J'ai testé pour vous : l'arnaque sur Internet

arnaque en ligne
Qui n'est jamais, au détour de sa boîte mail ou de sa magnifique collection de spam, tombé sur un message lui faisant miroiter des sommes d'argent colossales, mais coincées à la douane d'un pays d'Afrique qui n'attend qu'un virement Western Union pour prendre le bateau ? Tout le monde, ou presque. Ce qui est plus rare, par contre, c'est d'y répondre... c'est pourtant ce que j'ai fait !

Ca fait déjà plusieurs années que certains médias se font l'écho des conséquences dramatiques qu'entrainent souvent les arnaques sur Internet, également connues sous le nom anglophone de « scam ». On en distingue plusieurs formes allant de l'hameçonnage d'une personne sur un site de rencontres à une réponse intéressée par un produit sur un site d'annonces entre particuliers, en passant par le mail de relative apparence officielle, faisant miroiter de grosses transactions financières tombées du ciel. Des arnaques qui, stratégiquement ciblées ou non, vont tâcher de faire vibrer des cordes sensibles chez les internautes : sentiments amoureux, argent facile et j'en passe.

Mais quand même : si l'annonce fait vibrer les bonnes cordes, les ficelles semblent très souvent complètement fantasques. Comment expliquer qu'un riche consul de Côte d'Ivoire désire léguer sa fortune à un inconnu en France ? Comment justifier qu'un Béninois préfère acheter une voiture dans l'Hexagone via Le Bon Coin, plutôt que de chercher une affaire plus proche de chez lui ? Et surtout, comment expliquer que, chaque année, des centaines de Français se laissent tenter, et avoir, parfois jusqu'au surendettement ? Pour essayer de le comprendre, j'ai décidé de tenter l'expérience... et de me faire pigeonner de mon plein gré.

Les échanges qui suivent ont duré un peu plus d'un mois : l'objectif était de voir jusqu'où il était possible d'aller en échangeant avec un escroc sur Internet, sans envoyer d'argent cependant, mais également de cerner les méthodes employées pour tenter d'extorquer des fonds dans le cadre de l'affaire en question. La première partie de cet article se résume donc au cheminement, souvent rocambolesque, de cette aventure. Quant à la seconde, elle laisse la parole aux experts pour en démêler les ficelles.

Opportunité d'affaire !

Pour commencer cette petite enquête, je me suis rendue dans le dossier de spam de ma boîte personnelle : en faisant un peu de spéléo parmi les spams me promettant de perdre 15 kg en 3 jours ou de faire grossir mon pénis de 10 cm grâce à une pompe suédoise, j'ai trouvé moult appels à l'aide et autres propositions alléchantes me faisant à chaque fois miroiter monts et merveilles. J'ai répondu à plusieurs d'entre eux, sans grand succès puisque je n'ai, en premier lieu, pas reçu de réponse. J'en ai déduis le fait que pour se faire pigeonner, il faut fournir un véritable effort de persévérance. Ca m'a un peu découragé. Et puis, Franck est arrivé.

Franck Kilabongo, consultant en investissements privés à la recherche de débouchés financiers me fait une offre. Il vient « respectueusement soumettre à (ma) distinguée attention (une) importante offre de collaboration », ce qui aiguise forcément mon intérêt. (Précision : dans le cas de copier-coller, les textes sont d'origine, fautes comprises.)

Arnaque Benin Franck
Franck, un homme Kilabongo

Je ne comprends pas tout à l'histoire de Franck, si ce n'est qu'il y a visiblement une grosse quantité d'argent planquée dans un coffre à Bruxelles et qu'il faut se dépêcher de le récupérer sinon il va être perdu à jamais, ce qui serait triste. J'envoie donc un mail à Franck en espérant que cette fois-ci soit la bonne.

J'ai une réponse le lendemain, dans laquelle Franck met tout de suite les choses au clair : « Dans un premier temps une mise au point s'impose afin d'éviter de futurs malentendus. Internent est devenu aujourd'hui un outil incontournable de communication. C'est aussi devenu la bête noire des crédules (cybercriminalité grimpante) donc nous nous devons de nous méfions aux propositions qui nous sont faites. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle notre méthode de travail exige que nous privilégions les contacts par téléphones et fax puisque nous n'avions pas le vôtre nous étions obligés de vous contacter par mail. »

Arnaque Benin document
Un PDF censé me mettre en confiance...
Au moins monsieur ne tourne pas autour du pot : si je suis une arnaqueuse, mieux vaut que je passe mon chemin. Monsieur se méfie, j'imagine que c'est censé être rassurant. Après une phrase de transition magnifique - « La lumière étant faite sur les points d'ombre de l'escroquerie via internet, revenons à nos moutons distraits » - Franck Kilabongo m'explique la suite de l'opération : je vais servir de pont entre les fonds qui se trouvent à Bruxelles, et un « paradis fiscal (Suisse ou Luxembourg) ». Une fois l'argent transféré, ce dernier sera investi dans un projet immobilier déjà défini, ainsi que dans les énergies renouvelables. Pour m'expliquer tout ça, j'ai droit à un petit PDF qui va bien avec un entête tout moche à base de cliparts et de coordonnées bidonnées (ci-contre, la première page).

Bien évidemment, j'adhère au projet. Franck est content et m'assure que je ne regretterai pas ma décision. Il m'annonce que je vais changer d'interlocuteur, mais m'explique que : « C'est déjà le weekend donc il serait vraiment difficile de vous mettre en contact avec le notaire. Dès lundi matin, je vous transmettrai ses contacts afin que vous le contactiez directement ». Je lui réponds que je suis d'accord, mais que comme je suis au travail toute la journée, il serait plus facile pour moi de parler avec lui par MSN ou Skype que par téléphone. Et puis je pars en week-end.
Modifié le 11/07/2012 à 16h28
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