Le PDG d'Infomaniak Boris Siegenthaler a transféré la majorité des droits de vote de l'entreprise à la Fondation Infomaniak, une nouvelle structure suisse d'utilité publique.

Ces actions spéciales ne pourront jamais être cédées à un tiers. Aucun rachat, aucun investisseur extérieur, aucune transmission héréditaire ne peut désormais modifier les engagements fondateurs de l'hébergeur genevois, dont les services sont utilisés par des millions de particuliers et des centaines de milliers d'entreprises en Europe.
En mars dernier, Infomaniak dévoilait son plan d'investissement de 200 millions de francs suisses et l'arrivée de Paul Such, expert en cybersécurité, à son conseil d'administration. Quelques semaines plus tard, l'entreprise annonce une décision de gouvernance qui change la façon dont ses engagements sont protégés.
Bloquer tout rachat, pour toujours
La Fondation Infomaniak détient désormais la majorité des droits de vote d'Infomaniak Group SA sous forme d'"actions spéciales". Concrètement, une action ordinaire donne à son détenteur le pouvoir de voter sur les décisions importantes d'une société comme la nomination des dirigeants, la vente de l'entreprise, ou les modifications de ses statuts. Ces actions spéciales accordent ce même pouvoir à la Fondation, mais avec une particularité : elles ne peuvent jamais être cédées à un tiers. Les 36 collaborateurs actionnaires d'Infomaniak ont accepté à l'unanimité que les droits de vote attachés à leurs propres actions diminuent en conséquence.
Un plan de transmission progressive du capital aux salariés était en cours depuis plusieurs années. Cependant, ce dernier présentait deux risques, notamment en cas de départs simultanés d'actionnaires-salariés. D'autre part, cela n'empêchait pas une potentielle acquisition.
Avec la majorité des droits de vote, un acheteur peut potentiellement redéfinir entièrement la mission d'une société. Plusieurs acteurs du cloud européen ont connu ce scénario ces dernières années. S'y ajoute évidemment la question du Cloud Act américain, autorisant les autorités des États-Unis à accéder à des données hébergées par des entreprises américaines, même lorsque les serveurs se trouvent en Europe. Infomaniak entend donc se protéger contre toute prise de contrôle par un investisseur lié aux États-Unis.

La Fondation remplit deux rôles distincts. En tant que structure d'utilité publique, elle est soumise à la surveillance des autorités cantonales genevoises, elle soutient des projets indépendants dans quatre domaines : souveraineté numérique et éducation, numérique éthique, environnement et biodiversité, et transition énergétique. Elle est financée par une part allant jusqu'à 5% du bénéfice annuel d'Infomaniak. En tant qu'actionnaire de référence, elle veille au respect d'une "Charte des participations", un document signé devant notaire qui fixe neuf principes fondateurs. Parmi ces derniers, les données clients ne peuvent pas servir à entraîner des modèles d'IA sans consentement explicite et révocable. Ces principes peuvent être renforcés, jamais assouplis.
- storage250 Go
- money_offRemboursement 30 jours
- securityCertificat SSL inclus
- install_desktopCompatible WordPress
Niveau tarifs, Infomaniak n’a pas les offres les plus alléchantes du marché des hébergeurs web, d’autant plus que les noms de domaine ne sont pas inclus. Cependant, l’entreprise suisse a l’avantage de gérer entièrement ses centres de données et d’accorder énormément d’importance à l’écologie, ce qui pourra séduire certains utilisateurs. On apprécie l’interface claire et les hébergements modulables, bien qu’ils ne conviendront pas à tous les utilisateurs.
Éviter les erreurs commises par les concurrents
Ce modèle de fondation actionnaire existe dans d'autres secteurs depuis longtemps. Bosch, Carl Zeiss ou Bertelsmann l'ont adopté il y a plusieurs décennies. Infomaniak affirme qu'aucun acteur du cloud européen n'avait jusqu'ici fait ce choix.
On se souvient du cas de Ciril Group, hébergeur lyonnais de données sensibles pour les collectivités françaises. En 2025, le fonds américain Carlyle avait remporté l'enchère pour son rachat à 525 millions d'euros. Cela avait déclenché une alerte de Bercy sur les risques liés au Cloud Act avant qu'une formule mixte ne soit trouvée in extremis.
De son côté, Interxion, opérateur néerlandais de 53 data centers répartis dans 11 pays européens, a été racheté en 2020 par l'américain Digital Realty pour 8,4 milliards de dollars. Deux ans plus tard, la marque Interxion disparaissait purement et simplement, absorbée par son acquéreur.
D'une certaine manière, on peut également mentionner O2Switch. L'entreprise de Clermont-Ferrand, particulièrement populaire pour son offre unique, a été rachetée en septembre 2022 par le groupe néerlandais Total Webhosting Solutions, avec un remaniement des tarifs et le départ de son fondateur.
Boris Siegenthaler assume la présidence de cette nouvelle fondation pour une phase initiale de trois ans, tout en conservant son rôle de directeur stratégique au sein de l'équipe dirigeante. L'entreprise prévoit prochainement d'ouvrir une partie de son capital à des investisseurs "alignés sur ses valeurs" pour accélérer son développement à l'échelle européenne. La Fondation conservant dans tous les cas la majorité des droits de vote.
- storage20 Go de stockage
- securityChiffrement natif partiel
- alternate_emailDomaine personnalisé en option
- smartphoneApplications iOS, Android
- push_pinJurisdiction Suisse
Il ne manque pas grand-chose à la messagerie d'infomaniak pour pleinement nous satisfaire et nous tenir définitivement éloignés des mastodontes américains. Rassurant avec sa localisation sous le signe d'une confidentialité accrue tout comme grâce à la façon dont la société gère ses datacenters, non sans un regard porteur en matière d’écologie. On apprécie l'arrivée du chiffrement, mais on regrette cette nouvelle interface redondante et inutile.