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Live Japon : Sans l'Etat, que serait devenue l'électronique nippone

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Les grosses firmes nippones de composants électroniques vont mal, qui peinent à lutter contre la concurrence asiatique à cause de coûts de production trop élevés, d'une étendue d'activités trop large, d'une lenteur trop flagrante des processus décisionnels et de multiples autres facteurs qui les pénalisent face à des acteurs sud-coréens, taïwanais ou même américains. Bilan, l'Etat japonais est obligé de se porter indirectement à leur secours pour éviter une liquidation totale de pans entiers de l'industrie nippone qui a pourtant fait la fierté du pays durant des décennies.

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Dernier exemple de la disparition progressive de champions nippons des semi-conducteurs: Fujitsu Semiconductors. Jeudi, le champion des super-ordinateurs prêt à investir à tout va dans la prometteuse informatique en nuage, Fujitsu donc, a annoncé le regroupement de ses activités de développement de circuits intégrés à grande échelle (LSI) avec celles de son compatriote Panasonic.

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Les deux groupes veulent constituer une nouvelle société qui ne produirait pas ces puces électroniques polyvalentes, mais s'occuperait de la seule conception, le tout en recevant l'aide financière de la Banque de Développement du Japon, une structure semi-étatique, afin de disposer de capacités d'investissement plus importantes. D'autres activités et sites de production de composants de différentes natures sont aussi en cours de restructuration.

Sans gros moyens, pas de puces sur mesure compétitives, sans partenaire, pas de fonds suffisants, a conclu Fujitsu. Même raisonnement, même déduction pour Panasonic. « Ces dernières années, les conditions du marché se sont rapidement détériorées et les concurrents ont augmenté », ont-ils confirmé. « A l'aune de cette nouvelle situation, les deux groupes ont jugé nécessaire de regrouper leurs forces » au sein d'une « entreprise sans usine ». La fabrication sera déléguée à des tiers dont c'est la spécialité.

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Fujitsu étudie de fait la cession au moins partielle à un groupe taiwanais, Taïwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), d'une usine de galettes de semi-conducteurs dans le centre du Japon, après avoir transféré deux autres sites à des sociétés nippones. Avant eux, les américains AMD ou Qualcomm avaient opté pour une stratégie similaire: se concentrer sur la conception, confier à d'autres la production.

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Ce changement structurel pour Fujitsu se traduira aussi par des coupes dans les effectifs: des négociations sont prévues avec les syndicats sur la suppression de 5 000 postes dans le monde ainsi que sur le transfert de 4 500 autres salariés. L'opération de fusion des activités LSI de Fujitsu et Panasonic était à l'étude depuis plus d'un an, impliquant alors aussi le groupe Renesas Electronics.

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Le schéma tripartite a cependant été balayé par l'empressement de Renesas qui était à bout de souffle et a été secouru fin 2012 par une organisation de revitalisation des sociétés, elle aussi semi-publique. L'Etat ne pouvait pas laisser disparaître Renesas qui est en effet considéré comme un rouage essentiel dans l'industrie électronique nippone.

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Renesas Electronics était déjà le résultat du rapprochement récent de NEC Electronics (filiale de NEC) et de Renesas Technology, une firme elle-même créée en 2003 par la fusion d'activités de micro-contrôleurs de Hitachi et Mitsubishi Electric. Ces trois groupes étaient de fait les grands actionnaires de Renesas. Leur part a cependant été diluée par une opération d'augmentation de capital, via laquelle le fonds de l'Etat pour soutenir l'industrie japonaise (INCJ) est devenu en décembre propriétaire de Renesas à hauteur de 69%. Sont du même coup aussi entrés au tour de table les deux constructeurs d'automobiles Toyota et Nissan ainsi que le groupe de bureautique et appareils photo Canon, son compatriote et concurrent Nikon, l'équipementier pour automobiles Denso ou encore Panasonic, tous gros clients de Renesas.

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Outre les prêts de 1,5 milliard d'euros déjà injectés dans Renesas, le fonds public INCJ est prêt à fournir si besoin jusqu'à 450 millions d'euros de fonds supplémentaires, sous une forme restant à définir, pour l'aider à se relever d'une période difficile, qui a vu s'enchaîner la crise financière internationale, la hausse du yen, le séisme doublé d'un tsunami dévastateur dans le nord-est du Japon et une demande instable. L'argent frais devrait être utilisé pour des équipements nouveaux et activités de recherche et développement.

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L'INCJ dit « saisir cette occasion d'investir pour renforcer la compétitivité et la puissance de l'industrie japonaise des semi-conducteurs ». Renesas est entre autres le premier fabricant au monde de micro-contrôleurs, des puces indispensables pour le fonctionnement des automobiles. La paralysie de l'une de ses plus importantes usines à la suite du séisme du 11 mars 2011 dans le nord-est de l'archipel avait forcé nombre de ses clients à ralentir ou stopper leur propre production et à lui prêter main-forte pour redémarrer rapidement ses chaînes.

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Cette nouvelle épreuve fut toutefois celle de trop et, dans une conjoncture aggravée, Renesas, qui est aussi spécialisé dans les composants pour téléphones mobiles, n'est pas parvenu à s'en remettre. Le groupe se dit obligé de sacrifier des activités et des usines au Japon et de faire partir au moins 10 000 personnes, sans compter 4 500 autres dans le cadre des transferts d'activités. Résultats, les effectifs du groupes, qui étaient de plus de 42 000 personnes, vont être réduits d'un tiers.

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L'INCJ a déjà participé au sauvetage d'autres pans de l'électronique nippone. Au printemps 2012 est ainsi née la société Japan Display, qui n'est autre que le résultat de la fusion des firmes de petits et moyens écrans Hitachi Displays, Sony Mobile Display et Toshiba Mobile Display.

Le fonds INCJ a investi 1,80 milliard d'euros dans cette opération et reçu en échange des actions qui représenteront 70% du capital et des droits de vote de Japan Display. Sony, Hitachi et Toshiba en détiennent pour leur part chacun 10%. Bien que les industriels japonais, grâce notamment à Sharp, soient en tête dans la fabrication de petits écrans de grande qualité technique requis pour les tablettes et smartphones, ils redoutent la concurrence qui s'active également.

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La firme commune devait mettre en œuvre de nouvelles lignes de production et investir de façon importante en recherche et développement (R&D) pour concevoir des écrans à cristaux liquides (LCD) ou organiques électroluminescents de prochaine génération. A cette fin, Japan Display a racheté et rééquipé en partie une usine nippone de Panasonic qui a totalement restructuré sa division de fabrication de dalles d'écrans de télévision, une disposition qui s'est accompagnée de la fermeture de plusieurs sites de production au Japon.

L'INCJ pourrait enfin être au coeur d'un autre rapprochement en cours de discussion, celui des activités de batteries lithium-ion de Sony, NEC et Nissan. Ces deux derniers ont déjà une coentreprise dans ce domaine, Automotive Energy Supply, qui produit des batteries pour des voitures électriques, Leaf de Nissan en premier lieu. De son côté, Sony fabrique des batteries lithium-ion pour divers appareils électroniques via sa filiale Sony Energy Device.

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Un schéma à l'étude prévoirait que la société conjointe de NEC et Nissan prenne la majorité des parts de la filiale de Sony avant une injection de fonds de la part de l'INCJ. Initialement, au début des années 1990, Nissan avait déjà travaillé avec Sony sur les batteries lithium-ion avant de se rapprocher de NEC. Le but de ce possible regroupement viserait là encore à maintenir la puissance des Japonais dans ce domaine industriel pour lequel existe un important marché mais qui requiert des techniques de pointe et des investissements importants afin de suivre les évolutions.

Les acteurs japonais du secteur, dont Sony, NEC, Panasonic-Sanyo ou GS Yuasa ont mené nombre d'avancées, mais le groupe sud-coréen Samsung Electronics les a individuellement supplantés en termes de parts de marché.

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Quant au dernier fabricant japonais de mémoires informatiques DRAM, Elpida Memory, il s'était déclaré en faillite il y a tout juste un an, incapable d'honorer ses obligations à cause de finances massacrées par les fluctuations des commandes, la cherté du yen et une concurrence asiatique sans pitié. Elpida, troisième grand fournisseur mondial de mémoires dynamiques à accès aléatoire (DRAM) utilisées dans les ordinateurs et autres appareils, était le seul survivant de cette spécialité au Japon.

En déposant le bilan, il a laissé une ardoise de 448 milliards de yens (près de 4,5 milliards d'euros au cours du moment), en attendant de trouver un chevalier blanc pour entrer dans un processus de redressement sous contrôle judiciaire. L'entreprise en est arrivée à ce point faute d'être parvenue à conclure un accord avec des partenaires industriels ou des sauveurs financiers.

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« Nous présentons toutes nos excuses pour les ennuis causés », déclarait alors le patron à l'adresse des actionnaires et créanciers. Il s'agissait de la plus importante faillite dans le secteur manufacturier au Japon. Elle marqua en outre la fin d'une histoire, l'archipel ayant été à la suite des Etats-Unis un des champions des DRAM dans les années 1980, avant la montée en puissance de rivaux sud-coréens puis taïwanais sur fond de banalisation des techniques de production.

La société Elpida était déjà le fruit d'une précédente crise. Elle fut en effet fondée en 1999 par la fusion des activités DRAM de NEC et Hitachi rejointes en 2003 par celles de Mitsubishi Electric, une consolidation qui visait déjà à survivre sur le marché.

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Alors que les besoins de DRAM ont fortement changé, Elpida s'est de surcroît retrouvée confrontée depuis des années à la férocité croissante des concurrents asiatiques tandis que l'ascension exécrable du cours de la monnaie japonaise a saboté sa compétitivité. Dans un tel contexte, « la décision d'Elpida semblait inévitable », a commenté le ministre de l'Industrie d'alors, jugeant néanmoins « regrettable » une telle issue et promettant de faire le maximum pour limiter l'impact de cette défaillance.

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La faillite du groupe, dont le rétablissement espéré ne sera pas immédiat, laisse en effet le secteur aux mains d'un petit quarteron de grands acteurs qui vont ainsi mieux contrôler les chutes de prix. Elpida, qui avait fortement pâti de la crise financière de 2008-2009, avait déjà été renflouée par l'Etat et lancé en 2011 un appel au marché.

Juste avant sa faillite, elle avait engagé des pourparlers avec divers interlocuteurs susceptibles de l'aider à résoudre ses problèmes d'endettement, mais ces discussions n'ont pas avancé suffisamment rapidement, d'autant que l'un des interlocuteurs, le patron du groupe américain Micron Technology à l'époque, Steve Appleton, est décédé soudainement dans un accident.

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Finalement, ce n'est qu'après la faillite que Micron s'est posé en repreneur-sauveur, avec bon espoir de réussir, c'est du moins ce qu'a déclaré cette semaine le nouveau PDG dans une interview accordée à l'agence de presse nippone Kyodo. Une usine d'Elpida dans la région de Hiroshima (sud-ouest) est susceptible de devenir l'un des grands sites de production de Micron avec les employés nippons d'Elpida mais sous drapeau américain.

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