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Live Japon : l'affaire du virus télécommande de PC

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C'est une de ces histoires qui font le régal des médias japonais: une affaire qui dure des mois, se complique, où les flics se trompent, tournent en rond, où certains font des confidences pour entretenir la saga et où, in fine, le « présumé coupable » se fait pincer à cause de mauvais calculs et des progrès techniques. Même s'il nie presque en bloc, il semble condamné. Cette histoire, c'est celle d'une campagne de menaces sur internet via des ordinateurs infectés par un virus et contrôlés à distance.

Dimanche 10 février, cette affaire s'est emballée: la police a interpellé un homme de 30 ans qui pourrait bien être le coupable. Profil typique de « l'otaku » au sens péjoratif du terme, une acception généralement négative au Japon même si ce vocable a malencontreusement pris une tournure positive à l'étranger. Son point faible: il aime peut-être trop les chats.


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Il a nargué les enquêteurs pendant des mois avec une série de devinettes cyber-épineuses, mais il a peut-être voulu pousser trop loin le jeu en oubliant que les villes japonaises sont désormais bardées de caméras qui voient tout. Reprenons: dimanche 10 février, Yusuke Katayama, 30 ans, un homme grassouillet à lunettes, profil archétypal de jeune Japonais qui passe l'essentiel de son temps devant des écrans, est arrêté par la police. Il est fortement soupçonné d'avoir à plusieurs reprises proféré des menaces de mort à l'encontre de diverses personnes, dont un avertissement annonçant son intention de faire un massacre à la foire aux mangas d'amateurs, le Comic Market, en août dernier à Tokyo: « je vais poignarder au hasard dans la foule ». Les policiers japonais ne prennent pas à la légère ce genre de messages postés sur 2channel ou autre forum en ligne. C'est qu'il y a des précédents, qui ont mal tourné, notamment à Akihabara, un certain 8 juin 2008.

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Il a aussi envoyé des lettres ou courriels d'intimidation à diverses organisations, promis de s'en prendre aux petits-enfants de l'empereur en postant des alertes sur les sites internet de leurs écoles. En tout, 13 forfaits de ce type lui sont reprochés dont une partie ont été très médiatisés puisqu'une personnalité du monde de l'animation a un temps été soupçonnée ou encore parce qu'un message de menaces a obligé un avion à faire demi-tour. Le tout a été fait non pas depuis un même ordinateur fixe facilement repérable mais à travers la prise de contrôle distante par un virus de divers PC, qui plus est via un parcours empruntant de multiples serveurs grâce au logiciel libre TOR (The Onion Router - routage en oignon), lequel permet de rendre informatiquement anonymes des flux de données transmis sur internet.

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La police a enquêté pendant des mois et arrêté successivement quatre individus par erreur entre juin et septembre derniers, en parvenant même à extirper des aveux à deux d'entre-eux, alors même qu'ils étaient parfaitement innocents (ça fait désordre, mais elle s'est excusée). Elle finit alors par comprendre que les PC de ces personnes soupçonnées étaient tous infectés par le même virus et qu'ils avaient été manipulés de l'extérieur. En décembre, les autorités, de plus en plus inquiètes des risques de passage à l'acte de l'individu, ont décidé d'accélérer l'enquête en proposant jusqu'à 3 millions de yens (25 000 euros) aux personnes capables d'apporter des informations aidant à trouver le coupable. Initialement, ce genre de prime était réservé aux cas d'homicide, mais le périmètre d'application a été élargi en décembre.

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Pendant ce temps, le « pirate » envoyait des messages à des journaux, TV et avocats. Le 5 janvier, l'une de ses missives proposait trois énigmes à résoudre dont l'une consistait à retrouver un chat vivant sur l'île d'Enoshima près de Tokyo. Son collier rose était prétendûment porteur d'une carte-mémoire sur laquelle était enregistré le virus informatique utilisé et le motif des menaces. A ce jeu de rôle, la police a dû se plier, nolens volens. Et c'est ainsi qu'elle a effectivement trouvé l'animal en question et la carte-mémoire qu'il portait, dans laquelle se trouvait le fichier du virus (iesys.exe), un « cheval de Troie » inconnu auparavant et nouvellement développé permettant de prendre à distance le contrôle d'ordinateurs infectés. Y était aussi enregistré un message encore obscure mais qui n'allait pas tarder à être éclairci: « une expérience passée dans une affaire criminelle m'a poussé à agir ». Cette précédente affaire aurait changé la vie du « hacker » anonyme.

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C'est par l'analyse de ladite carte-mémoire, le visionnage minutieux des images prises par les caméras de surveillance (installées moins d'un mois plus tôt) sur l'île d'Enoshima et l'examen de ses propres archives pour trouver les précédentes affaires pouvant avoir un point commun avec les mystérieuses menaces que la police en est venue à soupçonner Yusuke Katayama, un résident de Tokyo, employé d'une entreprise de prestations informatiques. L'intéressé pour le moment nie les faits, mais les éléments probants à son encontre semblent s'accumuler. Il apparaît auprès du chat au collier à carte-mémoire sur des images prises par les caméras de surveillance d'Enoshima.

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Des photos dudit chat ont un temps été stockées dans la mémoire de son téléphone mobile. Même s'il les a effacées, leur trace a été retrouvée. Il avait déjà été arrêté plusieurs fois et a écopé en 2006 de 18 mois de prison ferme pour avoir promis de découper une fillette de 10 ans, puis dans le cadre d'une affaire qui impliquait déjà un chat, virtuel: à l'époque, le patron d'une maison de disques, Avex, et des employés avaient été menacés parce que l'entreprise avait copié de façon éhontée à des fins commerciales un personnage « chat » créé sur 2-channel et que chérissait apparemment ledit Katayama.

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Le fait est qu'il aime vraiment les chats et fréquentait un « café à chats », genre d'établissements ouverts assez récemment et où les clients sont invités à caresser des chats. Selon la tenancière des lieux, interrogée par les médias nippons, Katayama était un client très calme, qui à l'évidence adorait les chats et ne communiquait d'ailleurs qu'avec eux, ignorant les humains l'entourant.

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Par ailleurs, des perquisitions chez l'employeur de Katayama ont permis de comprendre que l'ordinateur qu'il utilisait a servi à plusieurs reprises à générer les messages qui allaient ensuite être postés par un PC différent rendu esclave, à l'insu de son propriétaire. Katayama a aussi été vu maintes fois dans un internet-café de « la ville électrique », Akihabara, le repaire des « otaku », un fait que les policiers ont compris en janvier. Ils avaient alors des doutes sur quatre personnes et ont fait le tour de ce genre d'établissements avec leurs photos en demandant aux gérants « ces individus ne figurent-ils pas parmi vos clients ? ». Bingo, Katayama en était. Il aurait aussi lui-même créé le virus iesys.exe, enregistré sur un serveur aux Etats-Unis, celui d'une société appelée Pacific Internet Exchange qui héberge les données relatives à la plate-forme de discussions 2-channel, un autre espace assidument fréquenté par les otaku.

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Si bien que le FBI américain a participé à l'enquête et aidé les policiers japonais à rassembler des éléments qui, eux aussi, convergent vers Katayama. Les PC infectés par le virus incriminé l'auraient été par l'intermédiaire de 2-Channel lorsque les utilisateurs ont cliqué sur un lien dans des messages postés par le délinquant. On apprit aussi ensuite qu'une adresse e-mail mentionnée sur des messages de menaces postés par ailleurs avait été créée avec des coordonnées fausses mais un code postal qui correspond exactement à celui de la société qui emploie ledit Katayama.

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A l'heure actuelle, même si l'individu continue d'affirmer qu'il n'est pas responsable, la police, la presse et le public avec elles peinent à croire que les divers éléments accumulés qui vont tous dans le même sens ne sont que coïncidences. Le fait est en outre qu'au Japon la notion de « présumé innocent » n'existe pour ainsi dire pas, ce serait même le contraire. Pour couronner le tout, l'individu en question a déchaîné les internautes qui n'hésitent pas à l'étriller. Une sociologue qui s'est penchée sur ce cas a écrit « c'est l'archétype du gars qui n'a rien pour plaire » aux filles, ce qui ne veut pas dire que tous ceux qui sont dans le même cas sont des délinquants en puissance, mais selon elle, dans le cas présent, cela a joué.

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Et comme le soulignent nombre de personnes, tous les Japonais ont pensé la même chose en voyant les premières images de l'individu: « gros à lunettes, pas élégant pour un sou, mordu d'informatique qui se répand sur 2-channel, mange seul, communique peu et aime les chats= OTAKU ! ». Si d'aucuns en France se vantent d'être des « otaku », il vaut mieux au Japon éviter de s'en féliciter car être « otaku » c'est être moche, asocial et esseulé car pas fréquentable. Pire encore il a d'emblée été qualifié de « kimo-ota » = « kimochi warui otaku » (« otaku écoeurant »). Du coup, ceux qui commençaient à admirer la malice du gars qui faisait tourner les flics en bourriques depuis des mois ont été pour le moins déçus: « et dire que je pensais que c'était un beau gosse », reconnaît un anonyme sur « 2-channel ».

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D'autres, qui sont aussi scotchés à leur ordinateur à longueur de journée craignent que leur image déjà pas bonne en prenne encore un coup, comme ce fut le cas dans le passé quand d'autres individus ayant exactement le même profil ont été interpellés pour divers crimes et délits. La police elle-même fut vite persuadée que le coupable était un « otaku » compte tenu de la nature des messages faisant souvent référence à des mangas, animations, jeux vidéo et autres références classiques desdits « otaku ».

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L'auteur de ces lignes l'a déjà écrit plusieurs fois ici et ailleurs (livre Histoire du manga notamment), même si par volonté commerciale d'aucuns y poussent, il serait bon que l'on cesse à l'étranger d'user abusivement du terme « otaku » qui, lorsque l'on connaît son passé et son acception au Japon, ne fait pas honneur à ceux qui s'en réclament, ni d'ailleurs à la culture qu'ils prétendent connaître et aimer. A moins qu'il s'agisse de revendiquer une parenté avec l'individu ci-dessus décrit, auquel cas, soit, « shikata ga nai » (tant pis).

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