Le magazine économique Bloomberg a confirmé des dégâts sur deux centres de données d’Amazon au Bahreïn, à Zallaq et à Askar, en confrontant des images du programme satellite européen Sentinel-2 aux photographies que les Gardiens de la révolution avaient diffusées après leurs frappes. La guerre entre l’Iran et les États-Unis touche depuis plusieurs mois les infrastructures numériques du Golfe.

Bloomberg a obtenu des images du satellite européen Sentinel-2, l'un des rares services occidentaux encore accessibles pendant le conflit - ©Color4260 / Shutterstock
Bloomberg a obtenu des images du satellite européen Sentinel-2, l'un des rares services occidentaux encore accessibles pendant le conflit - ©Color4260 / Shutterstock

Bloomberg a mené cette vérification après cette revendication des Gardiens de la révolution, que l’agence de presse Tasnim avait relayée et dont on vous parlait tout récemment. Le média américain a obtenu des images du satellite européen Sentinel-2, l’un des rares services occidentaux encore accessibles pendant le conflit. Adam Farrar, analyste senior en géoéconomie et spécialiste du renseignement géospatial, a confirmé la présence de dégâts sur les deux sites. Il a toutefois précisé que ces clichés ne donnaient aucune indication sur l’étendue exacte des destructions. Amazon a refusé de commenter la situation, tout comme le Centre national des communications du Bahreïn, le Pentagone et le Commandement central américain.

Les dégâts confirmés grâce aux images satellite et à ACLED

Daprès l’organisme de surveillance des conflits ACLED, le 24 juillet, des projectiles iraniens ont atteint le site de Zallaq, deux jours après une première frappe. À Askar, les forces iraniennes avaient déjà touché, les 18 et 21 juillet, le centre de données RJR de Bahrain Telecommunications Company, où Batelco héberge des infrastructures d’AWS. Batelco n’a pas répondu aux sollicitations de Bloomberg. Sardar Mohebbi, porte-parole du Corps des gardiens de la révolution islamique, a affirmé lors d’un entretien accordé à Tasnim, l’ agence de presse privée iranienne, que les frappes visaient « un actif majeur de traitement de l'information de l'ennemi ». Les autorités iraniennes ont diffusé des clichés en haute résolution via Tasnim. Les images du satellite européen, en revanche, sont plus grossières, mais elles confirment la présence de dégâts aux mêmes emplacements.

Washington s’inquiète et préfère dès lors anticiper. Deux sociétés américaines d’imagerie satellite, Planet Labs et Vantor, vendent habituellement des clichés à haute résolution utilisés pour suivre des zones de conflit. Le gouvernement américain leur a demandé de limiter la diffusion de leurs images sur la région, en invoquant des risques pour la sécurité nationale. Les deux entreprises restreignent désormais leur couverture satellite de la zone du conflit. Sentinel-2, le programme satellite européen, est l’un des rares outils occidentaux encore accessibles pour suivre les dégâts sur les infrastructures civiles du Golfe.

L'Iran attaque les data centers du Golfe depuis plusieurs mois déjà - ©Samuel Boivin / Shutterstock
L'Iran attaque les data centers du Golfe depuis plusieurs mois déjà - ©Samuel Boivin / Shutterstock

L’Iran vise de plus en plus les infrastructures numériques du Golfe

Les armées intègrent de plus en plus d’outils numériques et d’intelligence artificielle dans leurs opérations. Les data centers représentent désormais des cibles stratégiques, au même rang que les centres de commandement, les aérodromes ou les bases militaires classiques.

Les forces américaines et iraniennes ont globalement suspendu les hostilités depuis vendredi, après environ deux semaines de tirs quotidiens. Les deux camps visaient surtout des sites militaires, mais l’Iran a aussi frappé des infrastructures civiles. Téhéran a visé le Bahreïn plus durement que le Koweït et la Jordanie, deux autres pays touchés par ses représailles. Le petit royaume héberge la principale base navale américaine de la région.

L'’Iran attaque les data centers du Golfe depuis plusieurs mois déjà. En mars, des drones avaient endommagé plusieurs installations américaines dans la région. Amazon avait alors averti ses clients de perturbations prolongées. Les Gardiens de la révolution islamique avaient ensuite menacé, en avril, d’autres géants américains de la tech, avant d’envisager de viser les câbles sous-marins qui traversent le détroit d’Ormuz, une infrastructure tout aussi critique pour la connectivité régionale sur un secteur que l’on sait désormais très convoité.

Amazon n’a plus commenté publiquement l’état de ses infrastructures dans la région depuis ces annonces. En avril, l’entreprise avait indiqué que son groupe de data centers au Bahreïn n’était plus disponible. Amazon avait alors invité ses clients à récupérer leurs données depuis des sauvegardes stockées ailleurs.

Source : Gizmodo