Depuis Las Vegas, Google Cloud a ouvert sa grand-messe annuelle avec une floppée d'annonces, mercredi. Au menu, une nouvelle plateforme d'agents IA, des TPU de huitième génération et une refonte complète de l'architecture data et sécurité des entreprises.

Google Cloud a officiellement lancé ce qu'il appelle l'ère de l'« Entreprise Agentique » lors de son événement Next 26, organisé à Las Vegas cette semaine, dans le Nevada. Thomas Kurian, le PDG de la firme, a dévoilé la Gemini Enterprise Agent Platform, une nouvelle infrastructure de puces et une architecture data repensée. Des dizaines d'entreprises mondiales, de KPMG à la NASA, en passant par le Français Valeo, sont déjà engagées dans cette transformation.
Google Cloud veut faire de Gemini Enterprise le cerveau de ses clients
La pièce maîtresse de ce Google Cloud Next 26, c'est la Gemini Enterprise Agent Platform. Concrètement, il s'agit d'un tableau de bord unique depuis lequel une entreprise peut créer ses agents IA, les faire travailler ensemble, les surveiller et les améliorer dans le temps. Pour les développeurs, Agent Studio propose une interface simplifiée où l'on décrit ce que l'on veut obtenir en langage courant, sans écrire des lignes de code complexes. Agent Registry, lui, joue le rôle d'annuaire interne en ce qu'il recense tous les agents et outils déployés dans l'organisation, pour ne jamais perdre le fil de qui fait quoi.
L'application Gemini Enterprise s'enrichit aussi de fonctions pensées pour le quotidien. L'Agent Designer permet de configurer des agents qui se déclenchent automatiquement (à une heure fixe, ou dès qu'un événement précis survient) sans intervention humaine. L'Inbox centralise tout ce que ces agents font ou attendent de vous, un peu comme une boîte mail dédiée à vos assistants IA. Les Skills fonctionnent comme des raccourcis intelligents. Par exemple, en tapant simplement « @ », on lance une action répétitive sans avoir à la reconfigurer à chaque fois. Canvas offre un éditeur intégré directement dans l'interface (documents, présentations, compatibles Microsoft 365), pour ne plus avoir à jongler entre plusieurs applications.

Google ne mise pas tout sur ses propres modèles : si Gemini 3.1 Pro reste le moteur principal de la plateforme, les entreprises peuvent aussi choisir d'utiliser ceux d'Anthropic — Claude Opus, Sonnet et Haiku, trois modèles aux capacités complémentaires — auxquels vient s'ajouter ce jour Claude Opus 4.7, la toute dernière version. C'est un peu comme un garage qui proposerait plusieurs marques de voitures selon les besoins, plutôt que d'imposer un seul modèle. Côté partenaires, un Agent Marketplace permet d'installer directement des agents préconfigurés développés par des éditeurs majeurs comme Atlassian, Oracle, ServiceNow ou Workday — des outils que beaucoup d'entreprises utilisent déjà au quotidien.
Des TPU de 8e génération pour faire tourner tout ça à grande échelle
Faire tourner des millions d'agents IA en continu réclame une puissance de calcul colossale. Google répond avec ses TPU de huitième génération, qui sont ses puces maison spécialement conçues pour l'IA, déclinées en deux versions aux rôles bien distincts. Le TPU 8t est dédié à l'entraînement des modèles, c'est-à-dire la phase où l'IA apprend. Il peut connecter jusqu'à 9 600 unités entre elles pour former un seul et même supercalculateur, avec une puissance de traitement trois fois supérieure à la génération précédente. Le TPU 8i, lui, intervient en aval, quand les agents sont déjà en action. Il est optimisé pour l'inférence, c'est-à-dire le fait de produire des réponses en temps réel, et affiche 80 % de meilleures performances par dollar investi, ce qui permet de faire fonctionner des millions d'agents simultanément sans que la facture ne s'envole.
Les puces ne font pas tout car derrière elles, le stockage et le réseau doivent suivre le rythme. Google Cloud a donc évoqué Managed Lustre et Rapid Storage, des systèmes qui alimentent les puces en données pendant l'entraînement des modèles. Le premier atteint désormais 10 téraoctets par seconde de débit, le second bondit de 6 à 15 TB/s, soit l'équivalent de transférer des millions de fichiers en une fraction de seconde. Le nouveau Virgo Network, quant à lui, est le réseau qui relie entre elles des centaines de milliers de puces pour qu'elles travaillent de concert, comme une immense chaîne de production parfaitement synchronisée. Enfin, Google annonce qu'il sera parmi les premiers fournisseurs cloud à proposer les NVIDIA Vera Rubin NVL72, les toutes dernières cartes graphiques du géant américain des semi-conducteurs, réputées pour leurs performances en IA.
Un agent IA n'est utile que s'il peut accéder aux bonnes données au bon moment. C'est là qu'intervient l'Agentic Data Cloud, la couche data de cette nouvelle architecture. Son Cross-Cloud Lakehouse règle un problème important : une entreprise dont les données sont réparties entre plusieurs clouds (AWS, Azure, Google Cloud) peut désormais les interroger toutes depuis un seul endroit, sans avoir à les copier ou les déplacer, ce qui évite des coûts et des délais considérables. Le Knowledge Catalog, lui, fonctionne comme une mémoire d'entreprise vivante, en ce qu'il cartographie en permanence l'ensemble des données disponibles et leur donne du sens, pour que les agents sachent exactement où chercher et dans quel contexte. Quant au Data Agent Kit, il permet aux équipes data de travailler avec Gemini comme assistant, en décrivant simplement ce qu'elles veulent analyser, sans avoir à tout programmer manuellement.
Avec Wiz et des dizaines de clients référencés, Google Cloud prouve que ça marche
Parlons un peu de sécurité informatique. On l'évoque de plus en plus, déployer des agents IA dans une entreprise, c'est aussi ouvrir de nouvelles portes aux cyberattaques. Pour y répondre, Google associe sa Threat Intelligence (sa base de renseignements sur les menaces mondiales) à Wiz, une plateforme spécialisée dans la sécurité cloud rachetée à prix d'or (32 milliards de dollars), pour former ce qu'il appelle l'Agentic Defense. Ici, des agents IA prennent en charge des tâches jusqu'ici réservées aux analystes humains. Le Threat Hunting agent traque les nouvelles menaces en amont, le Detection Engineering agent génère automatiquement des règles de détection, tandis que les agents Red, Blue et Green de Wiz simulent des attaques, analysent les incidents et proposent des corrections. Le résultat est bluffant : l'agent de triage a déjà traité plus de 5 millions d'alertes de sécurité, ramenant une analyse qui prenait auparavant 30 minutes à à peine 60 secondes.
Les chiffres données par Google Cloud impressionnent. En un mois seulement, 90 % des collaborateurs de KPMG utilisent déjà Gemini Enterprise, avec plus d'une centaine d'agents déployés en interne. La banque australienne Macquarie Bank affirme avoir économisé l'équivalent de 100 000 heures de travail humain grâce à la plateforme. Le géant de la communication WPP publie désormais une campagne publicitaire générée par IA tous les quatre jours, deux fois plus rapidement qu'avant, en plus de revendiquer plus de 100 000 agents construits sur Gemini. Même la NASA, le groupe Mars, l'équipementier Bosch et l'opérateur télécom Vodafone figurent parmi les entreprises citées sur scène, preuve que l'adoption dépasse largement le seul monde de la tech.
« La technologie est là. Il est maintenant temps de construire votre moteur de croissance », a déclaré Thomas Kurian. Le message cherche évidemment à encourager parmi les clients de Google Cloud, en sachant que 75% des clients du géant américain utilisent déjà au moins un de ses produits d'IA, ce qui signifie que la grande majorité des entreprises présentes sur la plateforme ont déjà fait le premier pas. L'Entreprise Agentique est un mouvement en marge, et Google Cloud entend bien rester le chef d'orchestre.