussi un risque, que tout va trop vite et que cela remette en cause votre indépendance ?

Éric Léandri : En 2015, nous avons payé des impôts après avoir réalisé des bénéfices en 2014. En arrivant au centre des impôts, j'ai le souvenir de la dame à l'accueil qui tape "Qwant", sauf qu'elle ne pouvait pas y accéder, car le site était bloqué par le firewall de l'Administration. Depuis, nous travaillons avec la DGE (ndlr : Direction générale des entreprises) et d'autres services de l'État pour vérifier si Qwant respecte bien la vie privée, ses engagements et est un moteur qui a le droit d'avoir les firewall de l'État ouverts. Cela fait 4 ans que nous travaillons là-dessus.

Clubic : Concernant l'audit lancé par le secrétaire d'État au numérique, il semble que les choses soient en bonne voie. Comment ça s'est passé ?

Éric Léandri : "Le feu n'est a priori pas rouge", si l'on en croit Mediapart, qui reprend l'entourage de Cédric O. Cette expression est extraordinaire (rires).

Better Web Qwant
Capture d'écran betterweb.qwant.com (Crédits : Capture d'écran © Clubic)

3. Les liens qui unissent Microsoft et Qwant

Clubic : Où en êtes-vous de votre partenariat avec Microsoft ?

Éric Léandri : Lorsque nous n'avons pas suffisamment de réponses de bonne qualité, nous utilisons du Microsoft. Les images, c'était Microsoft, et nous venons de sortir research.qwant.com/images, notre nouveau moteur de recherche d'images. Nous sommes en train d'intégrer plusieurs milliards d'images dans nos réponses d'images. C'est un moteur d'Intelligence Artificielle appelé à remplacer les images de Microsoft par celles de Qwant, petit à petit.

« Il existe un site internet sur lequel nous avons exactement expliqué ce que nous faisons avec Microsoft [...] dans la plus grande transparence »


Les news, le social, les vidéos et les résultats globaux, tout cela, c'est du Qwant. La publicité, aujourd'hui, est confiée à Microsoft Advertising et, un peu, à Havas et Publicis.

Le patron de Microsoft lui-même a dit, à VivaTech cette année et devant Cédric O, que Qwant avait sa technologie et que sa société était là pour nous aider à l'accélérer. Nous avons fait un post sur un site qui s'appelle betterweb.qwant.com. Sur ce site, nous avons exactement expliqué ce que nous faisons avec Microsoft, pour justement accélérer notre puissance de calcul, nos serveurs, notre crawl et notre indexation, dans la plus grande transparence. Nous avons aussi écrit quelle était notre dépendance vis-à-vis de Microsoft. Que voulez-vous que nous fassions de plus ? Nous avons aussi ouvert nos portes, elles sont toujours ouvertes. Clubic, vous êtes les bienvenus chez nous, comme l'ensemble des médias.

Clubic : Au niveau de la publicité, il y a Microsoft, mais pas que, c'est bien ça ?

Éric Léandri : Nous espérions l'année dernière rentrer dans la monétisation directe chez Havas, Publicis et les autres. Celles et ceux qui affirment qu'il n'y a que Microsoft se trompent. Nous avons renégocié un contrat qui nous permet aussi de faire de la pub. Nous avons aussi signé chez Havas et sommes en train de finaliser chez Publicis. Nous avançons avec un ou deux autres groupes importants.

Cela signifie que si vous voulez faire de la pub sur Qwant, vous pouvez aller chez Havas, Publicis ou acheter de la pub directement chez nous. Chez Havas ou Publicis, vous pouvez acheter de la pub pour Google, Facebook, Amazon ou encore Twitter. Et maintenant, il y a Qwant. C'est la première fois qu'une société européenne rentre dans le petit groupe des entreprises de poids chez qui on peut acheter de la publicité à diffuser sur des grandes plateformes.

« Notre publicité est sans tracking »


Clubic : Vous ne craignez pas qu'on vous reproche d'être parmi ces grandes plateformes justement ?

Éric Léandri : Vous savez, non seulement on va nous le reprocher, mais en plus, on va dire que Google fait pareil. Notre publicité est sans tracking, que ce soit sur Havas, Publicis ou autre. Je ne sais pas si vous en avez entendu parler, mais Google est en train d'annoncer vouloir, lui aussi, faire de la publicité éthique. Cela signifie que demain, on expliquera que c'est Google qui a lancé la publicité éthique, pas Qwant... C'est marrant, dès qu'on titille les « gros », ils essaient de s'aligner.

QWANT_bureau.png
Dans les bureaux de Qwant (Crédits : © Qwant)

4. Qwant et ses bugs

Clubic : Vous avez eu des problèmes d'index récemment avec des pages affichées qui dataient de 2017. Vous avez reconnu qu'il y avait eu une erreur d'adressage qui avait rebranché un index de 2017 mis en sommeil, bouchant ainsi le cache.

Éric Léandri : Effectivement. Google a eu des problèmes d'indexation cet été, les mêmes que nous d'ailleurs, durant le mois d'août. Il y avait des bugs sur leur cache d'index avec des résultats qui dataient de 2018 notamment. Mais cela n'a presque pas été relayé.

Nous avons eu un bug dans notre cache, avec une cinquantaine de mots qui étaient bugués quelque part dans le cache. Nous avons plusieurs dizaines de millions de requêtes par jour. Le cache ne date pas de 2017. Les résultats de 2017 et ceux de 2019 se sont mélangés. D'où venaient ces mots ? Ils étaient utilisés pour faire des tests sur le vieux cache, que nous utilisions à un moment pour faire les vérifications de nos requêtes. Quelqu'un a sorti ces mots, depuis notre société, et les a donnés pour que les gens les testent. Ce n'est pas une invention ou une recherche.

« Qwant Ads sera disponible d'ici la fin de l'année »


Nous avons racheté une entreprise, un moteur de recherche qui, en neuf ans, avait réussi à crawler 160 millions de pages. C'est ce que nous faisions par jour quand on les a rachetés en 2017. Les gens de ce moteur, pour se faire un peu d'argent, semblent avoir sorti tout un tas d'informations sur les tests de Qwant et les ont distribués à droite et à gauche.

5. Du nouveau sur les services proposés aux utilisateurs

Clubic : S'agissant de Qwant Ads, votre régie publicitaire maison, à quelle étape du chantier en êtes-vous ?

Éric Léandri : Nous avons pas mal avancé et avons déjà fait les tests dans les news, concluants. Nous allons faire les tests vidéo et avons déjà une régie publicitaire pour la première page de Qwant, sur laquelle vous pouvez faire de la publicité. Nous aurons une régie Qwant Ads disponible pour la fin de l'année, à destination des professionnels. Le reste passe toujours, je le précise, par Microsoft Advertising, et nous sommes très contents de ce partenariat, qui protège la vie privée, je le rappelle encore.

Clubic : Nous parlions tout à l'heure des services, où en sont Qwant Mail et Qwant Pay ?

Éric Léandri : Concernant Qwant Pay, le produit est prêt et sur étagère. Mais il reste encore un obstacle à franchir. Nous ne pouvons pas avoir d'accord avec Visa, Mastercard, Apple Pay ou Google Pay. Mastecard a revendu ses données à Google... vous voyez. Donc nous cherchons un accord avec les banques françaises, italiennes ou allemandes, pour un paiement en direct. Il est en cours, presque finalisé même, mais obtenir un tel accord, c'est particulièrement long. Nous lancerons le produit dès l'accord de finalisation obtenu. Je ne peux pas vous confirmer si ce sera à la fin de l'année ou en 2020.

S'agissant de Qwant Mail, nous avions eu un problème de sécurité l'année dernière, qui nous a poussé à tout reprendre. Nous avions réussi nous-mêmes à trouver des failles de sécurité et à nous hacker. Donc il n'était pas possible de diffuser le service en l'état.

« Des hackers testent nos failles de sécurité tous les jours sur Qwant »


Pour vous expliquer comment nous fonctionnons, sachez que nous investissons dans Yes We Hack. Il s'agit de la plus grosse plateforme européenne de hackers pour tester les failles de sécurité, avec 9 000 hackers. Ils testent nos failles de sécurité tous les jours sur Qwant ainsi que celles sur les nouveaux produits. Nous avons depuis travaillé très fort avec les équipes. Honnêtement, aujourd'hui, je ne peux pas vous arrêter de date. Mais nous sommes partis pour le sortir avant la fin de l'année, largement.

Yes We Hack
Capture d'écran de yeswehack.com/fr (Crédits : © Alexandre Boero pour Clubic)

Clubic : Un assistant vocal Qwant Home serait dans les tuyaux ?

Éric Léandri : Nous travaillons dessus. Nous avons recruté un CTO de classe mondiale, en la personne d'Olivier Hebert, qui est l'ancien CTO de Fairphone et qui a à son actif les Fairphone 2 et 3. Il s'occupe de toute la partie hardware, avec une équipe dédiée. Nous aurons bientôt des choses sympas à vous montrer.

Clubic : Allez-vous vous limiter à l'assistant vocal, ou pensez-vous également à une enceinte connectée ?

Éric Léandri : (Il prend son temps) C'est Olivier Hebert qui s'occupe de tout ça. On avance...

Clubic : Où en est-on avec Qwant Causes ?

Éric Léandri : Qwant Causes n'a pas eu le lancement qu'il méritait, mais on a pu bien le tester. Le service avait des bugs, nous l'avons débugué et sommes en train de le rendre meilleur. Il y a des soucis sur les causes, sur les redirections à l'intérieur de l'outil. Aujourd'hui, nous sommes fiers d'avoir le plus grand catalogue d'associations d'utilité publique de France, puisque nous en avons plus de 8 000, sans oublier les 800 fondations mondiales.

« Les services ? Nous ne partons pas dans tous les sens sans réfléchir, juste pour proposer des services »


Clubic : Quelle somme d'argent cela représente ?

Éric Léandri : Nous sommes en train de faire le total de la première partie de Qwant Causes. Le premier rapport financier interviendra au mois de septembre. Il sera diffusé tous les mois et précisera combien de causes, à qui nous reversons, comment et combien nous recevons et distribuons l'argent. Il a fallu que l'on vérifie toutes les erreurs, que l'on retouche tout. La distribution interviendra au mois de septembre également.
Sur les deux mois d'été, ça s'est très bien passé. Nous allons à présent accélérer Causes avec une meilleure finalisation de l'intégration des causes. Nous lançons par ailleurs le service en Allemagne et dans d'autres pays.

Clubic : Concernant l'accumulation des services à une vitesse effrénée...

Éric Léandri : Je veux vous rassurer : nous ne partons pas dans tous les sens sans réfléchir, juste pour proposer des services. Maps était demandé par nos utilisateurs de façon récurrente. Et nous n'allions pas proposer une carte qui vous traque. Il a fallu en concevoir une, cela nous a pris deux ans. Masq, qui permet de conserver vos données personnelles à l'intérieur de la carte, côté client, est tout à fait plébiscité, à tel point qu'ils en ont parlé sur Hacker News aux USA, où nous étions n°3 pendant une semaine, mais aussi en Chine et aux Émirats. Pendant qu'ici nous parlions des bugs de l'index...

6. Qui peut bien en vouloir à Qwant ?

Clubic : Mediapart souligne le fait que Qwant est intégré aux pages de recherche du journal Le Monde, qui utilise, contrairement à vous, des cookies. Qu'avez-vous à dire là-dessus ?

Éric Léandri : Nous sommes aussi intégrés aux pages du quotidien allemand Die Welt, de Bild, de la Gazzetta dello Sport en Italie, à Nice-Matin en France, la Commission européenne va bientôt nous intégrer. Qwant est un moteur de recherche qui permet, aujourd'hui, à ces grands quotidiens ou institutions d'avoir un moteur qui n'espionne pas leurs utilisateurs. Si vous êtes sur Le Monde, vous êtes avec les cookies du Monde, avec leurs règles, avec le RGPD. Le journal fait ce qu'il a à faire.

« Depuis que nous prenons des parts de marché, nous avons droit à tout »


Ce que l'on reproche à Qwant, c'est de fournir au Monde un moteur de recherche qui ne saura pas ce que cherchent les lecteurs du Monde. Pouvez-vous m'expliquer en quoi Qwant serait responsable de quoi que ce soit ? En gros, il faudrait que Le Monde privilégie Google, comme ça les lecteurs du média pourraient lire leurs articles et donner leurs informations sur ce qu'ils recherchent à Google ? Nous luttons contre la collecte des données et fournissons les outils de Qwant à tous les acteurs qui veulent mettre en œuvre un moteur de recherche qui respecte leurs utilisateurs et les protège à l'intérieur de leur site.

En revanche, je ne donnerai pas le moteur de recherche à Facebook, vous vous doutez bien pourquoi, ni à des sociétés qui ne respectent pas la législation européenne.

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Dans les bureaux de Qwant (Crédits : © Qwant)

Clubic : Il y a-t-il quelque chose au-dessus ?

Éric Léandri : Je ne le pense pas, j'en suis sûr. J'ai d'ailleurs déposé plainte à ce sujet. Et vous noterez que nous avons gagné toutes nos procédures. Au final, pour des gens qui ne seraient pas sérieux, on a vu pire hein...

« Si tout cela profite à quelqu'un, c'est à Google »


Clubic : Pensez-vous que c'est parce que Qwant est nouveau, Français et émergeant, que l'on "tape" sur votre société jusqu'à votre propre personne ?

Éric Léandri : Ce qui est certain, c'est que depuis que nous prenons des parts de marché et encore plus depuis que l'Administration a annoncé son passage sur Qwant, nous avons droit à tout. Nous fournissons un outil de recherche aux utilisateurs, et on me rapproche de le fournir à l'ensemble des médias et de la presse.

Clubic : Qui a intérêt à vous mettre des bâtons dans les roues ainsi ?

Éric Léandri : Écoutez... vous savez qui on a remplacé dans Le Monde ? Google... À qui nous prenons des parts de marché ? Tout est dit. Mais je n'ai la preuve de rien, je le précise ! Actuellement, je passe des mauvais moments. Je suis aussi le président de l'Open Internet Project (NDLR : un lobby des éditeurs web européens), qui a fait condamner Google à 2,6 milliards d'euros d'amende pour Google Shopping et 4,2 milliards d'euros pour Android. Dans le cadre de la plainte sur Android, pour laquelle Google vient de faire appel, devinez qui est en face ? Qwant.

Si tout cela profite à quelqu'un, c'est à Google. Mais je ne les accuse pas pour autant, je le redis.

« J'ai demandé à mes équipes de m'écrire leurs problèmes de ressources humaines »


Clubic : Dans un document interne consulté par Mediapart, plusieurs salariés semblent regretter une réaction a posteriori de Qwant aux problèmes, notamment lors de signalements sur Twitter. Il y a-t-il un manque de moyen, un manque de surveillance et de veille ?

Éric Léandri : Ce document que Mediapart, Le Canard Enchaîné et Next INpact ont en leur possession, qui l'a demandé d'après vous ? C'est moi. J'ai demandé à l'ensemble de mes équipes, partout en France (NDLR la société possède des bureaux à Paris, Nice, Ajaccio, Epinal et Rouen), de m'écrire leurs problèmes de RH (ressources humaines), car nous avions des problèmes de RH depuis plusieurs mois. Ne croyez pas que cela ne soit pas lié à la fuite derrière. J'ai demandé à ce que mes collaborateurs écrivent de manière anonyme et de me faire remonter le tout.

Nous sommes passés de 50 à 160 salariés en trois mois et avons dû les structurer, c'était à la fin de l'année dernière. Comme toute société qui est en croissance, tout n'est pas parfait.

« Des gens sont allés très loin pour nous déstabiliser »


Clubic : Comment ces écrits ont pu fuiter dans la presse ?

Éric Léandri : Ce n'est pas pour rien que j'ai porté plainte. Quand je vous dis qu'il y a des gens qui sont allés très loin pour nous déstabiliser, je vous le confirme. Je sais qui et à quel poste, mais je ne peux pas en dire plus.

QWANT_Groupe.jpg
L'équipe dirigeante de Qwant (Crédits : © Qwant)

Derrière cela, nous nous sommes retrouvés à 160 à Marseille, où nous avons discuté et réglé les problèmes et mangé notamment aux nouvelles Halles de la Major. Le séminaire a duré deux jours et fut très sympa. Aujourd'hui, tous les salariés sont prêts à parler, mais même ça, ça pourrait être repris comme un "coup de pression" de ma part.

7. Taxe Gafa, charte contre les contenus haineux, les déboires de Google avec la Commission européenne

Clubic : Sur la directive copyright, la directive sur les droits d'auteur, vous avez déclaré en mars 2019 être prêt à rémunérer les éditeurs de presse en fonction de leur audience sur Qwant. Or, pour le moment, personne n'a été payé. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Éric Léandri : Nous avons pris position pour cette directive, ce qui m'avait d'ailleurs attiré des ennemis, même auprès de gens qui pourraient être des copains habituellement, chez les gens de l'Internet libre. J'ai simplement voulu que les auteurs soient rémunérés, parce que sinon, aujourd'hui, ce sont les géants de l'Internet qui s'approprient les droits et qui, au final, font que vos articles, les photos de la presse sont tous captés par cette industrie qui, progressivement, fait de plus en plus d'argent.

La qualité permet à Google de faire 4 milliards de dollars de chiffre d'affaires sur la publicité liée à l'affichage d'actualité. Il y a une captation de valeur énorme chez les moteurs, et aucun retour pour ceux qui créent l'actualité.

« Plusieurs centaines de milliers d'euros payées à la presse allemande en 2015 »


En 2015, j'avais déjà payé la presse allemande sur la publicité faite là-bas. Lorsque Qwant affichait des articles allemands avec photos et Rich Snippets. J'étais légalement obligé de payer la presse allemande. Nous avons viré plusieurs centaines de milliers d'euros sur l'année. Après 2016, Google n'ayant pas payé, les Allemands avaient un problème, et par les effets que cela a eu, l'Allemagne a accepté que Google ne paie pas. Donc plus personne ne paie là-bas, y Qwant compris. Mais nous avons déjà payé la presse.

En 2019, oui, j'ai fait cette annonce, même pour le cas où la loi ne passe pas. Nous avons donc commencé à collecter de l'argent pour la presse et mis de côté 5% du chiffre d'affaires mensuel. Puis l'UE a promulgué la directive au mois de mai (NDLR directive qui doit être transposée dans la loi française avant le 7 juin 2021). La presse est donc en train de s'organiser pour savoir combien va-t-elle demander. Nous avons préparé divers calculs : combien de clics sur l'article, combien de fois il apparaît, s'il remonte sur le moteur, s'il est utilisé sur la première page, etc. Toutes les statistiques sont prêtes.

À présent, nous attendons de voir combien la presse va demander, le pourcentage.

qwant-logo.png

Clubic : Certains médias attendent déjà des versements de votre part ?

Éric Léandri : Absolument. Certains médias ont accepté de nous envoyer leur RIB. Dès que nous connaîtrons le pourcentage, nous reverserons aux médias et enverrons à chacun la somme facturée. Ensuite, nous procéderons au paiement. Tout cela a été précisé à Mediapart.

Clairement, si la directive n'était pas passée, nous aurions déjà procédé au virement. J'ai voulu éviter la jurisprudence de 2015 avec l'Allemagne.

Clubic : Vous avez suivi avec attention on l'imagine ce qui s'est passé lors du dernier G7, il y a quelques jours à Biarritz. Emmanuel Macron aurait trouvé un accord avec Donald Trump s'agissant de la taxe sur les géants du numérique, dite taxe Gafa. C'est une bonne nouvelle selon vous ?

Éric Léandri : Cette taxe Gafa en version française, sur le chiffre d'affaires, n'était pas parfaite à l'origine. Évidemment, je pense qu'il est normal de payer des impôts. Une taxation plus juste de ces géants est nécessaire, pour que les règles du jeu soient les mêmes pour tout le monde. Aujourd'hui, c'est en ne payant pas d'impôts et en récoltant des milliards dans les pays où ils sont présents que les géants ont l'avantage. En ayant forcé la porte en lançant à l'OCDE une idée pour solutionner ce problème, la France a bien agi, je pense.

Et il est mieux que cette taxe soit harmonisée au niveau international, plutôt que d'avoir une taxe nationale.

Clubic : Concernant la Charte sur les contenus haineux signée par les grandes plateformes au G7, on peut également parler de bonne nouvelle...

Éric Léandri : Tout à fait. Et Qwant fait partie des signataires.

Clubic : La Commission européenne étudie fortement la possibilité de lancer une enquête sur un possible abus de position dominante de Google avec son service Google for Jobs, qui cannibalise un peu le pan de la recherche d'emploi sur son moteur.

Éric Léandri : Je connais justement ce dossier par cœur, puisque j'ai répondu le 31 décembre à la Commission européenne pour Google Shopping. Notons qu'avant que Google ne crée Google Shopping, il y avait 300 comparateurs de prix en Europe. Il n'en reste que 3.

« Il y a eu une tentative d'extorsion de fonds. On me demandait de l'argent »


Google a d'ailleurs fait un coup génial en créant Google Shopping. Je ne parle de l'application en ligne, mais de la société Google Shopping SA, qui est devenue une société à part et qui répond à son propre appel d'offres pour les positions sur le comparateur.

Donc le boulot de la société américaine, c'est de tuer les verticaux. Il doit y avoir à peu près 200 comparateurs de jobs en Europe. Il pourrait, à terme, n'en rester plus que 1, 2 ou 3.

Clubic : Éric Léandri, sans entrer dans certains détails et sans emprunter aux techniques de la presse people, vous n'avez évidemment pas manqué de lire la dernière partie du dossier de Mediapart qui vous concerne et qui dresse un portrait peu flatteur de vous. Comment accueillez-vous tout ce qui a pu être dit à votre sujet, personnellement, et comment réagi-t-on à tout cela dans votre entourage ?

Éric Léandri : Ce que j'ai à dire : c'est que mon casier judiciaire est vierge. Je paie tous mes impôts, je n'ai aucun problème. On me reproche des tas de choses, notamment une histoire de harcèlement sexuel. Non seulement elle est classée sans suite, mais il y a aussi le fait qu'il y a eu une tentative d'extorsion de fonds menée. On me demandait de l'argent, auquel cas une plainte était déposée pour harcèlement. Cela s'est transformé, lorsque j'ai dit non, en plainte pour harcèlement sexuel me concernant, sur la personne d'une ancienne salariée. Tout ceci fut vérifié par la police, qui a établi qu'il n'y a jamais rien eu de répréhensible de ma part. En revanche, la plainte pour tentative d'extorsion de fonds, elle, se poursuit bien. Mais personne n'en parle, évidemment...

Je trouve tout cela dommage, et étonnante cette façon de faire, de me traîner dans la boue. Toute cette affaire pour quoi ? Pour sous-tendre que demain, je vais vendre des données personnelles ? Que je suis une mauvaise personne pas fiable et que Qwant l'est aussi ?

Mes employés sont derrière moi, mon entourage me connaît, je suis père de trois enfants, tout va bien. Mes associés connaissent les différentes histoires avancées. Ce que je vois, c'est qu'on essaie de prouver que Qwant ne serait pas pur, ou quelque chose comme ça. C'est dommage. Mais comptez sur moi pour poursuivre le travail, et renforcer l'image de protecteurs de la vie privée de notre moteur de recherche et de nos services.
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