le jeudi 21 avril 2016

Flyboard Air : notre entretien avec son inventeur

Nombreuses sont les personnes qui ont cru à un canular. Pourtant, le Flyboard Air, sorte de « Jet board » (en référence au Jetpack qui existe depuis des années), est bel et bien réel. Nous avons pu nous entretenir avec Francky Zapata, de Zapata Racing, qui a évoqué pour nous son invention et plus particulièrement son fonctionnement.

La genèse du projet


Concevoir et commercialiser le Flyboard n'a pas suffi à Francky Zapata. Cet ancien pilote d'essai de jet-ski, deux fois champion du monde dans la catégorie F1 Run, sept fois champion d'Europe, a arrêté l'école très tôt. Ce qui ne l'a pas empêché d'inventer sa planche hydro-propulsée. « Durant mes 15 ans d'expérience en tant que pilote d'essai, j'ai observé le travail des ingénieurs, et j'ai beaucoup appris. Et finalement, je me suis dit que j'étais aussi capable de faire ce qu'ils faisaient ». Francky Zapata s'est alors mis à étudier, la plupart du temps via Internet. C'est donc en autodidacte qu'il a conçu le Flyboard, puis sa déclinaison le Flyboard Air.

Cet engin, que l'on peut qualifier de « Jet board », il y pense depuis longtemps. Et le travail a commencé il y a plusieurs mois, pour finalement aboutir à un premier essai il y a environ un mois. « Au premier test, j'ai fini à l'eau. Mais le second essai a été concluant, et j'ai pu piloter l'engin sans tomber ».

Flyboard Air
Francky Zapata, avant le vol de quatre minutes qui a servi à promouvoir son Flyboard Air

Passionné, Francky Zapata a réuni autour de lui quelques fournisseurs à même de répondre à ses demandes rapidement : « Si j'ai besoin d'une pièce ou de matériel un dimanche, je passe un coup de fil et on s'arrange. ». Des appels, il y en a, et des dépenses aussi, et tant pis pour le retour sur investissement : ce n'est pas cela qui dicte la politique de développement du Flyboard Air.

Le pilotage


S'il ne compte pas l'argent (dans une certaine mesure tout de même), l'inventeur ne compte pas non plus son temps. Et il en faut pour dompter son engin, dont le pilotage est particulièrement délicat. De son propre aveu, « il n'y a que très peu de personnes au monde capables de piloter le Flyboard Air ».

Pourquoi est-ce si complexe ? Son appareil fonctionne grossièrement comme un Segway, c'est à dire grâce au transfert de masse opéré par le pilote. Sauf qu'un Segway dispose d'un support et n'a pas pour préoccupation le lacet, ce mouvement de rotation horizontal autour d'un axe qui n'est, par ailleurs, pas toujours vertical dans le cas du Flyboard Air.

Flyboard Air
L'axe de l'appareil n'est pas toujours vertical, ce qui impose une adaptation des moteurs

Pour parvenir à stabiliser son engin, Francky Zapata a donc prévu de l'équiper de pas moins de six moteurs. Quatre sont disposés sous le plateau qui supporte le pilote, deux sur les côtés (bien visibles sur la vidéo), ces derniers sont utilisés pour la rotation. Pourquoi quatre moteurs sous la planche au lieu d'un seul ? Pour stabiliser l'appareil. Ces quatre moteurs sont en effet en mouvement, afin d'ajuster au mieux la direction de la poussée en fonction des mouvements du pilote.

« Ce fut là la plus grosse difficulté du développement. Créer un algorithme qui parvienne à faire que s'entendent mes jambes et les moteurs. Nous avons passé quatre mois à le développer, afin d'atteindre le résultat que nous connaissons aujourd'hui. » Le programme conçu par son équipe est ainsi capable d'ajuster la vitesse des turbines latérales, et l'inclinaison des turbo-réacteurs. Et si la poussée est gérée de manière globale par le joystick (sans fil) que le pilote a dans sa main, elle est modulée de manière plus fine par l'algorithme, qui va la distribuer de manière adéquate sur chacun des moteurs.

Et concernant ces moteurs justement ? « Des réacteurs de missiles ou de gros drones de l'armée », précise Francky Zapata, développant chacun 250 chevaux, pour un total de 1 000 chevaux. Une puissance que le pilote ne pourrait pas contrôler sans ses trois cent heures d'expérience avec le Flyboard hydro-propulsée. « J'ai passé environ 300 heures sur le Flyboard, et c'est cette expérience qui m'a permis de savoir exactement ce que j'attendais du Flyboard Air. Car finalement, les sensations sont et doivent être les mêmes. ».

Flyboard Air
Les moteurs latéraux, utilisés pour ajuster la rotation de la planche
Modifié le 25/04/2016 à 08h40
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