Amazon Web Services : "90% de notre feuille de route est issue de demandes de clients"

Alexandre Boero Contributeur
31 mai 2019 à 13h31
0
Stand AWS VivaTech 2019
Le stand AWS à Viva Tech 2019 (Crédits : Alexandre Boero pour Clubic.com

La division cloud d'Amazon continue de progresser en France et dans le monde, en faisant des besoins de ses clients une priorité.

En 2018, Amazon Web Services (AWS) a renforcé sa domination sur le marché du cloud mondial, avec 31,7% des parts de marché, devançant Microsoft Azure (16,8%), Google Cloud (8,5%) et Alibaba Cloud (4%). Pour soigner son leadership, la division cloud du géant du e-commerce est à l'écoute de ses clients, en favorisant davantage leurs besoins, que l'innovation pure. Une stratégie qui s'avère payante et qui lui permet de voir d'un bon œil l'arrivée de la 5G, sans se laisser perturber par celle d'Alibaba sur le cloud européen. Pour en parler, Clubic a rencontré Stephan Hadinger, Head of Technology (directeur technique) d'Amazon Web Services, lors du salon Viva Tech 2019 à Paris, le 18 mai.


Interview de Stephan Hadinger, Head of Technology d'Amazon Web Services

Clubic : Bonjour Stephan. Pour que ce soit bien clair, pouvez-vous s'il vous plaît nous dire ce que représente Amazon Web Services exactement ?

Stephan Hadinger : Bonjour. AWS est la division de cloud computing du groupe Amazon. C'est une entité complètement séparée du e-commerce. Tout a commencé en 2006, quand l'adoption du cloud se faisait par des start-up. Aujourd'hui, ce sont des millions de clients dans le monde et des dizaines de milliers en France, dont 80% du CAC 40, qui utilisent AWS. Nous sommes présents dans tous les secteurs d'industrie, que ce soit pour les start-up, dans les médias, dans le manufacturing, dans les services financiers, dans la chimie, etc.

Lorsqu'on regarde les chiffres au niveau mondial, c'est un business qui est autour des 30 milliards de dollars annuels, dont un peu plus de 7,7 milliards sur le 1er trimestre 2019, avec une croissance qui est au-delà de 40%. Ce qui est un bon indicateur de l'adoption massive du cloud par nos clients, c'est la manière dont nous construisons les services. Plus de 90% de notre feuille de route viennent directement de demandes de clients. On leur demande régulièrement ce qu'ils attendent des services. Les 10% restants servent à inventer pour le compte de nos clients.

« Faire en sorte que le client ne s'aperçoive de rien si un data center est indisponible »


Vous parliez du CAC 40. Quels sont les gros comptes qui collaborent avec AWS en France ?

Nous travaillons depuis très longtemps avec des entreprises comme Veolia, qui avait d'ailleurs annoncé, il y a deux ans, être la première société à devenir « data center-less », qui consiste à fermer la totalité de ses data centers ; ou des sociétés comme Schneider Electric, Dassault Systèmes, ou Société Générale.

Combien de centres de données la division Amazon Web Services recense-t-elle en France ?

En France, nous possédons trois zones de disponibilité. Derrière chaque zone se trouve un, voire plusieurs data centers. Nous avons pensé à ces trois zones avec une idée de résilience, de résistance aux pannes. Nous construisons ces trois zones sur des profils de risques différents, avec des arrivées électriques différentes par exemple, ainsi que tous les profils classiques de types inondation, tremblement de terre, Seveso etc. L'idée est de réduire le risque d'avoir une panne croisée, et au-delà de ça, nous proposons des services qui intègrent automatiquement la reprise en cas de problème. Dans le cas rarissime, mais qui peut arriver, où un data center est indisponible, tout notre objectif est de faire en sorte que les applications des clients continuent de fonctionner comme si de rien n'était, et que le client final ne s'aperçoive de rien.



C'est ce que fait Netflix, très régulièrement, en tuant virtuellement des serveurs en production et en fermant régulièrement virtuellement un data center, pour vérifier que le service continue de fonctionner. C'est un peu l'équivalent des exercices d'évacuation incendie qui existent dans toutes les entreprises.

Aujourd'hui, AWS est présent un peu partout en Europe, en Irlande, à Francfort, à Londres et en région parisienne où sont hébergés des data centers. Nous avons prévu de nous étendre progressivement ailleurs dans le monde, comme à Milan en Italie, mais aussi du côté de Bahreïn au Moyen-Orient, en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, au Brésil... à cela s'ajoute une toute récente ouverture en Asie-Pacifique, à Hong Kong.

« L'arrivée d'Alibaba ? Il est normal qu'il y ait plusieurs acteurs »


Avez-vous une appréhension quant à l'arrivée du géant chinois Alibaba en Europe, notamment sur le terrain du Cloud ?

Le cloud AWS a démarré en 2006, ce qui constitue une valeur d'innovation très forte et positive pour nos clients. Nous avons même été surpris que le marché réagisse aussi peu. Aujourd'hui, nous bénéficions de cette expérience de 13 années d'existence, mais je pense que c'est une très bonne chose que nous ayons un choix, une sélection vis-à-vis de nos clients. Cela aide tout le monde à progresser. Honnêtement, nous ne croyons pas du tout que le cloud soit un marché qui va être pris par un seul acteur. Il est normal qu'il y ait plusieurs acteurs, c'est une bonne chose que nous ayons de la concurrence.

Sur la consommation d'énergie, qui est un enjeu important, comment AWS lutte-il contre la surconsommation énergétique des data centers ?

Le cloud computing en lui-même est déjà un énorme bénéfice par rapport à des data centers privés, ne serait-ce qu'en termes de taux d'occupation moyen des serveurs, qui est beaucoup plus élevé dans le cloud, et en efficacité énergétique. Lorsque nous prenons les chiffres des industries, on peut dire que l'efficacité énergétique est au minimum 83% plus efficace dans les data centers AWS que dans les data centers classiques.

Le second point, c'est un engagement très fort de notre part sur l'énergie renouvelable, avec un objectif fixé de 100% d'énergies renouvelables. En 2018, nous avons déjà franchi les 50%. Et ce chiffre va en croissance. En parallèle, nous investissons énormément avec des partenaires sur des fermes solaires ou éoliennes, pour contribuer à réduire l'empreinte carbone et passer sur du renouvelable.

Où se trouve le siège d'AWS, alors que celui de la partie e-commerce est à Clichy ?

Nos bureaux sont sur deux étages à La Défense, et nous prévoyons d'ouvrir de nouveaux étages pour justement accompagner la croissance. Nous avons compris l'importance d'accompagner nos clients. Ce bureau est ouvert depuis 2011 pour aider nos clients sur des questions techniques, sur de la formation et de l'accompagnement. Nous organisons l'AWSome Day - vous aurez noté le jeu de mots - qui est une formation gratuite qui dure une journée et qui est probablement le meilleur moyen de démarrer sur AWS.

« Il y avait un aspect un peu exploratoire de la blockchain »


La blockchain, les cryptomonnaies s'écroulent... Est-ce que le public a une meilleure vision de la blockchain à présent ?

C'est en écoutant les besoins de nos clients que nous créons les services. Nous avons constaté une grosse demande autour de la blockchain, même si au début, il pouvait nous être difficile de comprendre. Quand nous concevons un service, on demande aux clients comment ils souhaitent l'utiliser et quelle est l'utilisation finale. Sur la blockchain, ce n'était pas forcément clair pour tous les clients, car il y avait un aspect un peu exploratoire de la blockchain.



Nous avons suivi deux pistes parallèles : la première étant de proposer des solutions blockchain open source, c'est le cas d'Ethereum et Hyperledger, qui sont dès à présent disponibles. La seconde piste concerne des clients qui souhaitaient de la blockchain privée, ce qui peut paraître contradictoire. En fait, ce qui les intéresse, c'est d'avoir vraiment un registre, essentiellement pour la traçabilité, c'est-à-dire d'avoir une base de données sur laquelle on peut ajouter des informations, mais dont ne peut pas modifier ce qui a été écrit par le passé. Nous avons annoncé un service spécifiquement là-dessus : il s'agit de QLDB (Quantum Ledger Database), qui est une base de données de registre entièrement gérée qui fournit un journal des transactions transparent, immuable et vérifiable par cryptographie‎ appartenant à une autorité centrale de confiance. Cela permet de démontrer que rien n'a pu être modifié ou effacé dans le journal de transactions existant.

« Nous avons des demandes autour du edge computing »


Qu'est-ce que la 5G va changer chez AWS ?

Il y aura une explosion des usages à partir d'applications mobiles, d'objets connectés, qui sont des domaines sur lesquels nous avons beaucoup innové. Nous travaillons également avec des opérateurs en France comme Orange ou Bouygues Telecom qui utilisent AWS pour de multiples usages. Tout cela nous aide à progresser dans l'offre. Dans le modèle du cloud, nous avons essentiellement des services qui tournent dans ces data centers centralisés. Depuis un certain temps, nous avons des demandes de clients pour ce que beaucoup appellent du edge computing, c'est-à-dire pouvoir exécuter ses services mais de manière délocalisée.

Et justement, nous avons également pris ces besoins en compte pour proposer essentiellement deux options : la première, Snowball, est une valise durcie en plastique résistant qui permet d'avoir du stockage et de la puissance de calcul que nos clients peuvent emmener où ils le souhaitent, et qui n'a pas besoin d'être connectée à Internet ou à un réseau, puisqu'elle fonctionne en autonome. Cette valise pèse un peu plus d'une vingtaine de kilos. Il n'y a pas d'emballage. Pour en bénéficier, il suffit de commander Snowball et vous recevez la valise deux ou trois jours après. L'outil peut être utilisé de manière temporaire pour transférer des données, mais vous pouvez aussi les garder pendant un an, trois ans pour des usages comme sur des bateaux ou des plateformes pétrolières. Pour un transfert de données, nous partons sur un forfait qui est à 250 dollars en 80 To, et 200 dollars en 50 To.

Valise Snowball AWS
La valise Snowball (Crédits : Alexandre Boero pour Clubic.com

La deuxième option, c'est AWS Outposts. Elle confère les services, l'infrastructure et les modèles d'exploitation AWS natifs, à la quasi-totalité des centres de données, des espaces de colocation ou des installations sur site. Outposts est basé sur la même technologie que ce qui tourne dans nos data centers et permet d'être délocalisé, pour deux raisons : la première pour une question de latence. Dans les réseaux 5G, une partie des applications s'exécute directement dans le réseau. En gros, avoir un data center en région parisienne ne suffira pas à couvrir la totalité du territoire national. Il faut une couverture beaucoup plus proche. Plusieurs opérateurs télécoms sont intéressés, justement pour la 5G, pour avoir cette infrastructure délocalisée. Le deuxième usage se trouve dans le manufacturing, comme avoir des besoins de calcul dans des usines, et s'assurer que l'usine ne s'arrête pas en cas de coupure réseau. Nous avons lancé un grand partenariat avec Volkswagen pour équiper plus de 150 usines du groupe avec ce genre de technologie, afin d'avoir cette capacité en local dans l'usine, et qu'elles puissent travailler en autonome si jamais il y a un souci sur le réseau.

0 réponses
0 utilisateurs
Suivre la discussion

Les actualités récentes les plus commentées

Netflix menace les partages de compte entre amis
La filière éolienne française se porte bien et continue de créer des emplois
Une nouvelle taxe appliquée sur les billets d'avion dès 2020, pour financer les transports propres
L'armée américaine n'utilisera plus d'antiques disquettes pour coordonner ses frappes nucléaires
Vers des batteries lithium-CO2 rechargeables ?
19 heures et 16 minutes : Qantas s'offre le record du plus long vol du transport aérien
La bande annonce de Star Wars, l'ascension de Skywalker, est là !
Du code malveillant utilise un format audio pour éviter les antivirus
Accusée d'avoir hébergé des contrefaçons, Cdiscount est protégée par son statut d'hébergeur

Notre charte communautaire

1. Participez aux discussions

Nous encourageons chacun à exprimer ses idées sur les sujets qui l'intéressent, et à faire profiter l'ensemble de la communauté de son expertise sur un sujet particulier.

2. Partagez vos connaissances

Que vous soyez expert ou amateur passionné, partagez vos connaissances aux autres membres de la communauté pour enrichir le niveau d'expertise des articles.

3. Échangez vos idées

Donnez votre opinion en étayant votre propos et soyez ouverts aux idées des autres membres de la communauté, même si elles sont radicalement différentes des vôtres.

4. Faites preuve de tolérance

Qu'il s'agisse de rédacteurs professionnels ou amateurs, de lecteurs experts ou passionnés, vous devez faire preuve de tolérance et vous placer dans une démarche d'entraide.

5. Restez courtois

Particulièrement lorsque vous exprimez votre désaccord, critiquez les idées, pas les personnes. Évitez à tout prix les insultes, les attaques et autres jugements sur la forme des messages.

6. Publiez des messages utiles

Chaque participation a vocation à enrichir la discussion, aussi les partages d'humeurs personnelles ne doivent pas venir gêner le fil des échanges.

7. Soignez votre écriture

Utilisez la ponctuation, prohibez le langage SMS et les majuscules, relisez-vous afin de corriger un peu les fautes de frappe et de français : trop de fautes n’engagent ni à lire le message, ni à répondre à une question.

8. Respectez le cadre légal

Ne publiez pas de contenus irrespectueux, racistes, homophobes, obscènes ou faisant l'apologie de courants radicaux, qu'ils soient politiques ou religieux. N'utilisez pas plusieurs comptes utilisateurs.

9. Ne faites pas de promotion

Ne profitez pas d'une discussion pour faire la publicité d'un produit, d'un service ou même de votre site web personnel.

10. Ne plagiez pas

Exprimez uniquement vos opinions ou partagez des idées en citant vos sources.

scroll top