Antimatter, une nouvelle société née de la fusion de trois entreprises spécialisées, lance ce mardi le premier neocloud qui consistera à bâtir un réseau mondial de micro data centers dédiés à l'inférence IA. Une vraie curiosité.

Datafactory pour l'énergie, Policloud pour les micro data centers modulaires, Hivenet pour le logiciel cloud, ces trois sociétés aux expertises complémentaires fusionnent pour former Antimatter, le premier neocloud entièrement intégré dédié à l'inférence IA. Plutôt que de construire de grands data centers centralisés et d'attendre des années un raccordement au réseau électrique, Antimatter, basée en France, à Cannes, fait le choix de déployer ses unités de calcul directement là où l'énergie renouvelable est déjà disponible. 300 millions d'euros sont en cours de sécurisation, avec 1 000 micro data centers prévus d'ici 2030, et à la tête du tout, David Gurlé, un serial entrepreneur français bien connu dans le secteur tech.
L'inférence IA a trouvé son infrastructure, et elle n'a rien à voir avec un data center classique
Antimatter n'est pas une start-up qui surgit de nulle part, puisqu'elle est la fusion de trois entreprises aux savoir-faire bien distincts. Datafactory apporte la maîtrise des infrastructures énergétiques aux États-Unis, Policloud conçoit les micro data centers modulaires, des unités de calcul compactes et déployables rapidement, et Hivenet fournit la couche logicielle qui fait tourner le tout. De l'électricité produite jusqu'au traitement des requêtes IA, toute la chaîne est pensée et contrôlée en interne.
La philosophie d'Antimatter est résumée par son président-directeur général, David Gurlé : « À l'ère de l'IA, l'intelligence n'est pas le goulot d'étranglement, c'est l'énergie. » Autrement dit, ce qui freine aujourd'hui le déploiement de l'IA, ce n'est pas le manque de modèles performants, mais bien la capacité à les alimenter en électricité. C'est pourquoi ses unités Policloud s'installent directement à proximité de sources renouvelables existantes (éolien, solaire, hydraulique ou biogaz), convertissant en quelques mois une énergie locale souvent gaspillée en véritable puissance de calcul IA.
À la tête d'Antimatter, on retrouve donc David Gurlé, et si vous mettez un peu votre nez dans la Tech, son nom ne vous semblera pas inconnu. Cet entrepreneur français, chevalier de la Légion d'Honneur, est notamment l'homme qui a fondé chez Microsoft la brique technologique qui allait devenir Teams, l'outil de communication utilisé par des centaines de millions de personnes. Il a aussi piloté la division entreprise de Skype au moment de son rachat par Microsoft, avant de lancer Symphony Communication Services, société valorisée à 1,4 milliard de dollars. Autant dire que ses ambitions pour Antimatter sont assez logiques.
De 40 000 à 400 000 GPU, les ambitions mondiales d'un neocloud distribué
Et pour financer ses ambitions, Antimatter sécurise 300 millions d'euros, destinés au déploiement de ses 100 premières unités Policloud d'ici 2027. Ces micro data centers modulaires, pensés comme des conteneurs compacts bourrés d'électronique, peuvent accueillir jusqu'à 400 GPU chacun, ces puces qui font tourner les modèles d'IA. En plus d'être opérationnels en cinq mois contre vingt-quatre pour un data center classique, ces 100 premières unités représenteront à elles seules 40 000 GPU et 3,6 exaFLOPS, soit une puissance de calcul colossale capable de traiter des milliards de requêtes IA par jour.
D'ici fin 2030, Antimatter vise 1 000 unités Policloud déployées dans des dizaines de pays, 400 000 GPU actifs et une puissance de calcul distribuée équivalente à celle de cinq grands data centers hyperscale traditionnels, le tout pour deux fois moins d'investissement en capital. Tout ça, ça fait beaucoup d'énergie, et pendant se temps, la planète continue de morfler. Alors, la société met aussi en avant un argument de poids à l'heure des débats sur l'impact environnemental de l'IA : ses infrastructures émettraient 70 % de CO₂ en moins que la moyenne du secteur, et ne consomment pas une goutte d'eau pour refroidir leurs équipements, contrairement aux data centers classiques qui, pour les moins récents, engloutissent des millions de litres chaque année.
Antimatter a déjà déployé 3 344 GPU opérationnels, avec une demande qui dépasse déjà les 10 000 unités, signe que le marché répond présent. Ses premiers clients viennent du secteur énergétique (35 %), du secteur public (30 %), de l'agriculture (15 %) et des entreprises (20 %), un mix qui illustre la polyvalence de l'infrastructure. Sur le plan financier, les objectifs sont clairement fixés : le but est de dépasser les 250 millions de dollars de chiffre d'affaires dans les 18 prochains mois, et de franchir la barre des 3 milliards d'ici fin 2030.