Cyberattaques, fuites de données, dépendance aux géants américains… Voilà quelques années déjà que la protection des informations sensibles est devenue un enjeu stratégique pour l’Europe. Une piste technologique se démarque, à savoir le cloud dit « air-gapped », une infrastructure conçue pour fonctionner sans connexion à Internet. Avec Clarence Cloud, cette approche prend une nouvelle dimension, jusqu’à permettre l’utilisation de l’intelligence artificielle dans un environnement isolé.

Aujourd’hui, le cloud est devenu tellement incontournable qu’on en oublie parfois ce qu’il implique, et notamment confier ses données, ses applications et une partie de son infrastructure informatique à un prestataire extérieur. Pour une entreprise, une administration, un acteur stratégique ou un simple particulier, cette dépendance peut soulever des questions bien concrètes. Que se passe-t-il lorsque les données hébergées sont particulièrement sensibles ? Comment s’assurer qu’elles restent protégées face aux cyberattaques, mais aussi aux législations étrangères ?
Une question d’autant plus importante quand on voit à quel point les attaques informatiques se multiplient et que les fuites de données continuent de faire la une de l’actualité. Dans ce contexte, des acteurs comme Clarence Cloud explorent une approche radicale, celle de conserver les avantages du cloud… tout en supprimant sa connexion à Internet.
Souveraineté numérique : pourquoi l’Europe doit-elle protéger ses données ?
Vous le savez sans doute, le cloud traditionnel repose sur des infrastructures accessibles à distance. Cette souplesse facilite le travail collaboratif, le déploiement d'applications et l'accès aux ressources informatiques, mais elle élargit aussi la surface d'attaque. Une faille logicielle, un compte compromis ou une simple mauvaise configuration peuvent suffire à exposer des données.
Stocker des informations en Europe ne garantit pas, à lui seul, qu'elles échappent à toute influence juridique étrangère. Le Cloud Act américain, adopté en 2018, peut notamment permettre aux autorités américaines d'obtenir certaines données détenues ou contrôlées par des fournisseurs soumis à la juridiction des États-Unis, sous réserve des conditions légales applicables.
Autant dire que pour les organisations, il est impératif de s'intéresser à la gouvernance des données, au contrôle des accès, à la juridiction applicable et à la sécurité de l'infrastructure.
La souveraineté numérique implique de garder la maîtrise des données, des systèmes et des accès, tout en réduisant les dépendances susceptibles de fragiliser une organisation. Et, dans certains cas, la réponse consiste à aller plus loin que les protections habituelles du cloud.
C'est quoi, un réseau « air-gapped » ou totalement déconnecté ?
Le principe de l'air-gapping, littéralement, le « fossé d'air », désigne une séparation entre un système informatique et les réseaux extérieurs. L'infrastructure concernée est alors isolée physiquement d'Internet et des autres réseaux non autorisés.
Pour faire simple, aucun accès direct depuis Internet ne permet de communiquer avec les machines protégées. Un pirate ne peut donc pas simplement exploiter une vulnérabilité à distance pour pénétrer dans cet environnement, comme il pourrait tenter de le faire sur un serveur exposé en ligne. Cette séparation constitue une barrière particulièrement forte contre les ransomwares et les intrusions à distance.
Attention, toutefois, tous les risques ne disparaissent pas, et un équipement compromis lors d'une intervention, un support amovible infecté, une erreur humaine ou une faille interne peuvent toujours représenter une menace. L'air-gapping réduit drastiquement les possibilités d'attaque à distance, sans remplacer pour autant les autres mesures de cybersécurité.
D’accord, mais… Comment profiter d'une infrastructure informatique moderne sans pouvoir la connecter au reste du monde ? Il faut notamment organiser les mises à jour, contrôler les transferts de fichiers, gérer les accès des administrateurs et superviser les équipements sans compromettre l'isolation. Chaque échange doit être strictement encadré.
C'est là que la notion de cloud air-gapped devient intéressante, puisque l’objectif n'est pas de revenir à une salle informatique figée, déconnectée de toute évolution, mais bien de conserver les capacités d'une infrastructure cloud (avec le calcul, le stockage, la virtualisation et le déploiement d'applications…) dans un environnement fermé.
Clarence Cloud : concilier cloud souverain, isolation et intelligence artificielle
L'air-gapping n'est pas réservé aux systèmes militaires et autres infrastructures critiques. Des architectures modernes permettent désormais de réunir des ressources de calcul importantes, des outils d'administration et des applications dans un environnement isolé. Google Distributed Cloud air-gapped illustre cette approche, avec une infrastructure conçue pour fonctionner sans dépendance à une connexion à Google Cloud ou à Internet.
Cette architecture ouvre la voie à des usages spécifiques, notamment dans les secteurs qui doivent traiter des données sensibles tout en conservant un contrôle strict sur leur environnement informatique. Elle permet également d'envisager l'exécution de modèles d'intelligence artificielle localement, sans envoyer les données vers un service accessible depuis Internet. De quoi exploiter l'IA, sans exposer ses informations à des plateformes externes.
C'est sur ce terrain que se positionne Clarence Cloud, qui présente son offre comme « le premier cloud souverain totalement déconnecté d'Europe ». Ici, il s’agit de réunir les capacités d'une infrastructure cloud moderne et les exigences d'un environnement isolé, afin de répondre aux besoins de ceux pour qui la confidentialité et la maîtrise technique ne sont pas négociables.
Pour les entreprises, les administrations ou les acteurs stratégiques, l'intérêt dépasse la seule protection contre les cyberattaques. L'enjeu est de pouvoir exploiter des outils numériques avancés, y compris l'intelligence artificielle, sans devoir ouvrir une porte permanente vers Internet.
Bien entendu, une architecture air-gapped ne suffit pas, à elle seule, à garantir une souveraineté absolue. Pour cela, les conditions contractuelles, la maîtrise des logiciels, les accès d'administration et la chaîne d'approvisionnement restent déterminants. Mais cette approche apporte toutefois une réponse technique concrète à comment bénéficier de la puissance du cloud sans exposer systématiquement ses données au monde extérieur.