// Hadopi : quelles alternatives légales au P2P ?
Publié par Stéphane Ruscher le Mardi 12 Mai 2009
Sommaire
Conclusion
Que retenir de notre tour d'horizon de l'offre légale actuelle ? On pourrait répondre par l'analogie du verre à moitié vide ou à moitié plein. Dans le rôle de la partie pleine, on trouvera la musique : même s'il subsiste des problèmes, notamment au niveau des tarifs qui ont tendance à stagner voire à augmenter au lieu de baisser, il faut bien admettre que l'offre est aujourd'hui pléthorique. Il reste évidemment des niches moins couvertes que d'autres, et n'importe quel fan de musique pointue comme le métal aura toujours des exemples d'artistes « totalement introuvables sur iTunes ». De même, certains artistes ou leurs ayants droit rechignent toujours à proposer leur musique sur des sites de téléchargement. Néanmoins, on trouve à peu près ce que l'on veut à l'achat, et désormais sans DRM et avec une qualité d'encodage supérieure à ce qui était la norme il y a encore un an. Ajoutez à cela des sites de streaming qui, sans être des bases de données universelles, donnent globalement satisfaction. Nombre des arguments en faveur du P2P, qui étaient tout à fait valides il y a 5 ans, n'ont donc plus cours aujourd'hui.La situation est nettement moins rose en ce qui concerne la vidéo. La VOD fait clairement du surplace : les catalogues des différents sites sont ridicules face à la richesse de la production cinématographique mondiale, les DRM sont encore une plaie qui limite la compatibilité des offres avec toutes les plates-formes (quand il ne faut pas carrément un navigateur ou un logiciel spécifique pour y accéder) et les tarifs ne sont pas attractifs, notamment en ce qui concerne le téléchargement définitif qui ne propose absolument aucun avantage par rapport à l'achat d'un DVD. Tout n'est pas à jeter cependant : la « catch up TV » propose des débuts plutôt intéressants et certaines initiatives sont à souligner, comme celle de TF1 Vision qui propose régulièrement des épisodes de ses séries en VO sous-titrées, le lendemain de leur diffusion aux Etats Unis, une excellente idée pour répondre directement à une demande qui se dirigerait autrement sur les canaux illégaux.
Au final, le fond du problème vient surtout du manque d'initiative des producteurs de contenu. L'impression qui émane de l'examen des débats sur le téléchargement illégal est celle d'un déséquilibre entre des dispositifs de sanctions qui occupent la majeure partie des échanges et des promesses évasives sur le développement de nouveaux modèles d'offre légale, à grands coups « d'engagements forts » et autres « laissons-leur un peu de temps » (au passage, la VOD a au moins 4 ans en France). On passe alors du verre à moitié vide à l'analogie de l'oeuf et de la poule : les défenseurs de la loi Hadopi répliqueront qu'une législation permettant des sanctions efficaces est préalable au développement de l'offre légale, ce qui fournit une excuse aux producteurs pour se retrancher et ne pas innover. On peut également penser que faire preuve d'audace et faire confiance à l'utilisateur peut s'avérer payant et attirer une partie des utilisateurs des réseaux P2P. Peut être pas tous, car il y aura toujours des utilisateurs pour préférer rester dans l'illégalité afin de ne pas passer à la caisse. Pour ces derniers, on ne pourra rien faire : leur expliquer le concept de juste rémunération du travail d'un artiste semble être une cause perdue d'avance. Mais on peut raisonnablement penser que la plupart des adeptes du P2P seraient prêts à payer pour une offre légale au moins aussi attractive que ce que l'on trouve illégalement, et que parvenir à cette offre n'est pas insurmontable techniquement ou juridiquement. Puisqu'il semble à peu près inévitable que la loi Hadopi passe sous une forme ou une autre, l'avenir nous dira si ce dispositif de sanctions « douces » (pour reprendre les mots de Madame la Ministre de la Culture) favorise l'innovation ou permet au contraire aux producteurs de contenu de camper sur leurs positions...
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Article du Mardi 12 Mai 2009 par Stéphane Ruscher


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