Bitwarden veut faire rimer dîner aux chandelles et sécurité numérique avec « Cupid Vault », un coffre-fort de mots de passe pensé pour deux. Reste à savoir si ce cadeau de Saint‑Valentin protège vraiment les couples… ou surtout la plateforme.

Bitwarden, gestionnaire de mots de passe open source bien implanté chez les utilisateurs soucieux de leur sécurité, profite de la Saint‑Valentin pour mettre en avant « Cupid Vault », une configuration dédiée au partage de comptes à deux. Le principe : un espace commun où un duo peut stocker et utiliser des identifiants sans les copier‑coller dans une messagerie ou une note partagée. Une révolution ? Pas vraiment. Cette option s’appuie en réalité sur des briques déjà présentes dans l’offre gratuite de Bitwarden, habillées pour l’occasion d’un vernis romantique.
Cupid Vault : un « coffrefort » partagé, mais très encadré
Concrètement, « Cupid Vault » repose sur la création d’une petite « Organization » Bitwarden limitée à deux personnes, accessible même avec un compte gratuit. L’utilisateur principal met en place ce coffre‑fort partagé depuis l’interface web, puis invite son ou sa partenaire par simple adresse courriel, qui devient alors le second membre autorisé. Les identifiants déposés dans cet espace commun restent séparés du coffre‑fort personnel de chacun, ce qui évite de tout mélanger en cas de séparation numérique plus ou moins douce.
- moodVersion gratuite limitée
- databaseStockage illimité
- browse_activityNotification de fuite
- lockChiffrement AES-256
Pour limiter les détournements lors de l’invitation, Bitwarden propose un mécanisme de « phrase d’empreinte » : les deux personnes comparent une courte suite de mots pour vérifier qu’elles se connectent bien au même coffre‑fort. Une fois l’organisation créée, chacun peut consulter, modifier ou supprimer les éléments partagés, sans notion de « propriétaire » unique sur un mot de passe. L’accès peut être révoqué à tout moment par le titulaire qui a créé l’organisation, ce qui coupe immédiatement l’usage des identifiants au second membre, dans un sens comme dans l’autre si chacun a mis en place sa propre organisation de couple.
Bitwarden rappelle que l’ensemble repose sur un chiffrement de bout en bout, avec des applications disponibles sur ordinateurs, mobiles et navigateurs, ce qui permet d’utiliser ce coffre‑fort partagé depuis à peu près n’importe quel appareil courant. En contrepartie de la gratuité, cette configuration est strictement limitée à deux utilisateurs et à deux collections, là où les offres payantes élargissent le nombre de personnes et de dossiers possibles. De quoi transformer une opération marketing de Saint‑Valentin en potentielle porte d’entrée vers des formules plus complètes pour familles et équipes, comme le laissaient déjà entrevoir nos précédents dossiers sur les abonnements des gestionnaires de mots de passe.
Partager ses mots de passe en couple, bonne idée… jusqu’à la rupture ?
Sur le papier, Bitwarden répond à une pratique déjà massive : plus de la moitié des internautes disent partager les identifiants de leurs services de streaming avec leurs proches, souvent par simple message ou capture d’écran. « Cupid Vault » formalise cette habitude en lui ajoutant des garde‑fous techniques, sans forcément résoudre le vrai problème : beaucoup de couples utilisent les mêmes mots de passe partout, y compris hors des plateformes de divertissement. Ce nouveau « coffre‑fort pour deux » évite au moins que des identifiants sensibles circulent en clair dans des conversations, mais ne corrige pas à lui seul des années de mauvaises habitudes, comme nous l’évoquions déjà dans notre guide sur l’hygiène des mots de passe.
L’autre point sensible arrive le jour où l’histoire se termine mal. Bitwarden met en avant la possibilité de couper l’accès en un clic, sans devoir changer immédiatement tous les mots de passe partagés. C’est effectivement plus propre que de laisser un ex‑partenaire traîner sur un compte de stockage ou une messagerie, mais cela suppose que la personne la plus à l’aise avec la technique garde la main sur l’organisation, ce qui recrée un rapport de force peu rassurant. Derrière le ton léger de la communication de Bitwarden, l’outil rappelle surtout que la confiance numérique peut s’effondrer bien plus vite qu’un abonnement annuel.
Enfin, il faut regarder la manœuvre côté industrie. Bitwarden ne crée pas une nouvelle brique technique : il reconditionne des fonctions existantes dans un scénario clé en main pour couples, là où d’autres concurrents poussent leurs offres « famille » plus coûteuses. L’entreprise capitalise sur un moment fort du calendrier pour mettre en avant son modèle open source et son offre gratuite, tout en plantant une graine marketing chez les utilisateurs qui finiront peut‑être par basculer vers des formules payantes pour élargir le cercle de partage. Dans un contexte où les fuites de données se multiplient et où les géants du streaming serrent la vis sur le partage de comptes, ce type de dispositif a surtout vocation à encadrer une pratique déjà ancrée, plus qu’à changer profondément la façon dont on protège ses identifiants.
Si Cupidon s’occupe de vos cœurs, Bitwarden espère manifestement s’occuper de vos mots de passe, quitte à rappeler que la confiance, en ligne comme ailleurs, se révoque désormais d’un simple clic.
Source : Bitwarden