L'escalade au Moyen-Orient a de nouveau déclenché des boulimies informationnelles chez des millions d'internautes. Nuits blanches à scroller, anxiété chronique, symptômes proches du stress post-traumatique autant de symptômes de boulimie informationnelle.

Le doomscrolling fait des dégâts sur notre santé mentale, surtout en temps de conflits - ©daniiD / Shutterstock
Le doomscrolling fait des dégâts sur notre santé mentale, surtout en temps de conflits - ©daniiD / Shutterstock

De frappes aériennes en conflits au sol, de l'Ukraine à l'Iran, dans les heures qui suivent ces tragiques événements, des millions de notifications des sites d'actualité atterrissent sur nos smartphones partout autour du monde. Pour une partie des utilisateurs, la session d'information du matin ne s'arrêtera pas avant le soir. Ou le lendemain.

On connaît le mot depuis le Covid : le doomscrolling, cet enchaînement compulsif d'articles et de vidéos sur des sujets angoissants, au point de ne plus pouvoir lâcher l'écran. Mais avec les conflits armés, la vision des images de destructions, les cartes d'avancée des fronts, les témoignages de civils et autres atrocités déclenchent dans le cerveau une réaction bien plus forte qu'un simple fil d'actualités politique ou économique.

Un circuit neuronal taillé pour la menace

La responsable se trouve dans l'amygdale, cette petite structure cérébrale qui traite la peur. Elle envoie des signaux de stress et pousse à rester aux aguets, comme si surveiller l'actualité pouvait nous protéger d'un danger réel. À chaque nouvelle notification, chaque titre alarmant, ce n'est pas tant le contenu lui-même qui libère de la dopamine, mais l'anticipation, ce mécanisme de « boîte mystère » qui ressemble trait pour trait à celui d'une machine à sous.

D'après des travaux de neuroimagerie récents menés par la MedReport Foundation, passer beaucoup de temps sur des applications sociales réduit la capacité de synthèse de dopamine dans le putamen, une zone du cerveau impliquée dans l'apprentissage par renforcement et la formation des habitudes.

Autrement dit, plus on consomme, moins le cerveau produit naturellement ce dont il a besoin pour se sentir bien… et plus il en réclame.

Et c'est encore pire dans le cas de conflits armés. Des études menées depuis 2024 sur l'impact médiatique de la guerre à Gaza ont établi une corrélation directe entre la consommation intensive de contenus violents et l'apparition de symptômes proches du stress post-traumatique, y compris chez des personnes géographiquement éloignées du conflit. En fait, le cerveau ne fait pas la distinction entre une menace vécue et une menace regardée.

Frappe israélienne sur les banlieues de Beyrouth dahye frappant des bâtiments - ©Elie1993 / Shutterstock
Frappe israélienne sur les banlieues de Beyrouth dahye frappant des bâtiments - ©Elie1993 / Shutterstock

Les algorithmes, accélérateurs d'obsession

Mais il y a autre chose que la science à prendre en compte. Les réseaux sociaux. Les algorithmes favorisent les contenus émotionnels, polarisants et sensationnels. En période de guerre, ces caractéristiques deviennent explosives. Car même sans liker une vidéo de guerre, y passer du temps suffit à signaler à l'algorithme un intérêt pour ce type de contenu, qui en proposera davantage car ces algorithmes sont conçus pour maximiser l'engagement prioritisent les contenus à fort impact émotionnel.

À cause des fonctions de défilement infini et de la lecture automatique, on va avoir tendance à oublier de faire des pauses et on va rapidement perdre la notion du temps. C'est ce qui différencie une information choisie d'une ingestion subie. La tolérance augmente vite : il faut de plus en plus de stimulation pour obtenir la même réponse dopaminergique.

Mais quelle est la responsabilité des plateformes dans l'amplification des traumatismes de guerre par procuration ? Certains chercheurs militent pour des mécanismes de ralentissement forcé, des pauses intégrées dans les flux ou encore une modération des contenus graphiques plus systématique pendant les conflits. Le Parlement européen a commencé à se saisir de la question, avec des appels à de nouvelles règles pour encadrer les addictions numériques. Pour l'instant, ça avance lentement.