Dossier : Open Data, une ouverture pour améliorer la société

Open Data : pour faire quoi ?


« Il y a deux dimensions à l'Open Data : une dimension citoyenne/démocratique et une autre qui est économique. Pour les "politiques", l'Open Data c'est toujours de la communication est en général pris en charge par la direction de la communication (ce qui n'est pas une mauvaise idée). Les entreprises ne poursuivent pas le même objectif. Elles peuvent valoriser leurs données en les ouvrant pour créer un écosystème vertueux autour d'elle », indique François Bancilhon, p-dg de Data Publica.

« C'est ce que fait par exemple Twitter. Autre objectif : montrer une certaine transparence ou mutualiser des données avec d'autres acteurs. Mais beaucoup de grands comptes font machine arrière après avoir montré de l'enthousiasme au début. Ils se heurtent à différents obstacles : risques menaces juridiques perçus, leur propre refus du changement... », poursuit-il. Pour les entreprises, les pistes sont donc multiples. D'où la nécessité de centrer sa réflexion en se posant les bonnes questions.

Quels sont les principaux bénéfices attendus ?

- Une meilleure image de marque : selon l'étude Bluenove - BVA « connaissance du concept d'Open Data » parue en septembre 2011, « 63 % des entreprises interrogées pensent pouvoir améliorer la satisfaction client grâce à l'ouverture des données ». Mais attention à ne pas dévoiler certains défauts ou imperfections.

- Un renforcement de sa capacité d'innovation : c'est un moyen de développer un écosystème autour de l'entreprise pour augmenter et accélérer sa faculté d'innovation en faisant appel à des tiers (développeurs, indépendants, start-up...) pour proposer de nouveaux produits et services.

- Une anticipation des usages sauvages : JC Decaux (pour son service de vélo en libre-service) ou la RATP par exemple ont été confrontés à des réutilisations non autorisées de leurs données. En les rendant publiques, elles ont mis fin à ces pratiques.

Quel est le modèle économique ?

- Les applications mobiles : elles représentent la face la plus visible de l'Open data. Cela s'explique premièrement par le fait que la majorité des premiers concours à idées avaient pour finalité le développement d'applications mobiles et, deuxièmement, par la forte demande des utilisateurs pour la mobilité (transports collectifs, vélo, parkings...).

Mais pour l'instant, la rentabilité directe de ces applications reste à démontrer. Cela peut cependant se révéler être un bon moyen de se faire connaitre comme a pu le constater NewLC. Avec Eo'City, un programme qui informe les Rennais des horaires de bus et de la disponibilité de places dans les parkings de la ville, NewLC n'a pas gagné d'argent. Elle a remporté un prix de 3 500 euros, mais le développement avait coûté environ 20 000 euros. « En revanche, nous nous sommes fait connaître. Nous avons même signé un contrat. On peut donc considérer que le retour sur investissement est là », résume Éric Bustarret, fondateur de NewLC qui emploie 8 personnes.

- Les revenus indirects engendrés par des API (interfaces de programmation) : à la différence de la vente d'applications mobiles, des solutions plus classiques sont plus rentables. Les poids lourds de l'internet l'ont bien compris. Le meilleur exemple est Amazon. Dès 2005, le site a ouvert ses bases de données de livres via une API. Des professionnels et des amateurs ont pu afficher sur leur site ou blog des informations sur les livres. Par ricochet, les internautes intéressés par un roman sont redirigés vers Amazon pour l'acheter. Le revenu est partagé entre le géant du e-commerce et le tiers.

- Des prestations sur mesure : comme dans l'Open Source, des entreprises s'appuient sur des offres de services pour augmenter leur revenu. C'est le cas entre autres de Data Publica. D'un « catalogue de données publiques » - s'appuyant notamment sur des « cartes augmentées » -, la société s'oriente depuis début 2013 vers les services et des produits sur le segment du B2B. Son modèle économique est bâti sur des prestations sur mesure, des offres allant de la découverte, à l'enrichissement et à la qualité des données, à la réalisation de jeux de données sur mesure ou sur étagères (jeux de données produits en partie à partir de données open data après traitement et enrichissement.

Les datavisualisations : l'info en images

Ce nouveau moyen de communication consiste à représenter des données de façon visuelle. Cela peut se concrétiser par des graphiques, des camemberts, des chronologies, des infographies.... L'une des références actuelles de la « dataviz » est sans doute le travail de David Mac Candless visible sur son blog, Information is beaufitul. Cet auteur-designer collabore notamment pour The Guardian et Wired.

Infographie David Mac Candless

Un autre bon exemple est le site Wheredoesmymoneygo. Développé par l'Open Knowledge Foundation, il traduit graphiquement l'usage qui est fait des impôts sur le revenu au Royaume-Uni. Certains sites ont réussi à mettre en place un business model. Pour 59 dollars par mois, chefs d'entreprises, directeurs marketing, journalistes et analystes peuvent consulter des données avec des graphiques interactifs sur DataMarket.

Pour réussir une dataviz, il convient de respecter trois règles de base :

- Un angle : comme en journalisme, il faut traiter le sujet sous un seul angle afin de renforcer l'impact de l'information. À vouloir être exhaustif, une suite de chiffres devient indigeste ;
- Des informations précises et vérifiées : c'est le B.A-BA du journalisme. Une belle présentation graphique ne doit pas masquer un contenu léger ou inexact ;
- Une présentation simplifiée pour aller à l'essentiel : l'information.

RATP : une ouverture sous la contrainte...

La Régie Autonome des Transports Parisiens a ouvert plusieurs données (positions géographiques des stations, qualité de l'air, liste des commerces de proximité...). Elle a également rendu publiques les informations liées aux flux des voyageurs transitant par ses stations. Celles-ci permettront de créer par exemple des applications mobiles utiles aux usagers des transports parisiens, ou encore servir de baromètre stratégique « aux commerçants pour installer une boutique ou un kiosque à journaux », a précisé Pierre Mongin, le P-DG de la RATP.

L'accès à ces données n'a pas été facile et a entrainé un conflit avec notamment Benjamin Suchar, de Checkmymetro. Son application pour mobile a profité de cette ouverture pour intégrer la carte officielle du métro parisien. « La RATP, c'est un bon exemple de ce qu'il ne fallaitut pas faire (ils sont en train de se rattraper, mais ils ont perdu du temps). La SNCF a été plus futée même si le résultat final n'est pas vraiment différent... La morale de l'histoire : il faut définir une stratégie intelligente et l'appliquer plutôt que d'attendre ou de faire sans réflexion de fond. Et si vous n'ouvrez pas vos données, il y a de fortes chances pour que quelqu'un veuille les ouvrir pour vous », constate François Bancilhon, de Data Publica.

DataParis.io

DataParis.io, un exemple réussi de « dataviz »
Modifié le 09/01/2014 à 09h31
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