SAP s'allie à S3NS, le cloud dit souverain de Thales adossé à Google Cloud et certifié SecNumCloud 3.2. Son ERP phare pourra désormais tourner sur l'infrastructure de S3NS et sous juridiction française, d'ici fin 2026.

SAP entre dans le cloud souverain français avec S3NS et Thales comme premier client. © Clubic / JarTee / Shutterstock
SAP entre dans le cloud souverain français avec S3NS et Thales comme premier client. © Clubic / JarTee / Shutterstock

Ça bouge dans le monde du cloud souverain français, avec l'annonce du partenariat entre SAP et S3NS, qui marque ce lundi 27 avril 2026 la montée en puissance de la France dans le secteur. Les applications métiers du géant allemand SAP, dont l'ERP que font tourner des centaines de grandes organisations, pourront désormais s'exécuter sur PREMI3NS, l'infrastructure certifiée SecNumCloud de S3NS. Et pour incarner l'ambition, Thales ouvre lui-même le bal en tant que premier client stratégique de l'offre.

SAP et S3NS scellent leur alliance pour le cloud souverain français

Pour saisir la portée du « coup » réalisé par S3NS et Thales, un petit rappel s'impose. S3NS, c'est cette société de droit français détenue à 95 % par Thales qui a réussi le tour de force d'embarquer la technologie de Google Cloud tout en l'isolant hermétiquement de toute juridiction américaine. En décembre 2025, après quatre jalons de contrôle draconiens, l'ANSSI lui remettait la certification SecNumCloud 3.2, considéré comme le Graal de la sécurité cloud en Europe.

Ce partenariat a permis de concrétiser une promesse restée longtemps théorique, à savoir faire tourner SAP RISE private Cloud Edition sur PREMI3NS. Ce logiciel, qui gère la comptabilité, les achats, les stocks ou les ressources humaines des grands clients du mastodonte allemand, tourneront donc dans le cloud de S3NS, sans que leurs données franchissent les frontières françaises. Tout reste hébergé, traité et chiffré en France, à l'abri des lois américaines. Et la disponibilité commerciale est prévue pour le second semestre 2026.

Qui ouvre le bal, d'ailleurs ? Sans surprise, c'est Thales lui-même. Le géant de la défense s'engage à migrer l'ensemble de son logiciel de gestion SAP vers PREMI3NS, autrement dit, à centraliser sur une seule plateforme souveraine tout ce qui fait tourner ses finances, ses achats et sa production. L'approche dite « clean core » vise à simplifier et unifier ces systèmes souvent tentaculaires. On notera avec un sourire que Thales est à la fois actionnaire majoritaire de S3NS et premier client du partenariat, une façon assumée de prêcher par l'exemple.

La solution PREMI3NS résumée. © S3NS
La solution PREMI3NS résumée. © S3NS

Un cloud souverain qui sort enfin du stade de l'intention

La progression de S3NS est en tout cas notable. En décembre 2025, au moment de sa certification, l'entreprise comptait une trentaine de clients pionniers parmi les assureurs, industriels et fintech. Cinq mois plus tard, ils sont plus de soixante. L'offre suit le même rythme, avec 30 services déjà disponibles allant du stockage aux bases de données en passant par l'orchestration d'applications. Et 30 autres sont en préparation, dont des outils d'intelligence artificielle qui reposent sur Vertex AI, la plateforme IA de Google Cloud.

Le vent souffle clairement dans la bonne direction, dans le bon « S3NS », vous nous pardonnerez ce honteux jeu de mots. Mais il y a quelques jours, la Commission européenne a attribué un contrat cloud souverain de 180 millions d'euros à quatre consortiums européens, S3NS décrochant sa part aux côtés de l'opérateur belge Proximus et de la start-up française Mistral AI. En France, l'État affichait de son côté 99 % de ses projets cloud orientés vers des fournisseurs européens, pour un total de 84 millions d'euros de commandes sur la seule année 2025.

« Avec S3NS, nous permettons à nos clients de migrer leurs workloads les plus critiques vers le cloud sous juridiction française, en conciliant souveraineté et innovation dans un modèle cohérent », commence ce matin le président de SAP Sovereign Cloud, Martin Merz. En somme, on comprend que les hôpitaux, industriels de la défense, compagnies aériennes ou opérateurs d'infrastructures vitales, tous soumis à des règles strictes sur la protection de leurs données, n'auront plus à choisir entre performance technologique et conformité. Un cap pourrait bien avoir été franchi face aux géants américains du secteur.