Proton vient tout juste de publier un petit comparatif des navigateurs Web misant sur la confidentialité. L’entreprise note moins bien ceux basés sur Chromium, le moteur de Google. Pourtant en début de mois, Andy Yen semblait bien moins alarmé.

La présence de Chromium dans un navigateur doit-elle être sanctionnée quand on adresse le sujet de la vie privée ? Il semblerait y avoir une discordance sur le sujet chez Proton.
Un critère d’indépendance qui n’empêche pas Brave de gagner
Le comparatif note cinq navigateurs sur 10 pour trois critères : l’indépendance vis-à-vis de Google, la protection contre le fingerprinting et la facilité d’usage. Sont passés en revue : Brave, Vivaldi, Firefox, Zen et LibreWolf.
Rappelons que le fingerprinting, c’est l’empreinte matérielle d’une session d’un internaute. Un site peut reconnaître un navigateur particulier grâce à un ensemble de détails (résolution d’écran, polices installées, réglages, extensions installées, langues…), sans avoir besoin de cookies.
Côté indépendance, le moteur de rendu, le composant qui affiche les pages, compte beaucoup. Brave et Vivaldi utilisent Chromium, le projet open source à l’origine de Chrome. Pour ce segment, ils obtiennent la note de 4/10. Proton reconnaît que Brave ajoute ses propres protections, mais précise qu’il « s'appuie toujours sur une technologie développée au sein de l'écosystème de Google ». Firefox, qui repose sur son propre moteur (Gecko), reçoit 7/10, car Mozilla a historiquement touché des revenus conséquents de Google pour que son moteur de recherche soit proposé par défaut. De leur côté, LibreWolf et Zen, dérivés de Firefox, grimpent à 9/10.
Les notes sont ensuite additionnées, sans pondération. Brave l’emporte avec 23/30, porté par son 10/10 en fingerprinting (il modifie certaines caractéristiques du navigateur d’une visite à l’autre pour brouiller l’empreinte) et son 9/10 en usage. LibreWolf et Zen suivent avec 22, Firefox avec 21. L’indépendance de Google représente donc un tiers du total, et un navigateur Chromium peut gagner malgré son 4/10.
Interrogé par nos soins en début de mois, le PDG de Proton Andy Yen, lui, relativise cette dépendance. Dans notre interview, il résume ainsi le problème :
"Ce que les gens reprochent à Chromium, au fond, c’est Google, non ? Si on retire Google de l’équation, c'est en réalité du très bon code."
Il n’exclut pas que Google puisse un jour polluer le code du projet, voire rendre son utilisation par des tiers plus difficile. Mais il voit « suffisamment d'acteurs construire par-dessus Chromium » et dans un tel scénario, « une communauté assez large se mobiliserait pour rendre un fork possible ». Cela inclurait donc tous les éditeurs actuels utilisant le code, parmi lesquels Opera, Brave, Vivaldi, Samsung ou Microsoft.
Le PDG de Proton a botté en touche sur un éventuel navigateur développé en interne. Mais l’offre d’emploi publiée cet été pour un ingénieur logiciel intégrant « notre équipe produit navigateur, pour contribuer à construire un navigateur internet pensé d'abord pour la confidentialité, utilisé par des millions de personnes dans le monde », ne laisse pas trop de doute.
Reste que si Proton appliquait sa propre grille, un navigateur construit sur Chromium recevrait donc la même note que Brave et Vivaldi sur l’indépendance. Il devrait par ailleurs surpasser Brave et Firefox en matière d’ergonomie pour se placer en tête.

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