M. Weill, AFNIC : "Nous assistons à l'émergence d'un second marché des noms de domaine"

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Mathieu Weill, directeur général de l'AFNIC, répond aux questions de NetEco.com à l'occasion d'un atelier presse organisé par l'association chargée d'assurer la gestion administrative et technique des noms de domaine en '.fr' (France) et en '.re' (Réunion).

AB - Mathieu Weill, bonjour. Quelque 857.000 noms de domaines en '.fr' ont été déposés à ce jour. Ce chiffre fait pâle figure par rapport aux 11 millions de '.de' allemands, aux 6 millions de '.uk' britanniques. Comment expliquez-vous cette différence ?

MW - Essentiellement par une différence d'approche du marché, de sensibilité et de culture numérique, mais en aucun cas de modèle. L'AFNIC est une association à but non lucratif, le registre allemand, DNIC, est une coopérative (« eG »), le registre britannique, Nominet, est une société à but non lucratif (« not-for-profit company »). L'Allemagne et le Royaume-Uni ont opté pour des politiques d'enregistrement très libérales qui faisaient exception à la fin des années 1990. En France, les règles sont différentes, plus protectrices.

J'ajoute que l'AFNIC a été créée en 1997 à l'initiative de l'INRIA (Institut national de recherche en informatique et en automatique) et de l'Etat pour assurer la gestion administrative et technique des noms de domaine en '.fr' et en '.re' (Ile de la Réunion). Le rôle de l'AFNIC est avant tout de s'attacher à ce que cela ne soit pas le chaos (en France ça aurait été mal vécu). Il ne s'agit pas de faire de la quantité au détriment de la qualité, mais de donner du sens au nom de domaine, de prévenir les litiges. Est-ce un obstacle à l'adoption du '.fr', voire du '.eu' dans le pays ? En France, une vraie dynamique commerciale autour des domaines ne s'est jamais développée. La maturité du marché français viendra avec une plus grande visibilité des acteurs, registres, hébergeurs, comme les FAI 'grand public' aujourd'hui. Enfin, en terme de visibilité, d'impact sur Internet de « la marque » France, les contenus en langue française priment sur le choix du nom de domaine.

AB - Qu'en est-il du financement de l'AFNIC ?


MW - En 2006, le budget de l'AFNIC était de 5,5 millions d'euros. 10% de ce budget émane des cotisations des membres, plus d'un millier de bureaux d'enregistrement dont une centaine de très actifs. Le reste provient des prestations facturées aux bureaux d'enregistrement. En tout cas, nous fonctionnons sans subvention de l'Etat, nous assurons notre autofinancement. Notre équipe, 40 personnes, travaille essentiellement à des missions techniques : attribuer les noms de domaine, en garantir l'accessibilité, administrer la base WHOIS. Nous assurons, par ailleurs, une mission d'intérêt général : continuité, concertation, respect du consensus entre toutes les parties prenantes, sans discrimination, veille et anticipation de ce que sera l'Internet de demain. J'insiste, nous ne sommes pas en relation avec l'utilisateur final, mais avec des bureaux d'enregistrement, notre objectif n'est pas de tirer profit de notre activité.

AB - L'AFNIC s'est aussi de la veille et de la R&D. Quelle est son approche en la matière ?

MW - Nous contribuons au développement de l'Internet, au niveau français : par la sensibilisation et la formation (formation de formateurs, Tour de France du numérique, etc. ), à l'international : par la coopération (IETF, contribution et suivi concernant la standardisation et les travaux autour du DNS, de l'IPV6, etc.) On réfléchit, par ailleurs, au type d'architecture qui sera utilisé à l'avenir. Aujourd'hui, une entreprise utilise un DNS pour s'identifier (identifiant unique), d'autres systèmes pourraient émerger. On s'interroge, enfin, sur d'autres tendances, un Internet des objets va-t-il émerger ?

AB - Quelles sont les tendances d'avenir en matière de DNS ?

MW - Un « second marché » se dessine, à dissocier du cybersquatting. Ce second marché fluidifie les cessions de noms déposés légitimement, avec une dimension spéculative évidente... La valorisation des noms de domaine est cruciale. Dès le moment où il est enregistré, un nom de domaine devient un bien immatériel soumis au marché, sa valeur peut dépasser sa valeur nominale (prix initialement fixé) dès l'instant où le titulaire commence à capitaliser sur la notoriété du nom de domaine à des fins d'optimisation de présence ou de génération de trafic. Certains déposent un nom de domaine pour une opération commerciale : une revente (Masculin.com a été revendu à 150.000 euros. Toutefois, sur les 17.000 transactions identifiées l'an dernier le prix moyen est de 5.000 euros) ou un « parking » qui pointe vers des liens contextuels rémunérés au clic (cf. hotelstatus.com ou courses.fr). Le « parking » a ses places de marché, comme AfterNIC.com, auprès desquelles l'AFNIC cherche à mieux appréhender l'évolution du secteur.

Les entreprises doivent prendre conscience en amont de cette évolution pour valoriser et protéger leurs actifs. Désormais, les noms de domaine sont officiellement listés parmi les éléments pouvant être comptabilisés en tant qu'actifs immatériels (norme IFRS - IAS 38). Il est intéressant de passer de la stratégie défensive à l'offensive. L'intérêt marketing et économique du choix de noms de domaine, du '.fr' notamment, est évident. Cela concerne la protection des marques (choix des extensions, dépôts multiples) et la visibilité (optimisation de présence et création de trafic).

AB - Mathieu Weill, je vous remercie.

Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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