Quels systèmes de gestion du contenu (CMS) dans les rédactions web ?

Ariane Beky
11 avril 2008 à 09h41
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Logiciels de gestion du contenu de sites internet, les CMS (Content Management Systems) sont les outils clés des rédactions web. Open source ou propriétaires, ils regroupent généralement : une interface d'administration (back office) et utilisateur (front office), un outil d'édition simplifiée de contenus multimédias, des modèles de pages automatisés (templates). Enfin, un outil de gestion du flux d'informations (workflow) permet à l'équipe éditoriale de travailler simultanément sur le contenu du site et aux personnes habilitées à valider ces contenus avant leur mise en ligne.

Des CMS, en veux-tu, en voilà !

Aujourd'hui, les rédactions web, les pure players en particulier, plébiscitent les systèmes libres et open source comme Drupal, Joomla, CMS Made Simple, WordPress et SPIP qui utilisent le langage PHP. On peut également citer Plone, avec Zope comme serveur d'applications, ou encore, côté Java : OpenCMS, MMBase et Magnolia.

Certaines rédactions web, notamment celles des agences de presse et des quotidiens nationaux, créent des systèmes hybrides à partir d'un socle open source. D'autres font le choix du « propriétaire » pour une partie de leurs actifs web, de l'open source pour une autre partie. Ainsi, le quotidien en ligne Liberation.fr a opté pour une solution développée par Nstein Technologies, société Canadienne (et non BT France), mais utilise Drupal pour ses sites voyages.liberation.fr et next.liberation.fr, et SPIP pour ecrans.fr. D'autres, enfin, créent leur propre CMS en s'appuyant sur le stack LAMP (Linux, Apache, MySQL, PHP/Perl/Python).

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Pourquoi l'open source ? Il s'agit, d'une part, d'économiser le prix d'une licence d'utilisation dans certains cas, autrement dit d'obtenir un produit de qualité à un prix inférieur (voire un téléchargement gratuit) à celui d'un logiciel propriétaire, d'autre part, d'adapter ce produit à ses besoins à partir du code source du programme. On peut aussi adhérer à l'écosystème open source, à savoir : une large communauté de développeurs qui assure développements et tests, des contributeurs multiples, des forums actifs et la promesse de mises à jour régulières.

Hors jeu, les systèmes propriétaires coûteux comme Vignette Content Management et Interwoven Teamsite. Ces derniers ne ciblent pas les rédactions web aux effectifs et aux moyens encore limités, mais les grands groupes et les multinationales de Euronext à Nokia. Ces systèmes permettent de gérer des actifs informationnels en ligne (internet fixe/mobile) et hors ligne (print). Par ailleurs, ils doivent pouvoir s'intégrer dans les systèmes d'information existants constitués d'applications de multiples éditeurs (SOA ou Service Oriented Architecture).

Drupal plébiscité

Moins connue des internautes que la solution américaine WordPress, la plate-forme Drupal peut être utilisée pour créer différents sites web, des blogs aux sites communautaires à fort trafic. Né en Belgique en 2001, le projet Drupal fait des heureux parmi les informaticiens et les internautes avertis. Drupal aurait été téléchargé 2 millions de fois et Drupal.org revendique 240.000 membres. Les rédactions web de Forbes et The Onion aux Etats-Unis, Die Welt en Allemagne, Mediapart, France 24 et Rue89 en France, utilisent ce CMS.

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Le témoignage de Rue89

« Nous voulions absolument un logiciel libre par choix économique et par adhésion à une approche en adéquation avec notre modèle participatif. Nous avons comparé différentes solutions, dont WordPress que nous avons écarté, avant d'hésiter entre Joomla et Drupal. Nous avons finalement opté pour Drupal et son architecture modulaire », souligne Laurent Mauriac, co-fondateur et directeur général de Rue89. De son côté, Damien Cirotteau, responsable technique du quotidien en ligne, précise : « nous utilisons Drupal à la fois comme CMS (front et back office) et comme framework pour notre réseau de développeurs indépendants et pour notre activité de prestataire à l'attention d'acteurs comme Glamour ou Le Nouvel Observateur pour Bibliobs. Nous y associons des web services externes dont Google comme moteur de recherche et Google Analytics comme outil statistique, ainsi que des modules additionnels, notamment pour assurer la compatibilité de l'interface avec l'iPhone. J'ajoute que nous pratiquons le développement constant et reversons à la communauté certains de nos développements (patches) ».

Nuxeo, plus qu'un CMS, une plate-forme de gestion de contenu d'entreprise

Conçu par l'éditeur français Nuxeo, le système open source de gestion de contenu Nuxeo Enterprise Platform (EP), alternative aux solutions propriétaires d'ECM (Enterprise Content Management) comme celles du canadien Open Text et de l'américain EMC Documentum, Nuxeo EP est basée sur la plate-forme de développement d'applications Java EE 5, s'appuie sur des standards ouverts et sur une infrastructure modulaire.

Au menu : indexation et recherche avancée (langage de requêtes NXQL), gestion électronique de documents et archives, gestion de l'information structurée et non structurée, import/export de données. Par ailleurs, les différents services Nuxeo peuvent être scindés sur plusieurs serveurs en utilisant Nuxeo Runtime et les possibilités de clustering permises par Java EE. Enfin, via Nuxeo Service Platform (SP), les développeurs peuvent accéder à des services et composants pour créer leurs propres applications de gestion de contenu.

Nuxeo EP équipe notamment les rédactions web de l'Agence France-Presse (AFP) et de l'agence britannique Press Association (PA).

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Le retour d'expérience de l'AFP

« A l'origine du projet, nous cherchions à rénover nos produits multimédias, en particulier le Journal Internet en allemand et en français. Nous travaillons également à l'intégration de notre service multimédia en anglais : AFP News Online », témoigne Daniel Oudet, responsable du groupe ingénierie de l'Agence France-Presse.

Daniel Oudet ajoute : « nous voulions doter les journalistes des desks de production d'applications ouvertes et compatibles afin de pouvoir agréger des sources d'informations tierces aussi bien qu'internes. Nous avons réalisé une étude de marché en 2003 et nous en avons déduit un cahier des charges. L'idée était également de profiter de l'occasion pour migrer d'un système 'maison' écrit en C sous Unix, devenant difficile à faire évoluer, vers un système supportant en interne le format NewsML, architecturé autour d'un système de gestion de contenu fiable, performant et ouvert. Nous avons sollicité plusieurs fournisseurs, mais la plupart des solutions proposées étaient trop ciblées 'impression papier' et donc pas tout à fait adaptées à nos besoins. Nous avons donc opté pour une combinaison de solutions, celle de Profium (SIR, Semantic Information Router), pour la brique concernant les entrées/sorties, et celle de Nuxeo (EP, Enterprise Platform), pour la partie CMS et la console de travail sous Eclipse ».

A quel prix ? « Pour ce projet, précise Daniel Oudet, nous disposons d'une enveloppe de départ de 200.000 euros - elle couvre l'appel d'offres et le projet initial (matériels et logiciels pour les desks de Berlin et Paris). Mais l'enveloppe finale n'est pas encore fermée, les autres desks étant concernés. Aujourd'hui, nous nous approprions la solution en ingénierie et en exploitation, et Nuxeo nous accompagne pour les évolutions du CMS ». Un tel budget n'est pas l'apanage de tous.

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Le choix du stack LAMP, l'expérience de CNET Networks France

« CNET Networks France utilise un système de gestion de contenu produit en interne sur une architecture open source de type LAMP », indique Mustapha Omar, directeur technique de CNET Networks France. Avant d'ajouter : « nous utilisons également des outils open source 'clés en main' pour des projets spécifiques afin de raccourcir les délais de mise en ligne de nouveaux services. Ce fut le cas, par exemple, en 2004 avec WordPress pour l'intégration de blogs d'experts sur ZDNet.fr et BusinessMobile.fr ».

« Les raisons qui ont motivé notre choix sont d'abord culturelles, liées à des impératifs d'innovation et de personnalisation », précise Mustapha Omar. « En effet, la technologie est un élément fondamental de la vision média de CNET pour produire des contenus interactifs et accessibles. Des raisons budgétaires ont également influencé notre décision : pour limiter les coûts de développement, nous avons fait le choix de mutualiser nos efforts en adoptant un même CMS pour tous nos sites CNET hors Etats-Unis (France, Royaume-Uni, Australie, Asie, etc.) J'ajoute que CNET est un pure player internet avec des sites médias lancés dès 1995, date à laquelle les CMS open source n'étaient pas aussi répandus qu'aujourd'hui. D'ailleurs, pour la petite histoire, le système de publication CNET aux Etats-Unis, également développé en interne, a par la suite donné naissance à un outil devenu depuis un produit commercial réputé : Vignette StoryServer ».

Satisfait du CMS en place ? « Le niveau de satisfaction est assez bon », déclare Mustapha Omar. Avant de conclure : « maintenir un niveau de satisfaction élevé passe, chez CNET, par des refontes régulières généralement réalisées en collaboration avec les principaux utilisateurs internes (journalistes...) L'idée étant d'éviter qu'un système techniquement avancé soit inadapté pour un usage quotidien ».
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Choisir un CMS, un casse-tête ?

Pour une rédaction web et sa direction, choisir un CMS ne devrait pas être un casse-tête, à condition d'étudier de près les systèmes proposés sur le marché et de définir ses priorités : quels sont les moyens humains, techniques et financiers dont dispose l'entité pour déployer et maintenir le CMS ? Quels besoins devra satisfaire le système ? Quels contenus devront être traités et diffusés ? Comment devra évoluer le système ? Combien de collaborateurs utiliseront le CMS ? Quelle est leur dispersion géographique ?
Modifié le 20/09/2018 à 15h54
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