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Environnement, recyclage : entretien avec Lexmark

Environnement, recyclage : entretien avec Lexmark

Publiée par Anne le Jeudi 5 Avril 2007

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Le cadre législatif du recyclage

Interview Lexmark environnement - illustration
Les questions d'environnement se sont enfin frayé un chemin dans les consciences et le débat public, et c'est tant mieux. Après des décennies de mauvaises pratiques qui ont consisté à entasser les déchets « gris » dans les décharges ou à les enfouir, l'heure est enfin aux questions de tri sélectif, de recyclage et de « seconde vie » pour tous ces produits informatiques, presque aussi vite abandonnés qu'achetés. Depuis le 13 août 2005, les constructeurs sont financièrement responsables pour les déchets qu'ils occasionnent. Pour autant, ce cadre juridique ne peut à lui seul suffire à résoudre ces questions d'environnement. C'est plus généralement à chacun, à l'échelon qui est le sien, de participer à la réduction de la consommation, des émissions et des déchets. L'entreprise en proposant des produits plus « verts », le citoyen en les adoptant et en réapprenant quelques gestes simples, comme celui qui consiste à éteindre son imprimante le soir en même temps que l'ordinateur. Nous avons demandé à Béatrice Marneffe, Directeur EMEA du développement durable pour Lexmark et responsable des relations avec les institutions, de revenir pour nous sur ces problématiques environnementales et de nous les présenter sous leur angle « grand public ».


Clubic.com - Pouvez-vous commencer cette interview en décrivant quelles sont vos fonctions au sein de Lexmark ?

Béatrice Marneffe : J'ai la responsabilité des relations avec les institutions européennes et nationales qui émettent et publient des législations. Le but de ces relations n'est pas de freiner des quatre fers devant les directives, mais de faire en sorte qu'elles prennent en compte les enjeux industriels. On adhère bien évidemment à cet objectif, maintenant notre travail est de faire en sorte que la manière dont les directives sont mises en œuvre et rédigées ne compromettent pas d'autres sujets économiques, ou environnementaux d'ailleurs. Notre rôle est donc d'aider à l'éducation du législateur et de contribuer à la rédaction des législations pour qu'elles puissent être mises en œuvre dans les conditions les plus optimales.

Ca, c'est la première partie de mon rôle. La seconde, c'est que je suis directeur EMEA du développement durable pour Lexmark . Si vous voulez, la problématique environnementale c'est trois choses :
  • travailler sur notre consommation (de ressources, énergétique…) et la réduire ;
  • réduire les émissions (C02, ozone…) ;
  • réduire les déchets.
Il y a donc trois thématiques sur lesquelles on doit travailler, à l'échelon du citoyen, de l'entreprise ou des autorités. Au sein de Lexmark, on travaille sur ces trois axes. Comment ? D'abord en adoptant une approche cycle de vie au niveau des produits, car en tant que constructeur, on travaille sur ces trois thèmes à chaque étape du cycle de vie de nos produits. Dès le design, on intègre ces trois critères, ensuite la production, ensuite le transport, ensuite la période de vie des produits, puis la période de fin de vie.

Clubic.com : Est-il possible de revenir sur les directives qui vous concernent, et sur ce qu'elles imposent aux constructeurs ?

Interview Lexmark environnement - illustration
Béatrice Marneffe : A part les directives de sécurité de produit qui existent depuis des années (tout ce qui est directives sécurité, électricité, compatibilité électro-magnétique…), la Commission a rédigé une directive qui est entrée en application le 13 août 2005, et qui est une directive sur la fin de vie. Donc la commission a commencé à nous réguler sur la fin de vie, avant de s'intéresser au design des produits. Pourquoi ? Parce qu'on a un problème majeur en Europe du fait de l'arrivée massive de produits électroniques grand public sur le marché, et aussi du fait de l'arrivée de produits « low cost » dont la durée de vie est plus courte, et qui génèrent donc de plus en plus de déchets. Aujourd'hui, je crois que plus de 80% de ces équipements terminent encore en décharge et donc ne sont pas recyclés proprement.

Donc la première directive qui s'appelle la DEEE en France est une directive basée, au niveau légal, sur un article environnement du traité, ce qui veut dire que chacun des états membres a eu l'autorisation et la liberté d'adapter cette directive à son contexte national. La DEEE n'est pas harmonisée, ce qui veut dire que chacun des pays l'a implémentée selon sa convenance. Pour nous, ça a généré des contraintes complètement différentes d'un pays à un autre. Par exemple, les formats d'enregistrement sont différents d'un pays à un autre, les déclarations se sont faites selon des modalités différentes, un pays s'intéressant au poids, l'autre au volume, sachant que pour certains il faut ajouter le câble, les consommables, etc. Juste pour vous expliquer que cette première directive a été lourde en termes de coût pour les producteurs.

Le but de cette directive est de limiter les déchets et de rendre financièrement responsables les constructeurs pour les déchets qu'ils occasionnent. On est maintenant responsable et on doit payer pour le recyclage des déchets que l'on met sur le marché. Finalement, en plus de ce coût, que l'on accepte mais que l'on aimerait aussi avoir la latitude d'optimiser, nous avons aussi dû supporter des coûts indirects dus à la variété d'implémentation dans les pays. Le coût maintenant est intégré aux produits pour les produits mis sur le marché depuis le 13 août 2005 et l'on contribue au coût de traitement des déchets dits « historiques », c'est-à-dire mis sur le marché avant. Sur le marché grand public, cela se traduit par l'écotaxe.

Clubic.com : Cette taxe, c'est le consommateur qui la paie, ou vous aussi ?

Béatrice Marneffe : Non, c'est nous qui la payons. Mais cette taxe est rendue visible parce que la directive avait aussi une provision qui tendait à éduquer le consommateur. Et pour éduquer le consommateur, il fallait la lui rendre visible. Le consommateur doit donc s'acquitter d'une écotaxe quand il achète l'imprimante. Mais en fait, cette écotaxe, c'est nous qui la payons in fine car nous sommes dans un marché compétitif, et que cette taxe est intégrée au prix du produit. Donc le but est de la rendre visible (qui est une décision française, ce n'est pas vrai en Allemagne où le coût est invisible mais intégré dans le produit), c'est que le gouvernement pensait que ça aurait un meilleur effet pédagogique.

Clubic.com : Qu'en est-il de la deuxième directive ?

Béatrice Marneffe : La deuxième directive mise en place le 1er juillet 2006 (traduite dans les mêmes textes par exemple en France, car le décret qui promulgue la D3E promulgue aussi cette directive), s'appelle la directive RoHS. Elle vise à éliminer des produits six substances dangereuses, parmi lesquelles le plomb, le cadmium et le chrome hexavalent. Elle a également pour but de simplifier le recyclage des produits en fin de vie. Lexmark a mis en place tous les moyens appropriés pour garantir la totale conformité de ses produits. Je précise que la directive DEEE ne concerne pas les cartouches, sauf celles qui sont dans l'imprimante au moment où l'utilisateur s'en défait.

Ca, c'est pour les deux premières directives. Une troisième est en train d'arriver. Si on se rapporte au cycle de vie, la DEEE concerne les produits en fin de vie, la directive RoHS sur les substances dangereuses concerne à la fois le design et la fin de vie, et la troisième, qui s'appelle Energy-using Products (EuP) concerne le design des produit Elle s'appelle Energy-using Products : EuP). Elle vise à imposer des caractéristiques de design si ces caractéristiques peuvent permettre d'économiser beaucoup d'énergie. La commission a donc voté une directive cadre qui ne touche aucune gamme de produit particulièrement, et pour l'instant elle est en train d'étudier certaines lignes de produits, dont les imprimantes, pour voir si ça vaut le coup de les légiférer. Nous sommes donc en train de travailler avec les consultants sur les imprimantes, et notamment sur les imprimantes grand public car ce sont elles qui ont les volumes les plus importants, pour voir si on mériterait à être régulés, c'est-à-dire s'il y a suffisamment matière à amélioration. Si c'est le cas, nous serons légiférés.

Clubic.com : Actuellement, ce travail se fait vraiment avec vous, en concertation ?

Béatrice Marneffe : La commission a donné des mandats à des sociétés de conseil, c'est-à-dire des techniciens qui sont des spécialistes du cycle de vie, de l'impact environnemental des produits et de l'éco-conception. Une fois qu'ils auront regardé tous les éléments (les volumes mis sur le marché, les marges de manœuvres, les marges de progression…), ils vont revenir vers la Commission pour dire « Nous on pense que ça vaut le coup » ou bien « Laissez donc ces constructeurs-là » et imposez leur plutôt de faire un apport volontaire pour respecter les critères d'énergie.

Clubic.com : D'accord. Donc, c'est vraiment fait en bonne intelligence ?

Béatrice Marneffe : Oui, et en plus cette directive sera une directive marché intérieur, dont la transposition sera le reflet de ce qui s'est passé en Europe. Donc on ne risque normalement pas d'avoir des critères différents de design d'un pays à l'autre, ce qui serait absolument une catastrophe pour nos industries, parce que vous savez nos industries sont des industries globales, et on n'a pas de produits différenciés d'un pays à l'autre.

Clubic.com : Le design est un mot un peu flou, que l'on a tendance à utiliser dans un autre contexte et qu'il serait donc intéressant d'expliquer un peu mieux. Par ailleurs, quand vous dites que ces caractéristiques de design visent à faire gagner de l'énergie, qu'est-ce que vous entendez par « gagner de l'énergie » ?

Béatrice Marneffe : Le design c'est de l'éco-conception, c'est la construction du produit. C'est d'intégrer les critères environnementaux au cahier des charges de la conception d'un nouveau produit. C'est quelque chose qu'on fait déjà, on n'a pas attendu la législation pour le faire. Quand on accouche d'un produit, ce produit est le meilleur compromis entre les caractéristiques de fonctionnalité que le client nous demande, les caractéristiques d'environnement auxquelles il faut souscrire, et les caractéristiques de coût. On essaie d'obtenir le meilleur compromis entre tout ça.

Clubic.com : Ces questions sont intéressantes. En même temps, est-ce qu'on ne pourrait pas voir un autre axe de progrès, qui serait d'allonger la durée de vie des produits ?

Imprimante Lexmark X3470
Béatrice Marneffe : Exactement, c'est d'ailleurs un autre point mentionné dans les premières conclusions des études. C'est une question intéressante, car comme je le disais à l'instant, c'est une question de compromis entre les fonctionnalités et la technologie. On va parler du marché qui est le vôtre, c'est-à-dire la technologie jet d'encre. C'est une technologie qui n'est pas aussi mature que la technologie laser qu'on a sur le marché professionnel. (Clubic.com : Pour ce qui vous concerne ou pour ce qui est de tous les constructeurs ?) Pour tous les constructeurs. Vous avez dû remarquer, dans les deux dernières années, le nombre de nouveautés et d'innovations qu'on a pu apporter aux produits grand public. On a intégré les caractéristiques photo, la couleur, le multifonction, etc. On a accru la qualité et la vitesse. Donc la technologie qui n'était pas mature faisait que les nouvelles gammes arrivaient tous les six mois, ce qui allait à l'encontre de cet aspect environnement. Et je pense qu'on est en train d'arriver (là c'est moi que ça engage), à une technologie plus mature qui va permettre d'avoir des produits dont la durée de vie sera supérieure. Voyez par exemple, dans les dernières gammes Lexmark, on a intégré le recto-verso standard. Ca, c'est un compromis – c'est une demande client -, mais c'est aussi une demande de critère environnement à intégrer. Tout est une question de maturité.

Par exemple, il y a quatre ans environ on avait proposé pour le grand public une cartouche haut rendement. Evidemment, cette cartouche avait un prix facial un peu supérieur au prix de la cartouche bas rendement. Et ça a fait un flop. Nous l'avions introduite essentiellement pour des questions d'environnement et de génération de déchet (si vous souvenez des trois critères). Et bien c'était trop tôt, on a fait un flop, ça n'a pas marché. Pareil pour les programmes de recyclage pour le grand public. Il y a trois ans on a lancé un programme « Le sac dans la boîte ». A l'époque le taux de retour était extrêmement faible, et finalement on s'est dit qu'on faisait une contre-performance en générant plus de déchets du fait que le sac (en plastique et hermétique pour pouvoir passer à la poste) finissait lui aussi à la poubelle. On s'est arrêtés pendant deux ans, et là on est en train de reprendre, parce qu'on a remarqué – et on a fait des études qui nous le montrent – que la sensibilité à l'environnement est vraiment en train de croître très rapidement, et on pense que le taux de retour va être supérieur à ce qu'il était.

Clubic.com : Donc vous avez été trop en avance sur votre temps ?

Béatrice Marneffe : C'est toujours le problème : qu'il faut être juste au bon moment, pas trop en avance, pas trop en retard, et toujours trouver le meilleur compromis entre ces trois choses qui sont les fonctionnalités client, le coût (si on ne maintient pas un coût raisonnable, on va sortir du marché) et l'environnement.

Clubic.com : Pour revenir sur les questions de durée de vie supérieure des produits, comment est-ce qu'on peut concrètement y arriver : est-ce que ça va être en proposant des produits plus matures (le marketing proposera des produits à des rythmes moins rapides…) ?

Béatrice Marneffe : Il y a plusieurs solutions. Il y a cela mais pas seulement. D'abord les machines sont plus haut de gamme, et comme le marché évolue vers un besoin supérieur, peut-être que le gadget va être moins de mise. Les gens ont maintenant dans les produits des fonctionnalités de base auxquelles ils aspirent, donc ils ne vont pas avoir besoin de changer tous les six mois. Et sinon chez Lexmark on a tout de même quelque chose de particulier, qui fait que l'on peut évoluer en faisant évoluer la cartouche, car la tête de lecture de l'imprimante est dans la cartouche, c'est-à-dire que dès qu'on change de cartouche, c'est comme si on avait une imprimante neuve quasiment. Finalement, on n'a pas besoin de changer la partie mécanique trop souvent.

Clubic.com : En même temps, n'y a-t-il pas un problème au niveau des imprimantes premier prix qui coûtent moins de 50 euros, et qu'il est presque plus économique de remplacer par une neuve lorsque les cartouches sont vides ? N'y a-t-il pas quelque chose à faire pour éviter que les gens abandonnent un matériel qui marche encore pour aller vers une solution à première vue plus intéressante, car elle leur permet de repartir sur du neuf pour un prix à peine supérieur ?

Béatrice Marneffe : Vous avez raison, mais le modèle va changer, poussé encore une fois par la maturité des clients et de celle la technologie. La maturité du client qui lui ne va pas accepter ce genre de chose pour des questions environnementales ou autre en se disant « c'est ridicule, je ne vais pas jeter quelque chose qui fonctionne uniquement parce que… », mais plutôt « Je vais m'équiper de quelque chose de meilleure qualité, et la garder plus longtemps ». Tout évolue en même temps, et je pense que le modèle est en train de changer. Mais on n'avait pas le choix jusqu'à présent sur ce marché, qui était tiré à la baisse par des produits, et vous avez raison, les imprimantes avaient un prix ridicule par rapport aux cartouches. Maintenant, encore une fois chez Lexmark, ou chez HP d'ailleurs, une grosse partie de la technologie est dans la cartouche, ce qui justifie le fait que la cartouche ait un prix élevé, tandis que les imprimantes, elles, ne margent pas trop. Mais je pense que le modèle va évoluer pour se diriger vers des prix d'imprimantes qui vont monter et des prix à la page qui vont baisser.

Clubic.com : Donc ça incitera les gens à garder plus longtemps un matériel, sachant que ce n'est pas forcément la robustesse du matériel qui est en question, la tendance (je ne sais pas si vous confirmez) étant de se défaire d'un produit qui marche encore pour aller vers un produit qui a plus de fonctionnalités ?

Béatrice Marneffe : Oui, je pense qu'il y a une question de maturité de technologie effectivement.

Clubic.com : Retour aux directives…

Béatrice Marneffe : Ca, ce sont les trois directives qui concernent nos produits. Il y a une quatrième directive qui peut les concerner- on n'en est pas encore tout à fait certains -, c'est une directive sur l'enregistrement des substances qui s'appelle REACH. C'est une directive qui a fait beaucoup de bruit notamment auprès des ONG, de Greenpeace et des gens de l'industrie chimique. Elle a pour but d'imposer que toute utilisation nouvelle d'une substance chimique dans une application soit enregistrée, pour éviter justement de se retrouver avec des substances chimiques utilisées dans des contextes dangereux. En l'occurrence, la seule chose que ça puisse faire est de donner une information aux consommateurs sur nos cartouches, mais sur le plan des substances elles-mêmes, et de l'enregistrement on n'a aucun problème, car d'abord nos substances sont toutes enregistrées déjà dans un registre mondial (parce qu'on a une production mondiale), et ensuite nos cartouches (les toners et les encres de nos cartouches) ont été évalués par divers organismes, dont un organisme qui les a testés au regard des critères de la Commission, et il n'y a pas de soucis.

Clubic.com : Cette directive est faite pour prévenir plutôt que guérir ?

Béatrice Marneffe : C'est exactement ça. Mais s'il y a eu autant de lobby autour de cette directive, c'est qu'elle est très très, très lourde à mettre en œuvre.

Clubic.com : Au niveau administratif, des preuves à fournir ?

Béatrice Marneffe : Voilà. Au niveau des législations, c'est donc tout ce que nous avons. Nous sommes aussi soumis aux législatives sur le packaging des produits, c'est-à-dire le recyclage du packaging, ce que l'on fait. Rien de bien particulier à mentionner à ce sujet.

 
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